Nîmes : des responsables d'écoles écrivent une lettre ouverte à Emmanuel Macron pour dénoncer l'insécurité

Les responsables d'écoles du Chemin-Bas et du Clos-d'Orville, à Nîmes, ont adressé une lettre ouverte au président de la République, lundi 4 janvier, pour faire part de leur inquiétude sur l'insécurité qui règne selon eux dans ces zones gangrénées par la violence et les règlements de compte.

L'école Georges-Bruguier, à Nîmes, le 19 juin 2020.
L'école Georges-Bruguier, à Nîmes, le 19 juin 2020. © Mikaël Anisset - MaxPPP

Ils n'en peuvent plus. Elèves, parents d'élèves, directeurs d'établissements, enseignants... Dans les quartiers du Chemin-Bas et du Clos-d'Orville, à Nîmes, l'inquiétude ronge tout le monde. Alors, le jour de la rentrée scolaire de 2021, lundi 4 janvier, les directeurs et directrices des écoles situées dans ces quartiers ont adressé une lettre ouverte au président de la République pour "demander de mettre en oeuvre les moyens nécessaires et suffisants pour que les habitants puissent simplement vivre et pour que nous puissions à nouveau travailler sereinement". Une lettre issue d'une réunion avant les vacances.

Dans ce texte, la peur se ressent.

Pouvoir faire ses achats, se promener, amener son enfant à l’école, dans son quartier, se fait à ses risques et périls. En effet, règlements de compte à coup d’armes à feu en plein jour, intrusions dans nos établissements scolaires, occupation des bâtiments scolaires, menaces, consommation de substances illicites dans les cours et devant certains établissements (...) sont quotidiens.

Neuf directeurs et directrices d'école

La peur des enfants

Ces quartiers sont en apnée depuis de nombreux mois. Entre mai et juin, l’école Georges-Bruguier a subi plusieurs intrusions. Dans la nuit de dimanche au lundi 15 juin, Anis, 21 ans, est tué d'une balle en plein coeur dans une rue qui jouxte l'établissement. Le lendemain, l'école est fermée provisoirement au profit du centre de loisirs du Mas-Boulbon jusqu'au 3 juillet.

Vendredi 4 décembre, des individus sont rentrés dans la cour de l'école, ce qui a déclenché une alerte intrusion. Depuis, des policiers sont présents devant l'école lors des heures d'entrée et sortie.

"Les risques de réglement de compte seront toujours présents, on est inquiets. On est dans l'attente de la mise en cage (la barrière de plus de 3 mètres). On est sur le qui vive", ressent Christophe Boissier, le directeur de l'école élémentaire Georges-Bruguier.
 

Les familles sont très inquiètes, nos élèves font des cauchemars, parlent de la peur qu'ils ont de venir à l'école. Comment faire travailler des élèves qui arrivent dans des états pareils ?

Christophe Boissier, directeur de l'école Georges-Bruguier

"Des enseignants envisagent de quitter l'école en juin, des parents ont dit qu'ils n'allaient plus inscrire leur enfant, on est un peu desespérés", conclut le responsable de l'établissement.

"On va droit au mur"

L'inquiétude est omniprésente chez les parents d'élèves. Cette mère de deux filles de 4 et 6 ans, scolarisée dans une école du Clos-d'Orville, se sent "en danger tout le temps".

Tout le monde a peur, le quartier va devenir vide. C'est très risqué, la police court derrière les trafics. Je suis toujours inquiète, j'ai peur, j'ai peur pour mes enfants et pour moi-même, on est en danger, on ne sait pas ce qu'il faut faire. Il faut que les responsables fassent quelque chose.

Une maman d'élève

Un sentiment partagé par Sanda Belgacem, dont son enfant de 7 ans est scolarisé dans l'un de ces établissements. "Les enfants ne sont pas en sécurité, ça n'avance pas assez vite, rien n'est fait. Les enfants sont confinés en classe, ils sont privés de récréation jusqu'à ce que les travaux se fassent." Les barrières vont culminer à plus de 3 mètres. Cette maman a décidé de ne pas mettre son fils à l'école lors des deux dernières semaines avant les vacances de Noël. "Il n'y avait aucune sécurité, pas de police, aucun accord." Elle est désabusée. "On va droit au mur."

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