Défi fou des toulousains Delair et Isae-Supaero : créer un drone à hydrogène liquide et lui faire traverser l’Atlantique

Delair, le concepteur de drones toulousain, et l’Isae-Supaero, l'une des meilleures écoles au monde en matière d'ingénierie aérospatiale, s’associent pour concevoir un drone alimenté à l'hydrogène liquide qui pose les jalons de l’aviation bas-carbone de demain. 

Le drone DT26 de l'entreprise toulousaine a été modifié pour pouvoir stocker de l'hydrogène. Il s'agit du drone sur lequel travaillent les équipes de l'école Isae-Supaero.
Le drone DT26 de l'entreprise toulousaine a été modifié pour pouvoir stocker de l'hydrogène. Il s'agit du drone sur lequel travaillent les équipes de l'école Isae-Supaero. © Delair

Ce défi a un nom : « Défi MERMOZ ». Et si tout se passe bien, le drone « Mermoz » traversera l'Atlantique sans escale, comme Le Jean du même nom en 1930. Il effectuera son premier vol au plus tard fin 2024 sur la route aérienne des pionniers de l’Aéropostale, inaugurée par Jean Mermoz, entre le Sénégal et le Brésil. Pour voir le jour, le projet nécessitera tout de même sept millions d’euros, financé en partie par la région Occitanie.

Le projet consiste en la conception et la fabrication d'un drone qui traversera l'océan Atlantique, ce qui représente 3.500 kilomètres à parcourir sur 36 heures de vol, sans escale. Le projet en est actuellement à la première étape. L'école Isae-Supaero planche actuellement, avec la collaboration de H3 Dynamics, une entreprise basée à Singapour, sur un drone à l'hydrogène gazeux. 

De l'hydrogène gazeux dans un premier temps puis de l'hydrogène liquide

Le problème de l'hydrogène gazeux est que ce carburant doit être stocké dans un réservoir à très haute pression (300 bar) et qu'il a une faible capacité énergétique. ll ne permettrait en effet de parcourir « que » 850 kilomètres. D’où la volonté de créer un drone alimenté à l’hydrogène liquide, stocké à une pression moindre et qui permettrait d’atteindre la distance de 3200 kilomètres, voire les 4000 kilomètres lorsqu’il sera équipé de panneaux solaires. Le défi sera de parvenir à gérer la température de conservation de l’hydrogène liquide qui doit être très froide. Le drone final pèsera dans les 15 kg pour une envergure de 3,5 mètres et aura un réservoir de 6 litres.

Grégoire Casalis, directeur de recherche à Isae-Supaero, qui travaille en collaboration avec Jean-Marc Moschetta, professeur d’aerodynamique, confie que "le défi est de taille et que la collaboration avec l’entreprise toulousaine Delair est positive pour Delair comme pour Isae-Supaero".

Nous avons une convergence d’intérêts. Nous utilisons les capacités techniques des drones fabriqués par Delair qui bénéficiera de son côté du passage de l’hydrogène gazeux à liquide pour ses drones de grande envergure. Nous cherchons ensemble des financements et espérons pouvoir faire d’ici fin 2024 la démonstration d’un vol longue distance sans émission de dioxyde de carbone.

Grégoire Casalis, directeur de recherche à l'école Isae-Supaero

Bastien Mancini, COO de l'entreprise Delair, confirme le bénéfice croisé de cette collaboration. Il insite sur le fait qu'"avec la baisse du trafic aérien liée à la situation sanitaire, et avec les préoccupations environnementales, il faut changer la manière de faire si on veut aller plus vite".

Bastien Mancini, COO de l'entreprise Delair, à côté de son drone DT26 ou "hydrone", un drone modifié pour y stocker de l'hydrogène. Des vols de tests ont déjà été réalisés pendant plus de 2 ans.
Bastien Mancini, COO de l'entreprise Delair, à côté de son drone DT26 ou "hydrone", un drone modifié pour y stocker de l'hydrogène. Des vols de tests ont déjà été réalisés pendant plus de 2 ans. © Delair

Les drones d'aujourd'hui sont les avions de demain. Le but pour nous est d'apprendre avec cette technologie à voler plus loin et plus longtemps grâce à l'hydrogène, tout en restant sur des moteurs électriques qui permettent de rester discrets pour les vols de sécurité.

Bastien Mancini, COO de l'entreprise toulousaine Delair

L'entreprise Delair a en effet quelques milliers de drones en opération dans le monde, notamment utilisés pour la sécurité, la lutte anti-terroriste, le contrôle aux frontières et les classiques inspections de réseaux électriques ou voies ferrées. Il ajoute que "l'intérêt de ce projet, c'est l'exploration technique et que cette avancée technologique puisse servir au monde de l'aéronautique".

Voici le drone à hydrogène DT26 en phase de tests en vol.

Un projet qui suscite l'intérêt du monde de l’aéronautique

Le vol en drone, sans pilote ni passagers, présente l'avantage de pouvoir tester de nouvelles possibilités, avec toujours pour objectif de concentrer les efforts sur la mise en service d'avions zéro émission en 2035. La propulsion à hydrogène rentre parfaitement dans ce cadre. L'idée est de fabriquer un drone à hydrogène liquide, transformé en électricité grâce à une pile à combustible. Comme il ne rejette que de l'eau, il est à priori non polluant. Ce drone 100% électrique, et en particulier la question du stockage d’hydrogène liquide, intéresse de près les grands acteurs de l’aéronautique que sont Airbus, Thales ou Safran.

Si le projet va au bout, ce sera une première mondiale. L'entreprise Delair vise une commercialisation de ce drone à horizon 2024, après obtention des fonds nécessaires et après obtention de l’attestation de navigabilité par l’EASA (Agence Européenne de la Sécurité Aérienne).

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