• FAITS DIVERS
  • MÉTÉO
  • POLITIQUE
  • ECONOMIE
  • SOCIÉTÉ
  • SPORT

A Arbas, une forêt pour abriter des urnes funéraires

© @cime'tree
© @cime'tree

A Arbas, en Haute-Garonne, on peut désormais enterrer des urnes funéraires en pleine nature, aux pieds des arbres, dans une forêt cinéraire. Une première en France.

Par Eric Coorevits



L’endroit est paisible, propice au recueillement ou à la contemplation. A mille mètres d’altitude, à proximité du village d’Arbas en Haute-Garonne, au milieu d’un peu plus d’un hectare de forêt , il est désormais possible d’enterrer des urnes renfermant les cendres d’un défunt à l’ombre paisible d'un vieil arbre. L’endroit est sanctuarisé. Deux panneaux indiquent aux promeneurs qu’ils pénètrent dans une zone de silence.

Un concept inédit en France 

Le concept de ces forêts cinéraires existe dans certains pays, en Allemagne ou en Suisse notamment. Mais il reste inédit en France. Elia Conte Douette, une jeune toulousaine de 37 ans, devenue conseillère et formatrice en développement durable, en est la principale instigatrice.

« J’abordais régulièrement dans mes formations, notamment avec des élèves ingénieurs de Purpan,  le sujet des vieilles forêts, ce qu’elles pourraient devenir, ce qu’on pourrait en faire pour les préserver », raconte cette juriste de formation. « En rencontrant des spécialistes du sujet, notamment des membres du Conservatoire des Espaces Naturels, et du groupe d’Etudes des Vieilles forêts pyrénéennes, l’idée a fait son chemin ».

Un chemin qui passait naturellement pour elle par les grands espaces préservés de la forêt d’Arbas, en plein cœur du Comminges.

« Je connaissais Arbas comme étant le premier site de réintroduction de l’ours dans les Pyrénées, j’ai découvert qu’il y avait là-bas des endroits exceptionnels, et que la commune était très impliquée dans le développement durable. Je me suis rapproché d’eux, le projet était lancé ».

Des chasseurs acteurs du projet

Dans la commune d’Arbas, l’idée de cette forêt cinéraire est débattue lors de différentes réunions publiques.
« Le projet d’Elia m’a séduite, à titre personnel, parce que l’idée même du cimetière me paralyse », confie Céline Salviac Malbert, conseillère municipale. « Mais rapidement, de nombreuses personnes et des acteurs du terrain ont été intéressés par ce projet. Nous y avons associé l’Office Nationale des Forêts, bien évidemment, mais aussi les chasseurs, nombreux dans le secteur. Ils connaissent parfaitement le terrain, ils nous ont aidés à identifier l’espace forestier le plus propice.»

Le choix se porte alors sur un bois d’un peu plus d’un hectare, situé sur la commune d’Herran, mais propriété de celle d’Arbas. « Il fallait un terrain non exploité, un peu isolé mais accessible », poursuit la conseillère municipale, « on se laisse la possibilité d’étendre cette zone si le projet rencontre du succès ».

L'arbre, symbole de vie

Et à première vue, deux mois après son lancement, la perspective de passer sa mort au milieu d’une forêt pyrénéenne semble séduire. Moyennant finances, il est possible d’acquérir une concession à perpétuité au pied d’un sapin, d'un hêtre, d'un frêne ou d'un épicéa : 250 euros pour une urne simple, faite de bois et de tissus et entièrement biodégradable, 500 euros pour une inhumation en duo, mais certains emplacements collectifs peuvent accueillir jusqu’à 10 de ces réceptacles renfermant les cendres. L'urne une fois enterrée, un morceau de bois accroché à l’arbre indiquera l’identité et les dates de naissance et de décès du défunt. Mais aucun dépôt de fleurs ou d'objets du souvenir ne seront autorisés sur le site. La dispersion de cendres y sera également prohibée. Plusieurs acheteurs ont franchi le pas, ou s’apprêtent à le faire.

Marie, habitante de Saint-Sulpice-la-Pointe, dans le Tarn, a été immédiatement intéressée par cette nouvelle « offre » funéraire.
« Elle correspond à mes idées et à celles de mon compagnon. Nous sommes amoureux de la nature, de la montagne, de la forêt, de la mer. Pour moi, l’idée d’être incinérée, puis inhumée au pied d’un arbre, ça me correspond » raconte cette jeune grand-mère de 66 ans.

Je crois en une vie après la mort, et l’arbre est à mes yeux un symbole de vie. La forêt est un lieu apaisant, qui me convient. C’est aussi un moyen de nous retrouver, mon compagnon et moi, dans un endroit qu’on a choisi à deux, de notre vivant.

Marie poursuit : "Nos enfants respectifs sont au courant, l’idée de savoir qu’ils pourront venir dans cette forêt pour penser à nous quand nous ne serons plus de ce monde leur plait, même si eux-mêmes ne sont pas intéressés par cette forme de rituel funéraire. Et en plus nos cendres pourront nourrir la terre, et préserver cette forêt, c’est une symbolique qui nous paraît importante ! ".

Pour accompagner son projet, Elia Conte Douette a créé un site internet baptisé Cime’Tree, qui détaille les modalités d’acquisition de ces concessions dans la forêt d’Arbas. Elle a également suivi une formation de conseillère funéraire, pour accompagner les personnes intéressées dans leur démarche. Et pense que la philosophie de son projet trouvera son public. La règlementation de plus en plus stricte qui entoure les cérémonies de crémation puis de conservation ou d'inhumation des urnes, le coût parfois rebutant des inhumations classiques dans des cimetières urbains pourraient à plus ou moins long terme, lui donner raison.




 
 

Sur le même sujet

Une vie portuaire découverte à Lattes

Les + Lus