Entretien. Le vaccin contre le cancer développé à Toulouse présente des "résultats enthousiasmants"

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Écrit par Anastasia Nicolas
Le professeur Jean-Pierre Delord, médecin investigateur de l'essai clinique à Toulouse.
Le professeur Jean-Pierre Delord, médecin investigateur de l'essai clinique à Toulouse. © D.R

Le professeur Jean-Pierre Delord de l'Institut universitaire du cancer de Toulouse pilote l'essai clinique avec trois autres confrères. Les premiers résultats de la phase I montrent que le vaccin a provoqué chez les patients une réponse de leur système immunitaire contre les cellules cancéreuses .

C'est un projet d'envergure internationale avec des résultats plus qu'encourageants pour la lutte contre le cancer et ses récidives. Les premiers résultats de l'essai clinique sur un vaccin contre les cancers de la tête et du cou, et le cancer de l'ovaire montrent que le système immunitaire des patients a été stimulé après plusieurs injections. Et ce succès est en partie toulousain.

En France, l'Institut universitaire du cancer de Toulouse Oncopole (IUCT-Oncopole), et l'Institut Curie à Paris pilotent ces tests, avec le Royaume-Uni et les Etats-Unis. Et c'est à l'IUCT-Oncopole que le tout premier patient français a reçu en janvier 2021 une dose du vaccin individualisé TG4050. Le professeur en oncologie Jean-Pierre Delord directeur général de l'IUCT-Oncopole et expert international des études de phase I, mène l'essai clinique à Toulouse et fait le point avec France 3 Occitanie sur cette avancée majeure. 

Comment fonctionne ce vaccin ? 

"C'est un vaccin individualisé, c'est-à-dire qu'il est fabriqué pour chaque patient. Dans un premier temps on l'opère pour réduire sa tumeur, puis on l'analyse pour séquencer son ADN et on cherche s'il contient des mutations qui conduisent à l'apparition cellules cancéreuses. On sélectionne ensuite les 30 ou 40 antigènes qui risquent le plus de provoquer une tumeur pour fabriquer le vaccin. On l'insère ensuite dans une structure virale, qui permet de booster le système immunitaire. Après leur opération, les patients vont suivre une radiothérapie pour éviter une rechute, et c'est dans ce laps de temps que l'on fabrique le vaccin, il nous faut moins de trois mois." 

On parle de "résultats prometteurs" pour les premiers résultats de la phase I de l'essai clinique...

"Au total six patients ont été vaccinés dans le monde, et pour l'instant on a des résultats complets sur 4 d'entre eux. Ce qu'on a vu, ce sont des signes que les globules blancs sont capables d'attaquer les tumeurs. On a réussi à réveiller le système immunitaire des patients en activant les cellules tueuses, et aussi celles qui vont activer la mémoire immunitaire."

Quand peut-on imaginer guérir ces types de cancers? 

"Je ne sais pas. Il est trop tôt encore pour dire si cette réponse immunitaire va être assez durable et efficace dans le temps. Et on ne sait pas encore si cela est suffisant pour guérir les patients. Ces résultats sont très enthousiasmants, car on a enclenché une réponse du système immunitaire. Mais il faut rester prudent, ce n'est pas suffisant pour déclarer qu'on peut guérir le cancer".

S'il s'avère efficace, pourrait-il s'attaquer à n'importe quel cancer? 

"Malheureusement non, car certains cancers apparaissent avec un petit nombre d'anomalies, et sont invisibles du système immunitaire. Notre vaccin s'intéresse aux cancers qui ont un niveau moyen de mutations, et ils représentent entre 40 et 60% des cancers. Donc on pourrait penser à l'utiliser par exemple pour le cancer du sein, une tumeur digestive, un cancer du poumon... La liste est longue."

Deux essais sont actuellement en cours. Le premier concerne des patients négatifs au papillomavirus humain atteints de cancers de la tête et du cou, tandis que le deuxième s'intéresse aux femmes touchées par un cancer de l'ovaire.

En partenariat avec France 3 France Bleu et Make.org

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