Les agriculteurs mobilisés contre les zones sans pesticides : “ Il faut mettre fin à l'hypocrisie !”

Au début de la semaine une trentaine d'agriculteurs lançait, près de Toulouse, l'opération "Feu de colère" afin de dénoncer les zones sans pesticides voulues par le gouvernement. / © PHOTOPQR/LA DEPECHE DU MIDI/MAXPPP
Au début de la semaine une trentaine d'agriculteurs lançait, près de Toulouse, l'opération "Feu de colère" afin de dénoncer les zones sans pesticides voulues par le gouvernement. / © PHOTOPQR/LA DEPECHE DU MIDI/MAXPPP

Les agriculteurs de l'ancienne région Midi-Pyrénées se mobilisent contre les zones d'épandage de pesticides à plus de 5 mètres des habitations. Selon eux, ce projet "touche au coeur même de leur métier". Un message qu'ils comptent faire passer aux gouvernement lors d'un "mardi noir, le 8 octobre.

Par Sylvain Duchampt

"Nous n'acceptons pas que l'on nous dise : vous nous gênez, disparaissez du paysage !" La colère pointe dans ses propos mais Edouard Forestié, ancien président des Jeunes agriculteurs du Tarn-et-Garonne, réussit à garder son calme.

Le sujet des pesticides est un sujet hautement sensible chez les agriculteurs. Fortements mobilisés sur ce dossier dans le nord de la France, les paysans autour de Toulouse semblent l'être un peu moins. "C'est hautement explosif assure l'exploitant de Saint-Nauphary. Chaque département a son calendrier pour ses actions mais il est vrai que nous avons surtout en ligne de mire la journée du 8 octobre." Ces agriculteurs en colère appellent à bloquer les autoroutes autour de Toulouse et annoncent une journée noire. La stratégie en Occitanie est surtout de s'inscrire dans la durée. 
 

Une méconnaissance du métier

"Ce n'est pas le grand public que nous cherchons à convaincre avec ces actions explique pour sa part l'actuel président des Jeunes agriculteurs du 82, Paul Savignac. Il ne cherche pas à mieux connaître notre monde et la façon dont nous travaillons. C'est aux pouvoirs publics auxquels nous nous adressons."

Un pouvoir politique désormais dans le viseur d'Edouard Forestié "Après le Grenelle de l'environnement en 2008, on nous a demandé de faire des efforts, pour laver plus blanc que blanc, en assurant que l'opinion nous aimerait enfin. La moindre molécule suspecte a été retirée. Nous avons accepté pour certaines cultures de n'effectuer qu'un traitement tous les deux ans, de ne pas épandre avec du vent ou d'installer des buses au sol. Et là avec ces projets de zones sans pesticides, on nous dit "vous nous gênez dans le paysage, vous devez disparaître." C'est inaceptable !" Ce sentiment renforcé par l'installation de néo-ruraux dans les départements agricoles, situés autour de Toulouse, suscite une profonde incompréhension entre ces deux mondes.  

Le risque d'importer plus

" C'est un sujet très complexe et il faut mettre fin à l'hypocrisie. Avec moins de pesticides, la situation va encore empirer. La réglementation française est sûrement la plus en pointe en la matière. Si l'on nous impose ces zones sans pesticides, nous serons dans l'obligation d'importer des produits étrangers, beaucoup plus pesticidés, pour répondre à la demande." 
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Un point de vue pleinement partagé par Céline Imart, céréalière à Aguts, dans le Tarn. Elle dénonce haut et fort ce "faux débat" sur les pesticides. Un point de vue tranché, qui détonne. 
Visionnez ce reportage de Marie Martin et Roxanne Florin :
 

"Nous commençons en avoir marre, constate Philippe Jougla, président de la FRSEA Occitanie. Nous en prenons constamment plein la tête, par l'administration, par les médias, par la population. Nous essayons de faire au mieux et nous avons l'impression de ne faire jamais assez, jamais assez bien. Si cela continue, nous allons commencer à mordre."  Le message est on ne peut plus clair.

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