Gers et Landes : 2 Aigles de Bonelli, espèce menacée de disparition, abattus, criblés de plombs par des chasseurs ?

C'est l'un des rapaces les plus menacés. Deux jeunes Aigles de Bonelli ont pourtant été retrouvés criblés de plombs à proximité de palombières dans le Gers et les Landes. Plusieurs plaintes pour destructions d'espèce protègée ont été déposées. Le parquet d'Auch a été saisi de l'affaire.

Un jeune Aigle de Bonelli
Un jeune Aigle de Bonelli © Guillaume Fréchet
Sans le GPS dont il était muni, et qui n'indiquait plus aucun mouvement, le cadavre criblé de plombs, tirés par un ou plusieurs fusils de chasse, du premier jeune Aigle de Bonelli, né au printemps en Languedoc, n'aurait probablement jamais été retrouvé en cette fin octobre par les naturalistes qui suivent l'évolution de cette espèce fortement menacée de disparition. Ce cadavre reposait sous un tas de ronces, à proximité  d'une palombière de Barcelonne-du-Gers en pleine saison de chasse.
La radiographie du cadavre du jeune Aigle de Bonelli retrouvé à Barcelonne-du-Gers
La radiographie du cadavre du jeune Aigle de Bonelli retrouvé à Barcelonne-du-Gers

Début novembre, c'est cette fois dans les Landes, à 30 kilomètres de distance, à proximité d'une palombière de Coudures, que le cadavre d'un deuxième jeune Aigle de Bonelli, également criblé de plombs, était lui aussi découvert.

Des actes passibles de 2 ans de prison et 150.000 euros d'amende


L'affaire a été révélée ce mardi par un communiqué de presse de la préfecture de la région Occitanie, soulignant que "les partenaires du Plan national d'actions en faveur de l'Aigle de Bonelli condamnent fermement ces actes passibles de 2 ans d'emprisonnement et 150.000 euros d'amende". "Ces actes malveillants, poursuit le communiqué, portent un coup aux efforts humains et financiers importants mis en oeuvre pour la préservation de l'Aigle de Bonelli en France par de nombreux partenaires publics, privés et associatifs".

Les cadavres des deux jeunes aigles aussitôt découverts, l'Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage a été saisi par le Conservatoire d'espaces naturel, qui supervise techniquement la Plan National d'Actions Aigle de Bonelli. Devenu depuis le 1 er janvier l'Office Français de la Biodiversité, ce service de l'Etat a mené ses investigations, notamment dans le milieu de la chasse à la palombe dite "de type landais". 

A l'aide de palombes appelantes, ce type de chasse consiste à attirer les vols de passage pour  faire descendre au sol les oiseaux et les capturer vivants au filet. Il s'agit d'imiter avec ces « appelants »,  des oiseaux en train de se poser.  Ce type de palombière est habituellement rencontré dans les Landes, en Gironde, dans le Gers et dans le Lot-et-Garonne, seuls départements autorisés à installer des filets au sol.

Des auditions menées par les enquêteurs de l'Office de la biodiversité dans le milieu des chasseurs de palombes

Les enquêteurs auraient notamment travaillé sur l'hypothèse de ces appelants attachés dans les arbres et qui attirent forcément les rapaces pour qui ils constituent une proie facile. Hypothèse prolongée par celle de chasseurs passablement énervés par des rapaces s'attaquant à leurs appelants. Ils ont donc mené leurs investigations dans cette direction. Et procédé à des auditions dans le milieu de la chasse à la palombe. Selon nos informations, le ou les tireurs n'auraient cependant pas été identifiés.

L'enquête de l'Office Français de la Biodiversité a été transmise mardi au parquet d'Auch. Plusieurs plaintes contre X pour destruction d'espèce protégée ont été ou sont en passe d'être déposées par la Ligue des Protection des Oiseaux LPO), France Nature Environnement FNE) et Nature en Occitanie (NEO).  

La Fédération régionale de chasse "condamne très fermement" l'abattage des Aigles de Bonelli

La Fédération régionale des chasseurs d'Occitanie, qui se trouve être présidée par le Gersois Serge Castéran, lui même pratiquant occasionnellement la chasse à la palombe, regrette de n'avoir été informé de l'affaire "que mardi après-midi par le coup de fil d'un journaliste". Il "condamne très fermement ces gestes qui sont de véritables "attentats"". Il se dit aussi très étonné : "personnellement, affirme-t-il, je n'ai jamais cotoyé d'Aigle de Bonelli, mais vu la taille de ce rapace et son envergure, ça m'interroge". "La chasse, selon lui, qu'elle soit à la palombe ou autre, n'autorise en aucun cas à tirer sur tout ce qui vole à proximité".

Bien sûr, reconnaît-t-il toutefois, les chasseurs de palombes sont harassés par des petits rapaces qui plongent sur les appelants et il y a parfois un coup de fusil qui part.

Mais, ajoute-t-il aussitôt, "cribler un rapace avec 100 plombs, c'est un acte de malveillance. Et rien ne prouve qu'il soit commis par un chasseur. Ce n'est pas parce-que ces cadavres ont été découverts à proximité de palombières que des chasseurs ont fait le coup. Vous comprenez, c'est toujours de la faute du chasseur, c'est toujours lui qui est montré du doigt".
L'Aigle de Bonelli, l'un des rapaces les plus menacés de disparition
En 2019, il ne restait plus en France que 38 couples d'Aigles de Bonelli.

Sa répartition se concentre au pourtour méditerranéen, des Pyrénées Orientales à l'ouest du Var à l'Est et au sud de l'Ardèche au Nord.

Cette espèce bénéficie d'un Plan National d'Actions piloté par l'Etat et le Conservatoire d'espaces naturels du Languedoc-Roussillon.

Espèce sédentaire, l'Aigle de Bonelli vit en couple qui occupe le même domaine vital nécessaire pour se nourrir, se reproduire et se reposer.

Nés entre mars et avril, les jeunes Aigles de Bonelli demeurent avec leurs parents jusqu'à la fin de l'été, avant de quitter le territoire natal et de partir explorer de nouveaux territoires, parfois très éloignés, à la recherche de zones riches en proies mais différentes des domaines vitaux des couples d'adultes, évitant ainsi toute concurrence alimentaire. C'est probablement la raison de la présence dans le Gers et les Landes des deux jeunes aigles criblés de plomb. 
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