Covid et boutiques fermées : commerçants et artisans de la région passent au numérique

Y-aura-t-il des commerces dits "non essentiels" rouverts d'ici Noël ? Trop tôt pour le dire. En attendant, le gouvernement incite à la création de plateformes locales. Dans notre région, elles se multiplient. Mais pas seulement pour vendre en ligne.
Rue commerçante de Montauban.
Rue commerçante de Montauban. © Ayham Khalaf/FTV
Elle s’appellera « Toutoulouse » et devrait entrer en service début décembre en collaboration avec Toulouse Métropole. Mais le président de la Fédération des Commerçants de Haute-Garonne prévient « cette application ne sera pas qu’un « Market Place » pour vendre des produits en ligne, elle aura aussi pour objectifs de faire revenir les clients dans les commerces ».

Faire aussi revenir les clients dans les boutiques


Culture, loisirs, patrimoine, actualité de la ville rose y seront ainsi déclinés. Et particularité : « l’application sera personnalisée pour chaque utilisateur» assure Philippe Léon. « Vous aimez l’Opéra et les vieilles pierres, vous ne recevrez des informations que sur ces thématiques » promet le commerçant toulousain. Autre atout mis en avant la « souveraineté de l’application » : « nous garantissons la confidentialité de ce que l’utilisateur regarde ». 

Bref, il ne recevra pas le lendemain de sa consultation des dizaines de spams ou de publicités. Et Philippe Léon de rappeler les erreurs commises dans la précipitation par certains de ses collègues ailleurs en France. Selon lui, de trop nombreuses applications se sont montées, « truffées de traceurs Gaffa » et ont finalement vu leurs adhérents noyés dans un flot d’autres liens commerciaux.

Former les commerçants

Dernière stratégie mise en avant par la fédération des commerçants de Haute-Garonne pour cette application « Toutoulouse » : "la mise en relation directe du client et du commerçant". Ces derniers pourront s’inscrire sur la plateforme à partir de lundi. "Une fois qu’ils seront assez nombreux, on ouvre" annonce Philippe Léon. Plus d’une dizaine de personnes travailleront à son fonctionnement dont des étudiants en alternance et un Community manager issu des rangs des commerçants toulousains.

Ces derniers auront justement la possibilité de se former à l’e-commerce grâce à la Chambre de Commerce et d’Industrie ainsi que la Chambre des Métiers et de l’Artisanat. Cette dernière dès mars dernier et le premier confinement avait envisagé cette option.  "On avait réalisé 103 formations et accueilli plus de 300 stagiaires, soit autant d'entreprises artisanales" recense Vincent Aguilera.

"On avait alors formé au click et livraison. Aujourd'hui on passe au clic et retrait plus simple et moins cher car la livraison a un coût" explique le Président de la Chambre des Métiers. "Mais aujourd'hui c'est avec l'e-commerce que doivent se familiariser les indépendants, comment proposer leurs produits et comment pour leur clientèle à distance, garder un lien avec elle" précise-t-il.

Pas seulement dans les métropoles

La communauté d’agglomération du sud-est toulousain fera elle aussi former ses commerçants au e-commerce. Elle lancera ce jeudi 12 novembre sa plateforme « Click’n CO ». « Au début, on voulait y référencer tout le monde par défaut, mais on est finalement en train de faire un phoning individuel pour sensibiliser les commerçants et les inviter à se former » explique Laurent Chérubin. 

6800 emplois sont en jeu sur ce territoire jouxtant Toulouse et englobant l’une des plus grosses zones commerciales du secteur. « Mais vous savez j’ai aussi des commerçants indépendants dans la galerie marchande de Carrefour » relève le vice-président du Sicoval en charge du commerce. « D’ailleurs la direction de Carrefour va aussi nous aider dans la démarche » précise celui qui est aussi maire de Labège.

Parmi les premiers secteurs visés : la restauration. Jean-Philippe Sellini a un établissement au centre du village. "On avait déjà senti arriver le reconfinement, alors on avait développé la vente à emporter. J'ai même fait venir un four à pizza" reconnaît le patron d'"Ô Paisible". Contacté par la mairie, il n'a pas hésité à adhérer à la plateforme. "Le click and collect ne va pas tout compenser mais il peut nous permettre de nous faire connaître par de nouveaux clients" analyse-t-il. Pour lui, le système correspond aussi à la future façon de consommer.

Trop de plateformes locales ?

De son côté, la Région a, elle aussi mis en place, non pas une mais deux plateformes. La première a pour but de faire travailler les agriculteurs locaux. 4300 d’entre eux y ont adhéré. « Tousoccitariens » fonctionne depuis le confinement de mars dernier. La seconde verra le jour ce jeudi 12 novembre et aura pour but de mettre sur la toile tout ce qui se vend de local, en dehors de l’alimentaire. Son nom : « Dans ma zone », joli pied de nez à une célèbre société de vente en ligne.

Les Régions mais aussi les Chambres de Commerce et d'Industrie sont aujourd'hui largement invitées par le gouvernement à favoriser ces plateformes locales. Mais pourquoi créer ces "market place" plutôt que de simples sites internet ? "Parce qu'il faut occuper l'espace des grandes plateformes commerciales voire les concurrencer. Cette période d'avant-Noël est celle où se réalise 50 à 70% des chiffres d'affaires des indépendants" prévient Vincent Aguilera.

Le président de la Chambre des Métiers de Haute-Garonne regrette toutefois la multiplication des initiatives. "Aujourd'hui c'est à celui qui va créer le plus vite sa plateforme mais on risque d'y perdre les clients" met-il en garde. "Là on est dans l'urgence, mais il va falloir essayer de regrouper tout ça pour être plus efficace" reconnaît celui qui en lance aussi une ce jeudi, Géo'local31, avec la CCI de Toulouse et le département de Haute-Garonne.
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