"On ne va pas prendre le risque de donner ça à nos animaux" : donner à manger des sapins aux chèvres, la fausse bonne idée après Noël

Privées de sapins de Noël ! A Saint-Bénézet, dans les Cévennes gardoises, un éleveur qui fait du pélardon en bio refuse de recycler les sapins de Noël dans les mangeoires de ses chèvres, de peur de les intoxiquer. Les sapins, dont les caprins raffolent, sont parfois traités avec des pesticides.

Se débarrasser de son sapin de Noël en le donnant à des chèvres, c'est une pratique de plus en plus courante. Mais ce geste écologique en termes de recyclage de déchets n'est pourtant pas du goût de tous les éleveurs.

Mathieu Rio, producteur de fromages installé à Saint Bénézet depuis 2005 dans les Cévennes, décline les offres en ce moment : depuis deux à trois ans, après les fêtes, il reçoit des appels de particuliers qui veulent se débarrasser de leur sapin de Noël et offrir par la même occasion un repas de fête à ses chèvres.

Pour lui, cette attention qui part d'un bon sentiment s'avère, en réalité, une fausse bonne idée.

Le sapin, elles adorent ça ! Cela peut être intéressant, il contient beaucoup de tanins, donc ça peut être un bon vermifuge naturel. En revanche, aujourd’hui on ne sait pas comment les sapins ont été traités au niveau de la production, donc on va pas prendre le risque de donner ça à nos chèvres, parce qu’on peut pas garantir qu’il n’y ait pas de résidus de pesticides dans ces sapins.

Mathieu Rio, producteur de fromages de chèvres

"La chèvre étant un ruminant", explique cet éleveur gardois, "elle a besoin de bactéries pour dégrader ce qu’elle mange, des bactéries qui pourraient être détruites par des résidus de pesticides".

Ingénieur agronome de formation, Matthieu Rio s'est spécialisé dans le fromage de chèvre Pélardon. Ses 120 chèvres alpines sont élevées en pâturages uniquement. Et leur menu est plutôt simple : "elles mangent du foin de prairie et pour améliorer sa qualité, on leur donne de la luzerne en plus, ce qui leur procure beaucoup d’énergie et stimule la production laitière", conclut ce producteur dont le mode d'exploitation tend vers l'autosuffisance.

Du foin donc, mais pas de sapin.

Écrit avec Pauline Pidoux.