Coronavirus : comment les danseurs classiques toulousains s'organisent-ils en période de confinement ?

Hugo Prunet et Marine Pellerin s'entrainent depuis chez eux. L'un en Allemagne, l'autre à Toulouse. Pour les danseurs et danseuses classiques, les étirements et classes continuent, même en période de confinement. A la moindre relâche, ils risquent de perdre en technique, et en souplesse. / © Hugo Prunet et Marine Pellerin
Hugo Prunet et Marine Pellerin s'entrainent depuis chez eux. L'un en Allemagne, l'autre à Toulouse. Pour les danseurs et danseuses classiques, les étirements et classes continuent, même en période de confinement. A la moindre relâche, ils risquent de perdre en technique, et en souplesse. / © Hugo Prunet et Marine Pellerin

Grands écarts, pirouettes, grands sauts... quand un danseur classique s'entraine, il a besoin de place. Confinés, ils nous racontent leur quotidien en cette période de crise sanitaire liée au Coronavirus.

Par Karen Cassuto

Marine Pellerin s'acharne à accomplir son ambition de décrocher un contrat auprès d'une compagnie de danse classique. Depuis l'âge de 13 ans, elle est en formation professionnelle. A l'école Besso, elle suit 30 à 35 heures de cours de danse par semaine pendant 6 ans. Depuis trois ans, elle s'entraine à raison de 3 heures par jour à l'école BDS de l'ancienne soliste du Capitole Magali Guerry. A 25 ans, en mars 2020, son quotidien bascule en pleine crise sanitaire liée au Coronavirus. Mais la toulousaine sait qu'elle doit maintenir son corps en forme et sa technique au point. 

Je passe des auditions cette année donc je suis obligée de rester en forme pour pas perdre mon niveau. Si je ne le fais pas, je vais perdre très vite en souplesse et en endurance, détaille Marine Pellerin.


Routine d'une danseuse à domicile


Pour cela, la routine de cette danseuse commence à 10 heures. Echauffement, abdos, étirements. Marine Pellerin effectue d'abord une session basique de sport. Ensuite, place à la souplesse et aux étirements. Une fois ses trois grands écarts atteints, c'est cours de pilate en ligne spécial danseurs. Au bout de deux heures d'entrainement, à table ! 

L'après-midi, Marine Pellerin suit un cours de barre, et quand on a pas de barre à la maison, on s'adapte ! C'est d'une main sur son radiateur que la danseuse enchaine les pliés. Et pour ce qui est du cours "au milieu", la chambre ne suffit pas.

Je ne peux pas faire beaucoup de choses avec si peu d'espace, mais j'essaie de maintenir des exercices sur la pointe pour garder ma force dans mes chevilles, raconte Marine Pellerin.
 

Sur cette vidéo, Marine Pellerin suit les cours en ligne de l'English national ballet de Tamara Rojo. L'un des avantages de ce confinement : les cours des compagnies les plus prestigieuses se répandent sur les réseaux sociaux, gratuitement !


Cours en direct des plus grands danseurs, sur les réseaux sociaux !


Marine Pellerin suit des cours de danse classique en direct sur le réseau social Instagram. L'occasion de prendre les conseils précieux de grands noms de la discipline comme Isabella Boylston de l'American Ballet ou encore Philippe Solano et Tiphaine Prevost du ballet du Capitole : 
 
Le danseur Philippe Solano et la danseuse Tiphaine Prévost, tous les deux membre de la compagnie du Capitole à Toulouse, offrent des cours en ligne en cette période de confinement.

A la fin du confinement les auditions que devaient passer Marine Pellerin seront-elles maintenues ? En tous cas, même confinée, la danseuse ne lâche rien. 


Changer sa routine, écouter son corps


Lui a déjà réussi une audition il y a deux ans. A 22 ans, Hugo Prunet est membre de la compagnie allemande Nordharzer. Confiné dans son appartement à Halberstadt, l'ancien étudiant toulousain s'entraine depuis son salon. Et quand il faut suivre un cours à distance, c'est parfois sur Instagram avec sa compagnie, d'autres fois en visio conférence sur Zoom avec ses anciens collègues et professeurs.
 
Sur son ordinateur portable, Hugo Prunet suit des cours en direct depuis un appel en visio conférence sur l'application Zoom. Les danseurs s'y donnent rendez-vous pour suivre la classe tous ensemble, chacun chez soi. / © Hugo Prunet
Sur son ordinateur portable, Hugo Prunet suit des cours en direct depuis un appel en visio conférence sur l'application Zoom. Les danseurs s'y donnent rendez-vous pour suivre la classe tous ensemble, chacun chez soi. / © Hugo Prunet

Dans sa routine quotidienne, Hugo Prunet inclue désormais des disciplines qu'il n'avait jamais pratiqué avant, comme le pilate. Une façon pour lui, de maintenir ses muscles en activité : "en tant que danseur, mon corps est mon outils de travail. Je ne peux pas me permettre de tout arrêter. Au contraire, j'ai le temps maintenant de prendre soin de moi et de mon corps". Autre changement : son alimentation.

Avant je ne faisais pas du tout attention à ce que je mangeais. Mais depuis que je suis confiné, je sens que mon corps en demande moins. Alors je me nourris principalement de smoothies, de fruits... explique le danseur.


Accès à la culture de la danse classique


Pour le jeune danseur, le confinement a ses avantages. "Pour une fois, on peut suivre les classes de qui l'on veut et découvrir d'autres choses" rapporte-t-il. Comme Marine Pellerin, Hugo Prunet suit avec soin certaines classes sur les profils Instagram de ses danseurs préférés. Il remarque :


On a accès à la partie presque privée de certains danseurs. Ca n'arrive pas tous les jours ! C'est une vraie découverte pour moi. Ca donne l'opportunité de travailler la technique mais aussi la culture. Comme une piqûre de rappel...


Certains spectacles du répertoire sont en effet mis à disposition gratuitement sur internet pour pallier à l'annulation de tous les ballets. Une manière de garder le moral pour ce jeune danseur. 

 

Avis aux danseurs non professionnels

L'ancienne soliste du ballet toulousain du Capitole et désormais professeure de danse Magali Guerry recommande aux débutants et enfants de ne pas se laisser tenter par les cours en accès libre des compagnies de danses. Surtout, elle préconise de ne pas faire de pointe à la maison. Tous les élèves n'ayant pas des sols adaptés, ni le niveau pour pratiquer seul, le risque de se blesser est conséquent. "Tout ce qui est pilate, yoga, étirement, souplesse en revanche, pour maintenir la forme, en douceur, oui" ajoute-t-elle.

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