Bizutage à l'école d'infirmiers de Toulouse : une enquête interne ouverte

Les 250 élèves de première années de l'école d'infirmiers de Toulouse ont été bizutés mercredi 5 septembre 2018.
Les 250 élèves de première années de l'école d'infirmiers de Toulouse ont été bizutés mercredi 5 septembre 2018.

Le bizutage est interdit en France mais il a pourtant toujours cours dans certaines écoles. Celui de l'école d'infirmiers de Toulouse a eu lieu mercredi et a démontré une nouvelle fois que la frontière entre rite d'initiation et humiliation peut être vite franchie. Une enquête interne est ouverte.

Par Laurence Boffet

Le 5 septembre 2018, l'ensemble des étudiants de première année du Pôle Régional d’Enseignement et de Formation aux Métiers de la Santé (PREFMS) de Toulouse est en cours lorsqu'une centaine d’étudiants d’autres années font irruption. Leur bizutage vient de commencer.

La suite, ce sont des élus CGT de l'hôpital, alertés par des élèves bizutés, qui la racontent : "dans un premier temps les étudiants ont été attachés par deux avec du scotch dans l’amphithéâtre, certains et certaines les mains entre les jambes d'autres. Dans un second temps les étudiants et étudiantes ont été aspergés à l’extérieur avec divers produits : œufs, farine, vinaigre, coca, betadine, ketchup, mayonnaise, pâté pour chiens… Y compris dans les yeux. Ils ont été sommés de chanter une chanson contenant des propos dégradants : « La fellation c’est tellement bon …». Lorsqu’ils refusaient, des œufs leur étaient jetés dessus".

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Ce bizutage va durer plus d'une heure, selon le syndicat qui déplore l'humiliation subie par les étudiants "plusieurs étudiantes ont mal vécu cette situation, certaines tremblaient, d’autres ont clairement déclaré avoir été humiliées publiquement" et rappelle que le bizutage est interdit par la loi du 17 juin 1998. 
Une étudiante, pendant le bizutage à l'école d'infirmiers de Toulouse.
Une étudiante, pendant le bizutage à l'école d'infirmiers de Toulouse.

Une procédure du CHSCT

Le Comité d'hygiène et de sécurité (CHSCT) de l'hôpital a engagé ce jeudi matin "une procédure de danger grave et imminent". "La direction de l'hôpital a l'obligation de tenir une enquête dans la journée et de lister les mesures à prendre", explique Pauline Salingue, secrétaire du CHSCT de l'hôpital. "Ces actes sont humiliants et dégradants et on craint des brimades par la suite pour ceux qui les ont dénoncés ou ceux qui ont tenté de s'y soustraire" indique-t-elle encore. "Ces pratiques d'un autre temps doivent cesser. "On ne demande pas que des mesures soient prises contre les étudiants bizuteurs, on ne veut pas faire d'exemple. On demande que la responsabilité de l'institution soit reconnue. C'est elle qui laisse faire ça. Elle doit s'engager à ce que cela cesse et elle doit présenter des excuses aux étudiants qui ont subi ces pratiques".  
 

"Une tradition inacceptable" pour la direction du CHU

La direction du centre hospitalier universitaire (CHU) de Toulouse indique ce jeudi que ce bizutage "est inacceptable par rapport aux valeurs défendues par l'hôpital". Elle confirme l'ouverture d'une enquête interne et promet que si à l'issue de cette enquête, "il devait être constaté des débordements contraires à la règle instituée, dans l’enceinte du PREFMS, un rappel à la discipline sera engagé contre les responsables". 
La direction du CHU souligne aussi qu'à l'occasion de la rentrée, tous les étudiants du Pôle régional d’enseignement et de formation aux métiers de la santé (PREFMS) ont signé le règlement intérieur qui stipule que les manifestations d’intégration et de bizutage sont "strictement interdites par les règlements intérieurs de l’établissement". 



 

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