"Parler pour guérir" : à Nîmes, la mère d’une victime d’un prêtre pédophile témoigne

Pendant cinq ans, le temps d’une longue procédure, cette mère de famille a accompagné sa fille victime de chantage et de corruption de mineurs de la part d’un prêtre gardois. Il a été condamné à 18 mois de prison ferme, dernièrement à Nîmes. Elle témoigne du calvaire de sa fille et de la famille.

Justine* n’a pas treize ans lorsqu’elle croise Bertrand D. sur les réseaux sociaux. Derrière son écran, le prêtre gardois complexé se fait passer pour un beau jeune homme avec les filles ou une jeune femme avec les garçons. Sous le pseudo de Maïlyn, il envoie des photos de femmes ou d’homme nus pour avoir en retour des clichés d’adolescents dénudés.

A son procès, le prêtre assurera qu'il voulait ainsi prévenir les jeunes des dangers d’internet.

Elle le supplie de ne pas diffuser sa photo

Justine est tombée dans le piège de l'ancien prêtre de Sommières. Après avoir obtenu une photo d’elle en petite tenue, le quadragénaire en a voulu plus. L’adolescente a refusé. Le prêtre a diffusé la photo dans l’entourage de l’adolescente alors même que la jeune fille l’avait supplié de ne pas le faire et menacé de se suicider. Acculée, dans l’impasse, l’adolescente s’est alors confiée à sa sœur qui a tout raconté à leurs parents. « Tout de suite, nous avons vu que nous avions affaire à un adulte », témoigne Charlotte, la maman de Justine.

Nous avons ressenti beaucoup de colère, de l’écœurement et énormément de tristesse pour notre fille. Le mea culpa de l’église ? C’est un pas.

Mère d'une victime.

"Ce qui se passe au sein de l’Eglise ne date pas d’hier. Le problème a toujours existé et existera toujours. Il n’est pas propre à l’Eglise mais touche tous les secteurs liés à l’enfance" ajoute son avocate Me Laurence Bourgeon qui défend un grand nombre de victimes de pédophiles dans l’Hérault.

Après le rapport Sauvé sur la pédocriminalité dans l’église, le président de la conférence des évêques a soutenu que le secret de la confession était au-dessus des lois. Des propos intolérables pour notre interlocutrice.

Il faut parler. Ne rien dire, c’est de la non-assistance à personne en danger. Dire, c’est s’engager sur la voie de la guérison.

Mère d'une victime

Après les révélations de sa fille, il y aura la plainte, l’enquête et une procédure qui va durer cinq ans jusqu’au procès début septembre 2021, devant le tribunal correctionnel de Nîmes. L'ancien prêtre a été jugé et reconnu coupable de harcèlement, de corruption de mineurs et condamné à 18 mois de prison ferme.

Anorexie

Entre-temps, Justine s’est reconstruite mais elle a traversé des périodes très dures. Elle a été anorexique, son IMC est tombé à 13. Elle est descendue à 38 kilos pour 1m65. La jeune fille a perdu confiance en elle et éprouve beaucoup de difficultés dans ses relations à l’autre.

En parler, être dans l’action aller à la gendarmerie, déposer plainte et aller jusqu’au procès est primordial. Cette parole ne doit pas partir aux oubliettes.

Mère d'une victime

"Cinq ans d’attente, une procédure, des incertitudes et un procès ont enfin permis de tourner la page", assure Charlotte.  Elle évoque également la culpabilité des parents face à la situation : « On a beau protéger nos enfants, surveiller leurs téléphones, ils ne sont pas à l’abri de croiser ce genre de prédateurs », soupire la mère de famille.

Une nouvelle plainte

A l'audience, le prêtre a assuré qu’il n’était pas conscient du mal qu’il avait fait, assurant qu’il voulait faire de la prévention face aux dangers d’internet. Ses explications n’ont pas convaincu les victimes : « Quand on fait des bêtises, il faut les assumer, c’est comme ça qu’on grandit », s’indigne la mère de famille. "Cela s’appelle la responsabilité. C’est comme cela aussi qu’on ne recommence plus".
Quelques temps après le procès pour harcèlement et sa médiatisation, une nouvelle plainte a été déposée contre l’ancien prêtre de Sommières. Il est cette fois soupçonné d’agression sexuelle sur mineur de 15 ans.

*Les prénoms ont été modifiés.

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