Antisémitisme. Entre multiplications des agressions, indignation et récupération politique : "lorsque l'on ne fait rien, on laisse propager la haine"

Après le viol à caractère antisémite d'une adolescente de 12 ans à Coubevoie dans les hauts de Seine, une manifestation s'est tenue à Toulouse. Quelques 200 personnes se sont rassemblées à Toulouse (Haute-Garonne), vendredi 21 juin, pour dénoncer une montée de l'antisémitisme en France et afficher leur soutien à cette jeune fille. Très vite des propos contre la France insoumise émergent.

Sur la place Saint-Etienne, la manifestation n'a pas encore commencé. Quelques drapeaux français sont distribués. Le maire de Toulouse Jean-Luc Moudenc est aux côtés de Franck Touboul, président du Conseil Représentatif des Institutions Juives de France (CRIF). Le rassemblement, annoncé suite au viol d'une adolescente juive de 12 ans à Courbevoie rassemble quelque 200 personnes ce vendredi 21 juin à Toulouse (Haute-Garonne).

Alors que la place se remplit petit à petit, des drapeaux français circulent dans la foule. Des étudiants les font passer aux personnes venues se rassembler. Myriam, venue " pour soutenir la jeune fille violée ", ne cache pas son incompréhension : " Je ne comprends pas, si on est là, c'est pour la petite, pourquoi avoir décidé d'emmener des drapeaux français. Ici, on l'est tous, souffle-t-elle, lorsque l'on saigne, on saigne tous de la même couleur, peu importe la religion. " Elle regrette pourtant : " Je suis musulmane et je trouve que c'est dommage, ma communauté n'est que très peu représentée. "

Un peu plus loin, Joelle, Wenny, et André discutent, pour eux, il faut être présent : "C'est important, on parle quand même d'une enfant, et puis c'est un acte à caractère antisémite, il y en a de plus en plus " assure Joelle. Le même constat est partagé par Bernadette, Monique et George, un peu plus loin : "Vous savez, on le voit à la TV, je regarde CNews et les déclarations antisémites et actes antisémites fusent de plus en plus de la part de certains extrêmes, c'est triste. C'est surtout depuis l'attaque du Hamas face à Israël " assure Monique. Bernadette ajoute : "Je suis chrétienne, catholique, et je suis dégoûtée par ce torrent de haine sur la communauté juive, c'est lamentable." Aucune des personnes interrogées ne parlera d'un acte antisémite vécu, tous évoqueront un " ressenti d'un climat ambiant défavorable aux Juifs" notamment après avoir "regardé des reportages télévisés."

Des attaques à l'encontre de la France Insoumise

Puis les discours dans la foule compacte prennent rapidement une orientation politique. Des slogans à l'encontre de la France insoumise sont entamés lorsque Franck Touboul ou Jean-Luc Moudenc prennent la parole à tour de rôle pour afficher leur soutien. Certains s'étonnent de la récupération politique : " Nous sommes censés être là pour la jeune fille, non pas pour les politiques, c'est dommage que cela prenne ce tournant " avoue une femme, une affiche en soutien à la jeune fille à la main. 

Lors de son discours, Franck Touboul, le président du CRIF de Toulouse, est ferme : " C'est Jean-Luc Mélenchon qui nous a mis une cible sur le dos, mais les Français sont derrière nous, plus de 74 % des Français sont solidaires selon nos derniers sondages. " 

Pour Jean-Luc Moudenc qui a également pris la parole, le rassemblement n'avait pas de fond politique, même si ses propos mentionnent très rapidement le leader de la France Insoumise : " Je ne pense pas que ce soit politique comme manifestation, si nous sommes là, c'est à l'occasion de cet événement horrible, qui n'est pas rare malheureusement (...) et effectivement la France Insoumise, instrumentalise le conflit israélopalestinien. " 

L'antisémitisme dans les universités de Toulouse

Sont aussi présents quelques jeunes étudiants de confession juive, à leurs côtés, Léo Bilfeld, président de l'union des étudiants juifs de Toulouse. Il dénonce un climat hostile aux Juifs dans les universités toulousaines : " Ce qui est certains, c'est que dans toutes les universités de Toulouse aujourd'hui, on remarque des actes à caractères antisémites, nous avons pu le voir à l'université Capitole, Jean Jaurès ou encore Paul Sabatier. Mais ce qui est aussi important, c'est de savoir quelle est la réponse donnée par les universités." 

En septembre 2023, un jeune homme publie sur le compte Instagram des étudiants du groupe 2 de licence 1 de droit des posts à caractères antisémite. Moins d'un an plus tard, le 12 février 2024, il est exclu de l'université Toulouse Capitole, pour une durée d'un an, dont six mois avec sursis. Sur ce sujet Léo Bilfeld, assure : " La présidence a très bien réagi et on le voit, avec l'exclusion du jeune."

Mais pour lui, le problème vient plutôt de l'université Toulouse Mirail : " C'est à l'université Toulouse Jean Jaurès que c'est plus compliquée. C'est presque de la couardise de la part de la direction. Là-bas, il y a plusieurs groupes extrêmes comme le collectif Palestine vaincra qui a des propos antisémites. Certains groupes d'extrême gauche flirtent très clairement avec l'antisémitisme dans cette université et la présidence ne dit rien. Cette université est aujourd'hui épurée d'étudiants juifs " souffle-t-il.

Le 29 novembre 2023, sur les murs de l'amphithéâtre C de la faculté du Mirail, on pouvait lire : " Don't ignore the genocide " mais aussi " 20 000 morts qui sont les terroristes ? " ou encore " Fuck Sionisme " des slogans écrits en lettre rouge, que l'UEJF de Toulouse déplore dans un communiqué de presse. Pour Léo Bilfeld, " suite à ces tags et d'autres actions de la part de groupuscules comme Le Point Levé ou Palestine Vaincra la présidence n'a rien fait, et lorsque l'on ne fait rien, on laisse propager la haine." 

Des attaques antisémites visées 

Parfois, les attaques antisémites s'en prennent directement à des étudiants. Raphaël Montazaud, vice président de l'université Jean-Jaures, militant de l'UNEF et du PCF, Parti communiste français, est la cible depuis plusieurs mois d'attaques sur les réseaux sociaux. En mars dernier, il nous disait : " On m'a fait part d'une boucle Télégram d'extrême droite connu pour faire la chasse aux antifascistes. Ce groupe compte plusieurs centaines d'individus, dont des groupes identitaires européens considérés comme dangereux. Mon nom, mon visage et mon adresse sont alors diffusés dans ce groupe avec des précisions sur ma nouvelle adresse. Il diffuse aussi mon portrait. On passe un cap. "  Depuis, Raphaël Montazaud a décidé de " tout arrêter et de se retirer de la vie politique ". 

Ces attaques visées, relevaient selon Raphaël Montazaud, également d'un caractère antisémite comme il l'a évoqué sur X (anciennement Twitter) à plusieurs reprises.

"L'extrême droite s'est totalement décomplexée"

Pour Emma Save, secrétaire fédéral du Mouvement des Jeunes Communistes de France : " C'est très inquiétant, il y a une libération de la parole antisémite qui fait peur. Les propos qui étaient adressés à Raphaël Montazaud, montrent que l'extrême droite s'est totalement décomplexée, même au sein des universités, certains groupes d'étudiants n'ont pas peur de porter des paroles antisémites. Nous, nous ne voulons pas d'amalgame, concernant le conflit israélopalestinien nous voulons une solution à deux états et la paix entre les peuples. " 

En avril dernier, 70 présidents d'établissements d'enseignement supérieur signaient une tribune dans le journal Le Monde : " Les universités ne doivent pas être instrumentalisées à des fins politiques ".

Quelques jours plus tôt, lors de la commission de la culture du Sénat Guillaume Gellé, président de France Universités rappelait : " depuis le 7 octobre, dans 80 établissements d'enseignement supérieur, 67, actes antisémites, NDLR, ont été recensés, alors que ce chiffre était de 33 sur l'année universitaire 2022-2023." 

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