Littérature : la maison d’édition gersoise Tristram entre nouveauté et perles à (re)découvrir

La maison d’édition gersoise a sorti pour sa rentrée littéraire l’ouvrage très remarqué de Célia Lévi « La Tannerie ». Mais se pencher sur son catalogue peut aussi vous donner d’autres idées de lectures, pour les grands comme pour les petits.
 
Jean-Hubert Gailliot et Sylvie Martigny fondateurs et directeurs des Editions Tristram dans leurs bureaux à Auch.
Jean-Hubert Gailliot et Sylvie Martigny fondateurs et directeurs des Editions Tristram dans leurs bureaux à Auch. © Photo Daniel Swinton
« Le portrait d’une époque et d’une génération en proie aux ambitions factices et à l’imposture des discours ». La quatrième de couverture de « La Tannerie » résume ainsi l’histoire de Jeanne, « accueillante » en CDD dans cette ancienne friche industrielle transformée en lieu culturel. 

Un arrière-goût de Nouveau Monde

Dès le début de l’ouvrage tout sonne faux en ses murs : les motivations de l’héroïne, la démarche culturelle, les relations entre les personnes qui y gravitent. Toute ressemblance avec la « bienveillance » prônée par un « nouveau monde » serait bien évidemment fortuite.

Pourtant, comme Jeanne, le lecteur a envie d’y croire. En son épanouissement personnel, en son amour aveugle pour le beau et cultivé Julien, son supérieur, en son intégration de provinciale bretonne dans la vie parisienne. Et puis on découvre ses failles, ses futilités, sa nonchalance, son égocentrisme, sa honte de ses origines modestes qui agacent aussi parfois. 
 

Elle se sentit exclue, de même qu’elle s’était sentie écrasée par la conversation au café, par ces noms fameux dont elle ignorait la quasi-totalité, toutes ces références qui la renvoyaient à son manque de culture, à sa naïveté. Elle se sentait d’une beauté médiocre, d’une intelligence commune ».


 Célia Lévi, "La Tannerie", éditions Tristram



Est-ce sa génération que décrit, à travers « la Tannerie », Célia Lévi, vingt-six ans ? Pas sûr. Qui ne s’est pas senti un jour inutile ou en dessous du niveau ? Qui ne s’est jamais demandé ce qu’il foutait dans ce job ? Il en est ainsi de ces jeunes gens de La Tannerie, précaires, en stage, en CDD, en réinsertion, qui croient voir autour d’eux naitre une révolution avec « Nuit Debout » ou des camps de migrants qu’ils voudraient bien aider mais…

La société où ils évoluent est violente. La réalité économique est déjà implacable avec ceux qui ont des rêves. Alors avec ceux qui n’en ont pas… « Le lieu c’est le lien » voilà le slogan bidon de « la tannerie ». Bidon parce que là-bas le lieu compte bien plus que ceux qui le font vivre. Et Jeanne le découvrira à ses dépens.

Quand la culture résiste

Se battre pour ses rêves, pour la culture mais aussi pour vivre comme on l’entend, c’est aussi le combat des éditeurs notamment chez Tristram. Et après cette rentrée littéraire covidée, éditeur reste un métier plus que jamais indispensable et qui inspire de nombreux ouvrages. Parmi ceux-là le très remarqué et documenté « La vie comme un livre » d’Olivier Bétourné.

Tristram, elle, n’a pas attendu septembre pour redonner vie aux mémoires d’un autre éditeur, Eric Losfeld, parues il y a quelques mois déjà : « Endetté comme une mule ». Contrairement à Bétourné, Losfeld se raconte « en l’absence de toutes notes, carnets intimes ou autres points de repères » précise-t-il.

« Il y a des éditeurs qui impriment tellement leur marque sur l’ouvrage qu’ils publient qu’ils en deviennent les co-auteurs » comme le dit dans la préface Frédéric Guérif. « Pour être un bon éditeur, il faut s’être cassé la gueule au moins une fois » préfère lâcher en préambule Losfeld.

La passion d'éditer


L’ouvrage est aussi sous-titré « la passion d’éditer ». Parce que ce qui est animera Losfeld, au-delà de ses passions justement et de ses goûts, ce sera toujours la lutte contre l’affairisme de certains membres de sa corporation. « J’enrage à la pensée que d’autres éditeurs éditent simplement pour le profit, et, la routine aidant, en viennent à gâcher l’argent pour des œuvres qui n’ont, tout bien examiné, aucun intérêt. »

Losfeld ne veut pas rester dans les mémoires, y compris les siennes, comme l’éditeur sulfureux spécialisé dans la littérature érotique. Certes Barbarella et Emmanuelle contribuèrent grandement à sa notoriété (à défaut de faire sa fortune), mais l’homme, et son catalogue furent beaucoup plus hétéroclites.
 

Ce qui motive le charme discret du métier d’éditeur, c’est la variété des auteurs. Chacun représente un monde, tour à tour différent par le style de vie ou par les préoccupations, ou par les deux à la fois ».


Eric Losfeld, "Endetté comme une mule", Editions Tristram

 

Refaire un tour du côté de chez Twain


Les plus jeunes attendront peut-être avant de lire Losfeld ou les livres qu’il a publiés. Mais la rentrée littéraire et ces vacances de Toussaint sont aussi l’occasion de les remettre à la lecture. N’hésitez donc pas à les faire se replonger dans les aventure de Tom Sawyer ou d’Huckleberry Finn, également au catalogue de Tristram dans de belles versions souples et à prix raisonnables. Editeur, décidément, un métier où il faut penser à tout et à tous.

"La Tannerie" de Célia Lévi, Editions Tristram.
"La vie comme un livre" d'Olivier Bétourné, Editions Philippe Rey.
"Endetté comme une mule" d'Eric Losfeld, Editions Tristram.
"Les aventures de Tom Sawyer" de Marc Twain, Editions Tristram.

 
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