POLEMIQUE. Forte opposition face à un projet de Lignes à très haute tension

Ce 28 avril 2024 à Beaucaire, au moins 300 personnes ont répondu à l’appel de l'association Sauvegarde de la Terre d'Argence (ASTA) pour exprimer leur opposition au projet d’une ligne aérienne de 400 000 volts reliant Jonquières-Saint-Vincent à la zone portuaire de Fos-sur-Mer.

RTE prévoit d’installer une ligne aérienne de 400 000 volts qui reliera Jonquières-Saint-Vincent à la zone portuaire de Fos-sur-Mer, sur un tracé de 65 kilomètres. Ce projet vise à contribuer à la lutte contre le réchauffement climatique selon le Préfet coordonnateur du projet pour le Gard et les Bouches-du-Rhône.

Il vise à offrir à la fois les moyens de décarboner la zone industrielle de Fos-sur-Mer et de sécuriser l’alimentation électrique de l’ensemble de la région, qui est structurellement fragile et dont les besoins vont encore augmenter avec l’électrification des usages.

Christophe MIRMAND

Préfet coordonnateur du projet pour le Gard et les Bouches-du-Rhône.

Dans le Gard, ces arguments peinent à convaincre. Depuis l’annonce du projet, les opposants multiplient les actions. L'association Sauvegarde de la Terre d’Argence (ASTA) a organisé, ce dimanche 28 avril 2024, une nouvelle réunion publique. Élus, riverains et associations environnementales étaient rassemblés pour dénoncer le projet. 

RTE n'a présenté aucune étude sur les impacts environnementaux sur les zones naturelles sensibles, les habitats protégés présents dans la réserve de biosphère de Camargue, de 2 zones humides, de 2 parcs naturels régionaux (Camargue et portes des Alpilles) et de plusieurs réserves nationales et régionales.

Association Sauvegarde Terre d'Argence

5 communes Gardoises concernées

De février à début avril 2024, RTE, le gestionnaire du réseau électrique à haute tension, a organisé une concertation préalable pour présenter les options de tracés envisageables pour ce projet. Beaucaire, Bellegarde, Fourques, Jonquières-Saint-Vincent et Vallabrègues, cinq communes gardoises, sont concernées par le potentiel trajet du projet, estimé à 300 millions d’euros. Cette concertation est qualifiée de simulacre par de nombreux élus gardois.

Nous, élus, nous n’avons reçu aucune sollicitation au préalable pour nous exposer ce projet. On a l’impression d’être trahi, trompé, pris par surprise !

Séverine Dellanegra

Conseillère communautaire de l'agglomération du pays d'Arles

Enjeux environnementaux

Cette ligne de 65 kilomètres, constituée de 20 à 26 câbles, serait portée par 180 pylônes de 60 mètres de hauteur et transporterait l'énergie produite par l'équivalent de 5 réacteurs nucléaires (6 Gigawatts). D’après le collectif, RTE n’a présenté aucune étude sur les impacts environnementaux que le projet de ligne THT aérienne aurait sur les zones naturelles sensibles et les habitats protégés. La ligne aérienne pourrait traverser la Camargue, la Crau, les Alpilles ou la Terre d'Argence.

Nous ne voulons pas de cette énorme cicatrice qui défigurerait nos paysages. Beaucaire et la Terre d’Argence ne seront pas la poubelle des Bouches-du-Rhône !”

Julien Sanchez

Maire de Beaucaire

Enjeux pour la santé

En plus des enjeux environnementaux, de nombreuses craintes concernant la santé des habitants sont soulevées. Pour Jean-Luc Moya, de l’association Agrir pour la Crau, il est convaincu des effets délétères sur la santé. L’Agence de sécurité sanitaire (Anses) a émis plusieurs mises en garde concernant les champs magnétiques à basses fréquences, générés notamment par les lignes à haute tension.

Il y a des alertes pédiatriques assez fortes et des recommandations de l’agence sanitaire d’éviter les lignes de haute tension près des écoles. Donc, si une ligne ne doit pas être tirée près des écoles, elle ne doit pas l’être près des habitations, des hôpitaux.

Jean-Luc Moya

Association Agir pour la Crau

Impact économique

Les professionnels du tourisme craignent de voir fuir les vacanciers. Même source d'inquiétude pour les agriculteurs qui redoutent de perdre des clients et de ternir leur image du terroir. "Les gens veulent acheter des fruits de qualité, aujourd'hui c'est ce qu'on vend. Si une ligne électrique est installée, ils ne viendront plus", précise Paul Collard, arboriculteur et viticulteur.

Riposte citoyenne et politique

Deux pétitions circulent actuellement pour le retrait du projet. Plusieurs élus ont affiché leur opposition au projet et demandent son retrait.

Associations, élus et collectifs de citoyens demandent au Préfet coordinateur du projet d'ouvrir une concertation en vue de réviser ce projet, dont la mise en service est envisagée pour 2028.

Écrit avec Caroline Agullo