“C'est dur au quotidien” : d'origine syrienne, la famille Mustapha vit dans le local d'un club de foot à Toulouse

Hossein, le père, et ses quatre enfants, doivent dormir à même le sol. / © FTV
Hossein, le père, et ses quatre enfants, doivent dormir à même le sol. / © FTV

Depuis avril dernier, la famille Mustapha, venue de Syrie, vit dans le local de l'ancien club de football des Izards, à Toulouse. Malgré leur demande de logement et l'obtention de leur titre de séjour, Hossein, Ratiba et leurs quatre enfants doivent vivre dans des conditions difficiles. 

Par Margaux Dubieilh

Quelques tapis posés au sol, trois matelas, des sacs remplis d'affaires personnelles dans un coin... et c'est tout. La pièce principale du local de l'équipe de football des Izards est grande, mais peu accueillante. 
 
Les affaires de la famille Mustapha tiennent dans quelques sacs. / © FTV
Les affaires de la famille Mustapha tiennent dans quelques sacs. / © FTV

Adossés à un mur où la peinture s'écaille, les quatre enfants de Hossein et Ratiba regardent un dessin animé sur un smartphone : l'un des seuls objets de valeur que possède la famille Mustapha.
 
La cuisine du local, où la famille peut faire à manger. / © FTV
La cuisine du local, où la famille peut faire à manger. / © FTV

Celle-ci squatte le local depuis sept mois, même si le quotidien n'est pas de tout repos d'après Hossein :

On n'a pas pas d'intimité, pas d'eau chaude, on doit faire bouillir l'eau pour se laver. C'est dur au quotidien. 

 

Peur des zombies

Une situation encore plus difficile à vivre pour les enfants : Tamir, Khaled, Kasim et Chaimaa. Ils ne peuvent pas encore aller à l'école des Pradettes et vivent sans arrêt les uns sur les autres.
 

De gauche à droite : Kasim (6 ans), Khaled (8 ans), Chaimaa (2 ans) et Tamir (10 ans) / © FTV
De gauche à droite : Kasim (6 ans), Khaled (8 ans), Chaimaa (2 ans) et Tamir (10 ans) / © FTV


Mais le pire, c'est la nuit, comme l'explique Khaled, le cadet, dans un français presque parfait : 

On a peur de dormir ici. On a peur des zombies. Mais bon, on sait que ce ne sont pas des vrais. En Syrie, il y a de vrais zombies. 

Soldats de Daesh ? Corps des victimes qu'ils ont aperçus pendant la guerre ? Si ce mot semble faire référence à un traumatisme vécu là-bas, difficile d'avoir plus de précisions.
 

Parcours du réfugié

Les membres de la famille Mustapha ont fui la Syrie à cause de la guerre. Après avoir transité en cachette par le Maroc, le Portugal, l'Espagne, ils arrivent à Toulouse en 2014. Hossein enchaîne les petits boulots payés au noir, tandis que le reste de la famille mendie pour pouvoir survivre.

Enfin, en mars 2019, ils reçoivent leur titre de séjour valable jusqu'en 2023 et une aide de la CAF de 1200 euros par mois. Mais toujours aucune réponse pour leur demande de logement et de scolarisation. 
 

"On se doit d'aider les plus exclus"

Hossein remarque alors ce local en avril dernier : l'endroit est sale, certaines fenêtres sont cassées, mais il y a de quoi prendre une douche et faire à manger. Ni une, ni deux, la famille syrienne s'installe illégalement, sans autre solution. 
 

Le local du club de football des Izards. / © FTV
Le local du club de football des Izards. / © FTV


Lorsque Frédéric Mercadal les découvre, il tombe de haut. Le président du club de football des Izards ne s'attendait pas à ce que son local innocupé soit squatté par une famille syrienne. Mais pour lui, pas question de les chasser :

En tant que président de club, on peut s'interroger sur l'utilisation de ce local. Mais en tant qu'homme et quand on a un coeur gros comme une maison, on se doit d'essayer d'aider les plus exclus. 

D'autant que le président a toujours lutté contre l'exclusion avec son club, même si ce dernier est aujourd'hui fermé jusqu'à nouvel ordre. 
 

Sans retour

Aujourd'hui, la solidarité s'est mise en place : des membres du clubs, mais aussi des habitants du quartier viennent prêter main forte aux Mustapha : don de couvertures, de nourriture, ou encore aide pour les démarches administratives. Hossein, lui aimerait trouver un travail et payer un loyer comme d'autres familles syriennes. Mais pas question de retourner en Syrie :

Ça reste mon pays d'origine, mais je ne peux pas travailler là-bas. Il y a toujours la guerre. Notre vie est ici, en France, maintenant. 

A lire aussi

Sur le même sujet

Les + Lus