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Affaire AWF : Kader Arif démissionne du gouvernement

Le Toulousain, secrétaire d'Etat aux anciens combattants, a présenté sa démission du gouvernement après les révélations sur la perquisition menée au ministère de la Défense dans l'affaire des marchés publics entre une société proche du ministre et la région Midi-Pyrénées. 

Kader Arif
Kader Arif © AFP
Kader Arif, secrétaire d'Etat aux anciens combattants, aurait présenté sa démission du gouvernement à François Hollance qui l'a acceptée ce vendredi. Il a été immédiatement remplacé par Jean-Marc Todeschini, sénateur PS de Moselle. 

Cette annonce intervient après les révélations jeudi de Médiapart qui indiquait qu'une perquisition avait été menée début novembre au Ministère de la Défense, dont dépend le secrétariat d'Etat aux anciens combattants, dans le cadre de l'enquête préliminaire ouverte sur les passations de marchés publics entre le Conseil Régional de Midi-Pyrénées et la société AWF, appartenant à des proches de Kader Arif notamment à l'un de ses frères.

"Par respect pour la fonction"

Après sa démission, Kader Arif a adressé un communiqué à l'Agence France Presse, que nous reproduisons ici : 

Mon nom est cité dans le cadre d'une enquête préliminaire menée par le Parquet national financier. Par respect pour la fonction ministérielle, par respect pour la politique mémorielle que j'ai conduite et pour le monde combattant que j'ai servi avec fierté et conviction, je fais le choix, en responsabilité, de quitter le poste que j'ai eu l'honneur d'occuper pendant deux ans et demi. Cette décision est aussi l'expression de ma loyauté totale au Président de la République et au Premier ministre"


Le secrétaire d'Etat, très proche de François Hollande, dont il est un fidèle depuis le début de la campagne des primaires de la gauche, a toujours indiqué n'avoir aucun lien avec cette affaire. Même le premier ministre Manuel Valls avait affirmé en septembre que son secrétaire d'Etat n'était "en rien concerné" par cette affaire.

Une enquête préliminaire

L'affaire AWF a éclaté début septembre avec l'ouverture par le parquet de Toulouse d'une enquête préliminaire consécutive au signalement d'élus de l'opposition UMP au Conseil Régional. Très rapidement, le dossier a été transmis au tout nouveau parquet national financier à Paris, qui instruit depuis cette enquête préliminaire. 
L'enquête a pour but de vérifier si deux sociétés successives (AWF Music et AWF) d'organisation de spectacles, de sonorisation et de lumière, dirigées notamment par un frère de Kader Arif puis par ses neveux, ont pu bénéficier de favoritisme pour remporter deux marchés pluriannuels d'un montant de plusieurs millions d'euros avec la Région. L'enquête s'attache à déterminer si les procédures d'appels d'offre ont notamment été respectées.
La société AWF Music, qui a été dissoute au printemps dernier, figure sur la liste des fournisseurs du ministère de la Défense mais depuis des semaines l'avocat de la société explique que cette liste est établie à partir des entreprises qui répondent à un appel d'offres et pas celles qui les emportent. En l'espèce AWF et AWF Music n'aurait pas remporté d'appel d'offres du ministère de la défense. 

"On fait le ménage" selon Catherine Lemorton

Interrogé ce vendredi, Vincent Terrail-Novès, élu UMP au Conseil régional, se réjouit que "l'enquête progresse". De son côté, Catherine Lemorton, députée PS de Haute-Garonne, s'interroge sur les différentes affaires : "Depuis que l'on est au pouvoir, on fait le ménage", a-t-elle indiqué au micro de France 3 Midi-Pyrénées :
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Démission de Kader Arif
De son côté, Martin Malvy, le président PS de la région Midi-Pyrénées, évoque la présomption d'innocence et rappelle que "les marchés publics de la région ne concernent en rien M. Arif"
De Jospin à Hollande, de Toulouse à Paris : le parcours de Kader Arif
Né le 3 juillet 1959 à Alger, ce fils de harki est arrivé tout petit dans la région toulousaine, avec ses parents restés fidèles à la France au moment de l'indépendance algérienne. Taille moyenne, la mâchoire carrée, son physique évoque encore le talonneur qu'il fut au Castres Olympique au début des années 80. Le crâne est maintenant dégarni, mais le souvenir reste présent de ce rugby qui fut un des outils d'intégration du jeune Kader.
Entré au Parti socialiste en 1983, il en a grimpé tous les échelons à Toulouse pour devenir un poids lourd politique de la région en dirigeant la fédération socialiste de la Haute-Garonne, une des plus grosses de France, de 1999 à fin 2008.
"Je ne suis pas le représentant d'une communauté : c'est d'abord l'appartenance à une classe sociale qui compte, le fait d'être immigré ajoute à la difficulté", a-t-il souvent déclaré.
Sa détermination, ce fils d'ouvriers illettrés l'explique en ajoutant : "J'avais la rage au ventre, une envie de donner toute mon énergie, un besoin d'appartenance à la République et de reconnaissance citoyenne".
L'homme se présente comme un "citoyen européen, et un Français républicain". "Mais je reste surtout, de manière viscérale, un enfant du Sud-Ouest, avec une forte identité toulousaine et tarnaise".
Décrit par un proche comme "un homme brillant qui a su monter tous les échelons grâce au travail, un bosseur capable de s'adapter à toutes les situations", Kader Arif, diplômé en communication, a collaboré avec Lionel Jospin dès 1987, et est toujours resté fidèle à l'ancien Premier ministre.
Député européen du grand Sud-Ouest depuis 2004, M. Arif a fait partie des rares socialistes à plaider à l'été 2006 pour une candidature Jospin à la présidentielle de 2007.
Dans les instances dirigeantes du PS dont il fait partie depuis 2000, il a toujours été proche également d'un autre disciple de Lionel Jospin, François Hollande, premier secrétaire de 1997 à 2008.
Il l'a accompagné tout au long de sa conquête du pouvoir, de son départ de la tête du PS en 2008 jusqu'à l'Elysée en 2012 (avec AFP). 
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