L'élection de Donald Trump vue par Jean-Paul Dubois : “L'Amérique m'effare”

Jean-Paul Dubois, chez lui, à Toulouse / © Max PPP
Jean-Paul Dubois, chez lui, à Toulouse / © Max PPP

L'écrivain toulousain Jean-Paul Dubois, qui a sillonné les Etats-Unis 20 ans durant pour le Nouvel Observateur et en a notamment tiré le recueil "L'Amérique m'inquiète", estime que l'élection de Donald Trump sommeillait depuis longtemps. "C'est effarant!", commente-t-il.

Par Vincent Albinet

Jean-Paul Dubois s'excuse de ne pas être "très pertinent" pour commenter l'élection du 45è président des Etats-Unis. Mais le serait-il moins que les sondeurs et les journalistes américains qui vivent sur le terrain et avaient pronostiqué de façon certaine la victoire d'Hillary Clinton ?

L'écrivain toulousain, dont le dernier roman "La succession" se déroule une fois de plus entre Toulouse et les Etats-Unis, connaît parfaitement bien ce pays qu'il a sillonné 20 ans durant pour le Nouvel Observateur et sur lequel il a toujours porté un regard incrédule. Il en a tiré deux recueils de chroniques, "L'Amérique m'inquiète" et "Jusque-là tout allait bien en Amérique".

Certes, Jean-Paul Dubois n'a pas remis les pieds aux Etats-Unis depuis 14 ans - "volontairement, parce qu'il y avait quelque chose que je trouvais insupportable dans ce pays, quelque chose qui me mettait mal à l'aise" - mais le vote d'aujourd'hui ne l'étonne nullement. "Ça ne me surprend pas et ça ne m'affecte pas", dit-il.

Car l' Amérique qui, à l'époque, inquiétait déjà Jean-Paul Dubois était peuplée de Trump.

Il y avait beaucoup de Trump. Ils ne s'appelaient pas Trump. Ils n'avaient pas son audience. Mais déjà ils disaient, pensaient les mêmes choses et se comportaient de la même façon.  Peut-être pas avec la même violence verbale, mais quels que soient les Etats, il y avait toujours ce même fond de pensée sur les armes, le protectionnisme et le racisme.


"Ce vote était là depuis longtemps, estime Jean-Paul Dubois. Il sommeillait. C'est une grosse partie de l'Amérique qui pense et qui vit comme ça. Ce n'est pas l'Amérique des côtes, très bleuie sur ses flancs, mais celle dont le coeur est rouge (aux couleurs des républicains, NDLR). Ça ressemble à tout ce que j'avais déjà vu à l'époque". 

Pas de surprise donc. L'ancien journaliste envoyé spécial permanent aux Etats-Unis, plutôt étonné qu'un Noir ait pu être élu il y a huit ans sur un tel territoire, estime que "Trump qui gagne, c'est une excroissance un peu plus visible de Reagan".

L'élection de Trump, précise-t-il, va au delà de l'inquiétant. C'est tout simplement effarant qu'un monde dit raisonnable puisse convenir qu'un type comme ça peut-être président. Qu'un scénariste imagine un personnage de ce type serait refusé dans n'importe quelle fiction !


Et Hillary Clinton dans tout ça ? Elle n'est pas épargnée par Jean-Paul Dubois. "La victoire de Trump est une victoire par défaut". "Que deux partis d'un pays aussi puissant se mettent à opposer deux personnages aussi pitoyables, est tout aussi effarant ! Et le plus étrange, c'est qu'ils ont éliminé chacun dans leur camp des gens qui auraient fait bien mieux qu'eux. Choisir le pire de ce qu'on peut proposer et faire se battre deux estropiés, c'est quelque chose qui n'est pas normal sur le fond."

Pour autant, Jean-Paul Dubois veut se rassurer en estimant que le nouveau président américain ne pourra pas appliquer l'intégralité de son programme. Le mur entre les Etats-Unis et le Mexique ? "Je pense qu'il ne verra pas le jour. On l'empêchera de le faire. Un président comme lui sera cadré par le Parti républicain. Car même si on est dans un régime présidentiel, il y aura toujours le Congrès pour le cadrer et le remettre sur les rails si jamais il débloque".

Si ce n'était "les gens qui risquent de souffrir de cette élection", Jean-Paul Dubois aurait pu la trouver comique. Elle ne lui a en tous cas pas donné l'envie de retourner aux Etats-Unis. A chaque fois qu'il  va en Amérique, il a pris l'habitude de ne pas franchir la frontière canadienne.

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