Eric Dupond-Moretti devient ministre de la justice : réactions contrastées chez les avocats de Toulouse

La nomination de l'avocat pénaliste Eric Dupond-Moretti aux fonctions de ministre de la justice et garde des Sceaux à l'occasion du remaniement ministériel a créé la surprise. Réactions chez ses confrères du barreau de Toulouse.

Eric Dupond-Moretti en 2019, lors du procès de Patrick Balkany.
Eric Dupond-Moretti en 2019, lors du procès de Patrick Balkany. © Stringer/AFP
Si la discrète Nicole Belloubet avait pu se voir reprocher d'être une "inconnue du grand public", son successeur, lui, a une notoriété indiscutable.

A la surprise générale, Eric Dupond-Moretti, un des avocats pénalistes français les plus médiatiques, a été nommé lundi ministre de la justice et garde des Sceaux, dans le gouvernement de Jean Castex. Celui qui n'a jamais mâché ses mots sur les magistrats devient donc "chef du Parquet".
La passation de pouvoir entre Nicole Belloubet et Eric Dupond-Moretti, mardi 7 juillet 2020.
La passation de pouvoir entre Nicole Belloubet et Eric Dupond-Moretti, mardi 7 juillet 2020. © Bertrand Guay/AFP
A 59 ans, Eric Dupond-Moretti, jusqu'ici plutôt "classé" à gauche, va avoir la difficile tâche de remplacer la toulousaine Nicole Belloubet, dans un contexte inédit, six mois après un mouvement historique de grève des avocats contre la réforme des retraites. Depuis Robert Badinter, aucun avocat du judiciaire n'avait été nommé garde des Sceaux, relève Estellia Araez, présidente du Syndicat des avocats de France (SAF). Cette nomination fait grincer des dents du côté de la magistrature. Lucille Rouet, secrétaire nationale du Syndicat de la magistrature s'est dite "interpellée par ce signal". "On s'interroge un peu par rapport à ses dernières déclarations sur le PNF [Parquet national financier] et sur certains magistrats", a confié la magistrate qui espère, qu'il "aura à coeur de réconcilier les acteurs judiciaires", avocats et magistrats.

Les avocats toulousains, eux, sont partagés. Manuel Furet, bâtonnier de l'ordre des avocats de Toulouse, se réjouissait hier soir de cette nouvelle, déclarant notamment qu'"on ne se sentait pas soutenu par Madame Belloubet et là, de voir lui succéder un avocat et non des moindres, cela fait plaisir". 

Laurent de Caunes, qui a travaillé avec le nouveau garde des Sceaux à plusieurs reprises, dans l'affaire Spanghero notamment, est lui aussi très satisfait de cette nomination. "Je pense que c'est une très bonne décision", nous confie-t-il ce mardi matin. "C'est un homme qui connaît parfaitement la justice et qui peut avoir d'excellentes idées. Je pense qu'il peut conserver sa liberté de parole et en user avec intelligence", explique-t-il avant d'ajouter qu'Eric Dupond-Moretti a des attaches à Toulouse puisqu'il a été formé par le grand avocat toulousain Alain Furbury. Le nouveau ministre de la justice a aussi été l'avocat d'Abdelkader Merah, poursuivi pour complicité des sept assassinats commis par son frère à Toulouse et à Montauban en 2012.

Mais certains de ses confrères sont plus prudents.
C'est le cas notamment de l'avocate, par ailleurs engagée en politique à la France insoumise, Claire Dujardin qui, après avoir exprimé sa surprise sur les réseaux sociaux, a rappelé que le ténor du barreau, surnommé "Acquittor" par les médias, intégrait un gouvernement "de droite". Maître Jacques Lévy a travaillé aux côtés d'Eric Dupond-Moretti, en 2010, lors du procès en appel de Jacques Viguier, ce professeur de droit toulousain accusé d'avoir tué sa femme. Procès à l'issue duquel Jacques Viguier a été acquitté. "C'est toujours un bon signal qu'un avocat soit garde des Sceaux", reconnaît-il, "ceci dit, on jugera sur pièce". Eric Dupond-Moretti pourra-t-il conserver la liberté de parole qui est la sienne jusqu'à maintenant ? "Vous en connaissez beaucoup, vous, des ministres qui ont la liberté de parole ?", poursuit Jacques Lévy. Invité à faire un commentaire sur l'homme, l'avocat toulousain se contente d'un laconique : "Joker".
Jacques Viguier, entouré de ses deux avocats, Eric Dupond-Moretti et le toulousain Jacques Lévy, en 2010.
Jacques Viguier, entouré de ses deux avocats, Eric Dupond-Moretti et le toulousain Jacques Lévy, en 2010. © EricCabanis/AFP
Quant à cette avocate du barreau de Toulouse, qui préfère garder l'anonymat, elle dit simplement souhaiter que le mouvement de grève des avocats n'ait pas "servi à rien" : "J'espère que Madame Belloubet va retrouver nos cahiers de doléances et les transmettre à son successeur". 


 
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