Policiers brûlés à Viry-Châtillon : la colère des fonctionnaires occitans après le verdict

La cour d'assises des mineurs de Paris a condamné en appel lundi cinq accusés à des peines allant de 6 à 18 ans de réclusion et en a acquitté huit autres. Ils étaient jugés pour l'agression violente de policiers à Viry-Châtillon en 2016. Un verdict qui provoque la colère des policiers en Occitanie.

Manifestation des policiers devant le TGI de Toulouse, en soutien à leurs collègues gravement brûlés à Viry-Châtillon.
Manifestation des policiers devant le TGI de Toulouse, en soutien à leurs collègues gravement brûlés à Viry-Châtillon. © Christophe Neidhardt / France TV

"Ecoeurement",  "incompréhension".  Les mots sont forts chez les policiers. Ils étaient une soixantaine à se rassembler à mi-journée devant le Tribunal de Grande instance de Toulouse pour dénoncer le verdict dans l’affaire des policiers brûlés à Viry-Châtillon (Essonne) en 2016. Des peines plus faibles en appel, qu’en première instance.

Cette décision est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Il n’y a pas une semaine en France où un Tribunal ne prononce une peine ridicule par rapport aux faits graves commis contre les policiers en exercice”, estime David Leyraud, secrétaire régional adjoint d’Alliance-Police. Le syndicaliste ne décolère pas. “Il y a eu une meute de 16 individus qui s’est précipitée sur des voitures de police, qui a brisé des vitres et a jeté des cocktails molotofs à l’intérieur. Ils ont coincé les portes pour laisser brûler des pères et des mères de famille…”. Il fait parti des rares policiers à avoir rencontré hier le Président Emmanuel Macron, à Montpellier. “On l’a dit hier au Président de la République : mettre des effectifs supplémentaires c’est bien. Mais tant qu’on peut brûler des policiers et sortir acquitté d’un Tribunal vous ne ferez pas baisser la délinquance”.

Certains policiers arboraient cet autocollant sur leur tenue civile.
Certains policiers arboraient cet autocollant sur leur tenue civile. © Christophe Neidhardt / FranceTV

Même colère chez Frank, policier depuis 19 ans et qui dépend de la DDSP (Direction départementale de sécurité publique) de Haute-Garonne. “Nous sommes indignés. Les collègues ont un traumatisme à vie. Avant d’être policier, on est citoyen. Le métier de policier devient difficile, car le message lancé par la justice, c’est l’impunité pour les délinquants. C’est ça qu’on dénonce. C’est un raz le bol général. Il faut que les magistrats prennent leur responsabilité par rapport aux peines qu’ils prononcent."

"De plus en plus de violence et une société qui se radicalise"

Un mouvement de colère soutenu par des représentants du RN (Rassemblement national), venus apporter leur soutien aux policiers. En revanche, cet appel à manifester n’a pas été suivi par tous les syndicats de police. Les responsables de Unité SGP - Police/FO par exemple sont absents. Ils ont préféré se rendre à Paris où était organisé un rassemblement devant le Palais de Justice.

Antoine Davy, secrétaire départemental UNSA -Police (Haute-Garonne) lui est présent. Son ton est mesuré mais les propos sont fermes :  “ Je suis choqué. Cette décision suscite de l’incompréhension. Comment peut-on prendre des décisions plus légères en appel ?! Ce sont quand même des faits de tentative de meurtre. Sur le terrain on fait face à de plus en plus de violence, la société se radicalise, et les policiers sont en première ligne. Il y a des actes de violence qui peuvent amener la mort d’un policier”.

Un "Observatoire de la réponse pénale" ?

Luc Escoda est délégué Alliance-Police à l’Ecole police de Toulouse. Choqué comme ses collègues par ce verdict, il s’inquiète pour l’avenir.  “On voit le prix qu’on doit payer à être policier. On parle de fermeté, on interpelle, et après cela ne suit pas derrière” explique t’il. “On se rend compte qu’on a de plus en plus de difficultés à recruter des jeunes chez nous, et ce genre de message (de la justice) ne va pas les encourager à venir aujourd’hui. On risque sa vie pour pas grand chose au final, le jeu n’en vaut pas forcément la chandelle pour eux”.

Les policiers se sont rassemblés à l'appel de plusieurs syndicats, notamment Alliance-Police.
Les policiers se sont rassemblés à l'appel de plusieurs syndicats, notamment Alliance-Police. © Christophe Neidhardt/FranceTV


Les policiers demandent plus d’effectifs. D’ailleurs - hasard du calendrier - lundi, le Ministère de l’Intérieur a annoncé la création de 98 postes de policiers supplémentaires pour la seule Haute-Garonne. Des postes qui s’ajoutent aux 13 déjà créés et pourvus depuis début janvier 2021. Mais pour les policiers ce n’est pas suffisant.  David Leyraud, secrétaire régional adjoint d’Alliance-Police est déterminé. “On demande la création d’un Observatoire de la réponse pénale. On attend toujours la réponse du garde des Sceaux Eric Dupont-Moretti. On demande des décisions fortes et rapides de la part du gouvernement”.
Lional Ricaud, Secrétaire départemental Alliance-Police national, renchérit : “Cet observatoire doit être mis en place pour pérenniser la protection des policiers. Il doit servir à vérifier si la peine prononcée et effectivement suivi d’effets, si elle est réalisée”.

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