Covid : "le reconfinement serait vécu comme une rechute" selon Florence Sordes, psychologue à l'Université Toulouse 2

Le confinement a eu des conséquences psychiques importantes pour les Français. Florence Sordes, maître de conférences en psychologie à l’Université Toulouse 2 a étudié ses effets grâce aux témoignages de volontaires. Les résultats se montrent peu encourageants à l'approche d'un reconfinement.
20% des sondés ont développé des syndromes de détresse psychologique
20% des sondés ont développé des syndromes de détresse psychologique © IP3 PRESS/MAXPPP
Une situation inédite en France. Jamais notre pays ne s'est retrouvé sous cloche, aussi rapidement, aussi brutalement, que du 16 mars au 11 mai 2020. Les Français semblent avoir compris la nécessité de ce confinement, mais ses conséquences psychologiques commencent à se dévoiler. 

Florence Sordes travaille sur la question depuis la sortie du confinement. Suite à un appel à témoignages, elle a récolté la parole de 4 689 volontaires. Tous ont pu témoigner de leur vécu sur la période de confinement. En majorité des femmes (77,4% des sondés) habitant l'Occitanie.
 
Florence Sordes s'est lancée dans une étude de grande ampleur sur les effets du confinement
Florence Sordes s'est lancée dans une étude de grande ampleur sur les effets du confinement © Florence Sordes

Quelles sont les premières conclusions de votre étude ?

Cette étude se réalise en trois temps. Le premier, dont je vais parler ici, est celui du confinement. Viendront ensuite les témoignages concernant le déconfinement, et enfin ceux récoltés trois mois plus tard.

Concernant donc la période des deux mois de confinement, il apparaît déjà clairement que 20% des sondés ont développé de la détresse psychologique importante. C'est-à-dire de l'anxiété, de l'instabilité émotionnelle, de la dépression... D'autres facteurs rentrent aussi en jeu : l'implantation géographique, le degré d'isolement.

Quatre grandes difficultés ressortent des témoignages que j'ai récoltés : la gestion du quotidien, la privation de libertés, la rupture de liens sociaux et la peur de contaminer.

Le fait que les choses restent abstraites et peu compréhensibles pour les gens renforce leur propension à développer des syndromes de détresse psychologique.

Quelles sont les parties de la population les plus touchées ?

Les femmes semblent plus touchées que les hommes par ce confinement. Même cas de figure chez les plus jeunes, plus habitués à entretenir une vie sociale et inquiets pour leur avenir professionnel. Cela correspond aussi aux résultats plus préoccupants chez les personnes sans activité professionnelle (étudiants, chômeurs...).

A contrario, les retraités semblent avoir été moins concernés par les dégâts du confinement. Ce sont ceux qui expriment le moins de détresse psychologique.

Comment les gens ont vécu ce confinement ?

Leur réaction est très ambivalente parmi les sondés. Ils témoignent à la fois d'une perte de libertés, de liens sociaux, d'organisation dans leur quotidien comme je viens de l'expliquer, mais ils estiment également avoir gagné en développement personnel. Cela peut passer par un recentrement sur la famille, le plaisir d'entretenir son jardin, terminer des travaux mis en pause depuis trop longtemps...

Au final, ce confinement a grandement provoqué un changement d'état d'esprit chez les personnes confinées chez eux. Le chamboulement du quotidien a bouleversé leur façon de voir les choses. Mais si l'on compare avantages et inconvénients, il est clairement apparent que les gens ont beaucoup plus perdu que gagné sur la période. Cela est notamment dû à l'anxiété ambiante. 

Quelles seraient les conséquences d'un reconfinement ?

Les conséquences seront très importantes à mon sens. Habituée de travailler sur la psychologie des personnes atteintes d'un cancer, j'ai l'impression que ce reconfinement serait vécu comme une rechute. 

Les personnes déjà fortement marquées par le confinement du printemps n'en ressortiront que plus atteintes par une nouvelle période sous cloche. Et pour ceux qui l'avaient plutôt bien supporté, rien ne dit que cette fois ils ne vont pas développer des syndromes de détresse psychologique. 

Même si désormais on connaît mieux la Covid-19, il ne me semble pas que les gens aient forcément assimilé les apprentissages de la lutte contre la maladie. Cette peur panique, liée à cette incompréhension persistante de la période, effraie les gens. 

Quelles sont vos craintes majeures pour les mois qui viennent ?

Au regard de ce qu'il se passe aujourd'hui, les gens ne sont pas prêts à un reconfinement. Je crains qu'ils ne développent encore plus de détresse psychologique, amplifiée donc par cette incertitude ambiante. 
Une sorte de cercle vicieux s'est mis en place : moins les gens comprennent ce qu'il se passe, plus ils s'inquiètent. Et plus ils s'inquiètent et moins ils comprennent ce qu'il se passe.

Ce reconfinement serait un amplificateur à ce qu'il se passe actuellement en somme. Et les messages du gouvernement et des médias tel qu'"on ne contrôle plus rien" favorisent cette anxiété. 

Ce qui est clair aujourd'hui, c'est que nous manquons de ressources, économiques comme psychologiques, pour rebondir dans l'éventualité d'un reconfinement. 

Un avenir incertain

Les annonces d'Emmanuel Macron aux Français ce 28 octobre à 20 heures seront donc déterminantes pour l'étude de la psychologue Florence Sordes. Principalement sur le troisième volet concernant l'état d'esprit des sondés trois mois après la levée du confinement.

D'autant que ce nouveau confinement ne se déroulerait pas dans les mêmes conditions que le premier. "Nous ne connaissons pas encore l'influence de la météo, du changement d'heure, qui encouragent généralement les gens vers des pratiques addictives" a ajouté la psychologue. 

Rien ne dit non plus que les Français seront aussi respectueux des consignes qu'au printemps.
 
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