L'ancien maire de Toulouse Pierre Cohen quitte le PS pour le mouvement Génération-s de Benoît Hamon

Pierre Cohen, ancien maire PS de Toulouse / © Eric Cabanis / AFP
Pierre Cohen, ancien maire PS de Toulouse / © Eric Cabanis / AFP

INFO FRANCE 3 - Pierre Cohen officialise ce mercredi son départ du Parti socialiste avec une vingtaine d'élus et de militants dont deux de ses anciennes adjointes à la mairie de Toulouse. Il s'explique dans une lettre ouverte et une interview accordée à France 3. 

Par Fabrice Valery

Pierre Cohen a officialisé ce mercredi son départ du Parti socialiste. L'ancien maire de Toulouse cosigne avec une vingtaine d'élus et de militants de la Haute-Garonne un texte où ils expliquent les raisons de ce désamour et indiquent qu'ils rejoignent le mouvement "Génération-s" fondé par Benoît Hamon.

Parmi les signataires qui quittent donc également le PS, Isabelle Hardy, ancienne adjointe au maire de Toulouse chargée du commerce et candidate socialiste aux élections législatives dans la 3ème circonscription de la Haute-Garonne en juin dernier, et Vincentella de Comarmond, ancienne adjointe à la culture.  On trouve aussi des élus locaux, plusieurs secrétaires de sections du parti socialiste, ou des militants comme Hervé Sansonetto, patron du Bikini, la célèbre salle de concert toulousaine.

"Il s'est passé des choses pendant le quinquennat de François Hollande, explique Pierre Cohen dans une interview à France 3, qui nous ont amené à prendre de la distance avec le PS. Et puis, pendant la campagne présidentielle, Benoît Hamon a formulé des réponses à des questions sur lesquelles le parti socialiste n'avait pas débattu. En fait, plutôt que de sortir du PS, nous constations que c'est le PS qui s'est recroquevillé sur lui-même"

Le départ de Pierre Cohen du PS n'est pas une surprise. Cet ancien proche de Martine Aubry s'est rapproché de Benoît Hamon pendant la campagne présidentielle. En février dernier, il a intégré l'équipe d'animation nationale du mouvement Génération-s. Une position à la fois "dedans et dehors" qui lui avait valu les foudres de l'un des candidats à la direction du PS, Stéphane Le Foll, qui lui demandait en mars dernier "un minimum de cohérence" mais dont on savait qu'elle était provisoire.

Pierre Cohen préside le groupe socialiste d'opposition au conseil municipal de Toulouse, dont sont également membres Isabelle Hardy et Vincentella de Comarmond. Après le départ du PS début mars d'une autre élue municipale, Claude Touchefeu, le groupe, qui compte au total neuf élus, se partage désormais entre 4 élus qui viennent de quitter le PS, 4 élus socialistes (François Briançon, Romain Cujives, Joël Carreiras et Gisèle Verniol) et une élue (Cécile Ramos) issue du PRG qui a quitté le Mouvement Radical.
Pierre Cohen peut-il en rester le président ? "La balle est dans le camp des élus PS, explique-t-il. S'ils veulent que nous restions, on reste, sinon on peut créer notre propre groupe. Quant à la présidence, pourquoi changer maintenant, à deux ans des municipales ? Nous verrons si cette question est fondamentale pour eux"

Les municipales, justement, arrivent à grands pas, dans moins de deux ans, et la gauche toulousaine se retrouve éclatée, divisée. PS, Génération-s, écologistes, Insoumis... "Nous avons la nécessité de rassembler les forces de gauche, précise Pierre Cohen. Il n'y a personne qui semble incontournable. Il faut des discussions et mettre sur pied une stratégie des émergences : émergence de projets, d'un programme et forcément d'une personnalité. L'unité sera primordiale. Et le marqueur ce sera la façon dont chacun se positionne localement face à Moudenc et nationalement face à Macron". 

Une unité, des Insoumis aux écologistes en passant par les socialistes ou les membres de Génération-s, encore loin d'être réalisée. Actuellement, chacun travaille plutôt dans son coin à tenter de prendre le leadership. Plusieurs socialistes rêvent d'être le recours face à Jean-Luc Moudenc, aux prochaines municipales ; les Insoumis s'appuient sur l'excellent score de Jean-Luc Mélenchon sur Toulouse à la présidentielle pour jouer leur propre carte ; quant à Génération-s, si le mouvement s'appuie sur des élus aguerris, il est encore en cours de formation et affine son corpus idéologique sur des grands thèmes nationaux.   

"Pour créer les conditions du rassemblement des forces de gauche"

Nous reproduisons ici l'intégralité du texte signé par Pierre Cohen et ces militants qui quittent le PS pour rejoindre Génération-s et Benoît Hamon. Un texte intitulé "pour créer les conditions du rassemblement des forces de gauche" :

"Nous vivons aujourd’hui dans un monde incertain et en pleine mutation, tenté par les fanatismes et les populismes, en proie à une mondialisation non contrôlée, une financiarisation persistante, confronté au terrorisme et qui voit renaître par ailleurs des risques d’affrontements de blocs et la montée de régimes hégémoniques et autoritaires.
Un monde qui connaît aussi dérèglements climatiques et risques écologiques.

Face à ces menaces, il est primordial d’éviter le fatalisme.
Si l’égalité, la laïcité, la liberté, la solidarité, la fraternité, la démocratie, l’écologie, l’intérêt général, sont autant de valeurs qui, pour nous, ont du sens, l’engagement politique doit toujours être d’actualité. Il nous faut constamment nous interroger sur notre capacité à apporter notre modeste pierre à la construction d’une utopie et d’un nouveau monde, plus accessible.

Femmes et hommes socialistes, de gauche, nos convictions se nourrissent de justice sociale, de service public, de protection sociale, de transition écologique, de démocratie, de décentralisation territoriale, des valeurs de notre République trop souvent bafouées.

Nous avons trouvé au sein du PS, pendant des années, la force et l’enthousiasme pour porter et réussir de nombreuses avancées sociales, sociétales, éducatives, culturelles et économiques. Nous en sommes fiers et nous nous revendiquons de cette histoire du socialisme.

Le Parti socialiste, mais surtout le quinquennat de François Hollande, ont généré une confusion entre les valeurs de gauche et de droite.
Cette confusion est également née de notre incapacité à donner une réelle espérance aux gens qui souffrent, qui se sentent humiliés mais aussi aux acteurs qui ont la volonté et la prétention de relever ces défis de justice sociale et écologique.
Le quinquennat Hollande a aussi permis l’émergence d’une force libérale nouvelle, sortie de nulle part même si on la sait issue du Gouvernement, d’une technocratie qui attendait son heure depuis longtemps et qui n’avait jamais eu le champ libre.

Nous devons comprendre le monde dans lequel nous entrons et construire un projet qui ne se confond pas avec le libéralisme qui nous gouverne en Europe comme en France, et qui prétend être la seule voie possible.
La social-démocratie doit être dépassée avec de nouvelles pratiques, des nouvelles valeurs, de nouveaux acteurs de la politique pour lutter contre un capitalisme mondial dérégulé et répartir les richesses produites pour plus de justice sociale dans le respect des équilibres environnementaux.

Il faut donc trouver des réponses, des nouvelles protections, des nouveaux modes de vie, des nouveaux droits et devoirs face à la révolution du numérique et à ses conséquences sur l’emploi, le travail et le monde des salariés ; face à la transition écologique et à ses conséquences sur l’énergie, la santé, la mobilité ; face à un besoin de démocratie et de reconnaissance de la citoyenneté ; face au pari d’une Europe sociale et démocratique.

Lors de la primaire de la Gauche, Benoît Hamon a su proposer un projet qui n’a pas été choisi par le seul Parti Socialiste, mais par une grande majorité de gens de gauche et écologistes. Pour autant le PS n’a pas tenu compte de cette dynamique portée par les forces de gauche pendant la campagne. Il a préféré débattre entre militants plutôt que d’échanger et de rassembler les nouvelles énergies et idées.

Nous ne nous reconnaissons pas dans cette approche. Pour nous, il est urgent de créer une force de gauche de gouvernement, en opposition résolue au libéralisme dévastateur des services publics, des acquis sociaux, des protections qui offrent une dignité aux plus délaissés.
Ce n’est donc pas sans émotion que nous quittons le parti socialiste, dans lequel nous avons milité pendant des années aux côtés de femmes et d’hommes sincères et engagés pour défendre nos valeurs communes.

Aujourd’hui nous voulons nous engager pour relever les défis du socialisme et de l’écologie, pour rassembler les forces de gauche et tous les citoyens qui veulent débattre et agir.
C’est pourquoi nous avons décidé de nous engager pleinement dans Génération.s, au sein duquel nous retrouvons enthousiasme et espoir politique".

Les signataires : 
Roselyne Cases ; Françoise Cohen ; Pierre Cohen ; Vincentella de Comarmond ; Gisèle
Damin ; Jean-Louis Dubourdieu ; Madeleine Dupuis ; Hervé Dutko ; Nicolas Druilhe ; Robert
Farré ; Isabelle Hardy ; Françoise Henry ; Michel Laurine ; François Linarès ; Karim Mechta ;
Nadine Milhaud ; Hugo Petrachi ; Maxence Pigree ; Simone Saby ; Hervé Sansonetto ;
Romain Saunier.

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