A Toulouse, l'Isae Supaéro cherche des volontaires pour jouer à un jeu vidéo (et étudier leur cerveau)

Vous avez entre 20 et 30 ans et vous êtes prêt à passer 1 heure par jour à jouer à un jeu vidéo ? Vous pourriez peut-être intéresser les chercheurs de l'Isae-Supaéro de Toulouse. Ils cherchent des volontaires pour étudier leur cerveau pendant qu'ils jouent. 

Les volontaires sont soumis à une stimulation pendant qu'ils jouent à un jeu vidéo.
Les volontaires sont soumis à une stimulation pendant qu'ils jouent à un jeu vidéo. © ISAE SUPAERO

D'ordinaire, ils se consacrent plutôt au cerveau des pilotes confrontés à des situations critiques. Mais de plus en plus, les chercheurs en neuro-ergonomie et facteurs humains de l'Institut supérieur de l'aéronautique et de l'espace de Toulouse étendent leur travail à d'autres catégories de personnes. Pour mieux comprendre comment notre cerveau fonctionne et faire progresser la prise en charge des patients atteints de lésions cérébrales, ils ont lancé une nouvelle étude, basée sur un jeu vidéo. Ils recherchent aujourd'hui des volontaires pour étudier la flexibilité de leur cerveau pendant qu'ils jouent. 

Des recherches sur la flexibilité du cerveau

"D'habitude, on utilise le pilote d'avion comme modèle d'étude", explique Sébastien Scannella, chercheur à l'Isae-Supaéro. "On étudie le fonctionnement de son cerveau pour voir comment il fait face quand ça se passe bien et quand ça se passe moins bien. On essaie de mesurer comment sa prise de décision est affectée par des paramètres extérieurs et aussi par ses propres paramètres comme sa fatigue, sa charge de travail, son état émotionnel."

Depuis trois ans, il coordonne le projet Modex, une étude sur la modulation et l'évaluation de la flexibilité mentale menée avec l'hôpital Rangueil à Toulouse et une équipe de l'université de Montpellier spécialisée dans l'étude du cerveau des sportifs. "On essaie de comprendre comment notre cerveau est flexible" explique-t-il.

Avec cette étude, on cherche à mesurer la flexibilité du cerveau, sa capacité à être multi-tâches. On veut voir si on peut quantifier cette capacité cérébrale et si on peut agir dessus. Est-ce qu'on peut l'améliorer avec de l'entraînement pour des gens qui ont toutes leurs capacités cérébrales ? Et est-ce que pour des patients qui souffrent de lésions cérébrales, on peut réparer cette flexibilité perdue, les aider à s'adapter ?

Sébastien Scannella, chercheur

Une semaine de "Space Fortress" au programme

Une quarantaine de volontaires ont déjà pris part à cette nouvelle étude. Sébastien Scannella en cherche encore une vingtaine. Pendant une semaine, ils devront jouer entre 3/4 d'heure et 1 heure à un jeu vidéo, la tête équipée d'électrodes. Mais pas question de jouer à Mario Kart. Le jeu retenu, Space Fortress, a été conçu par des neuro-psychologues. Les joueurs doivent détruire une forteresse mais aussi gérer leurs points, éviter des mines ou encore les absorber, lire des lettres pendant qu'ils jouent... Un jeu qui oblige à faire du multi-tâches de façon dynamique, explique Sébastien Scannella. "Il met en évidence la mémoire de travail, cette mémoire fugace qui nous permet de retenir un numéro de téléphone par exemple, notre capacité à inhiber certaines informations et pas d'autres".  

Des stimulations transcrâniennes 

Équipés d’un bonnet en néoprène disposant d’électrodes, certains joueurs recevront de manière aléatoire des stimulations transcrâniennes de moins d'un milliampère lors des sessions de jeux. 

L’objectif est d’évaluer si les joueurs ayant reçu une stimulation deviennent plus performants et améliorent leurs scores par rapport au groupe témoin. Une dernière session de jeu, programmée 10 jours après le début de l'expérience, permettra de vérifier si ce gain de performance s’inscrit dans la durée.

"Avec cette étude, on essaie de comprendre les fonctions cérébrales qui permettent d'être flexible. Et ce qu'on veut vérifier pendant cette phase d'apprentissage du jeu c'est si, en venant aider des zones du cerveau avec la stimulation électrique, on va favoriser l'apprentissage et la performance. " explique Sébastien Scannella.

Du jeu à la rééducation

Si on est capable de mieux comprendre comment et où ça se passe dans le cerveau, on peut espérer pouvoir créer des aides adaptées pour un pilote en situation critique mais aussi des protocoles de rééducation mieux adaptés aux patients lésés cérébralement.

Sébastien Scannella

Car l'autre intérêt de ce jeu, c'est peut-être aussi de trouver une alternative à la prise en charge des patients atteints de lésions cérébrales. "Les tâches conventionnelles qu'on applique aujourd'hui en rééducation manquent parfois de réalisme, de plausibilité. Elles sont parfois peu engageantes et rébarbatives pour les patients" explique le chercheur. "Le but, avec le jeu, c'est d'avoir une tâche ludique, engageante, qui maintienne leur attention mais qui permette aussi de donner des mesures contrôlables". 

Lancée en janvier 2020, cette étude a été un peu retardée par la crise sanitaire. Après cette phase d'une semaine de jeu, il faudra encore une centaine de volontaires pour 1h30 de mesures et une partie de Space Fortress.

Si vous voulez détruire une forteresse spatiale tout en aidant la science il vous suffit d'un mail à : sebastien.scannella@isae-supaero.fr

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