Football : Le TFC va mal en Ligue 1, les 5 raisons d'une crise

Cette semaine marque la trêve hivernale pour le championnat de France de football. Depuis le mois d'août, c'est un TFC à deux visages que suivent les supporters. Celui des jeudis soir de coupe d'Europe, capable de faire tomber le géant Liverpool, et celui des matchs du week-end, en Ligue 1, et ses deux petites victoires en 17 rencontres. On fait le point sur ce qui cloche.

17 matchs, 2 victoires, 7 défaites et 8 matchs nuls. À mi-parcours de la saison le bilan n'est pas glorieux pour le Toulouse FC. Les Violets sont premiers relégables, 16e au classement, avec 14 points. Bien loin des ambitions que pouvait laisser espérer la victoire en Coupe de France au printemps dernier. Le Téf' avait alors terminé la saison 13e du championnat, et c'était déjà un échec pour son président Damien Comolli. Une déception qui avait coûté la place de Philippe Montanier. 

Pour l'heure, Carles Martinez Novell, son successeur, ne tient pas la comparaison. L'an dernier à la même période, Toulouse était 12e avec 23 points et 6 victoires (il y avait eu 2 matchs de plus, car la Ligue 1 se jouait alors à 20 équipes, contre 18 cette année). S'il n'y a pas une seule explication évidente, plusieurs points posent problème.

Un manque criant d'efficacité

C'est LE point noir du TFC cette saison. Dans sa conférence de presse de mi-saison, le président du club Damien Comolli le reconnaît : "Au niveau offensif, on ne produit pas ce qu'on devrait produire". Certes, sur la première partie de saison, le TFC a encaissé moins de buts que l'an dernier (23, contre 34), mais il en a surtout beaucoup moins marqué (15, contre 29, soit presque deux fois moins). 

Le meilleur buteur, Thijs Dallinga, en a inscrit 5, un score honorable quand la deuxième meilleure gâchette du championnat, Wissam Ben Yedder est à 8. Mais le Néerlandais s'est réveillé très tard dans la saison, n'ouvrant son compteur qu'au mois d'octobre.

 

Mais c'est surtout l'efficacité devant le but qui pose problème. Damien Comolli lui-même le souligne, au lendemain du match contre Monaco (défaite 1-2) : "On a vingt tirs. Et sur ces vingt tirs, on a un seul expected goal (but attendu, ndlr).  "Les tirs qu'on prend ne sont pas d'assez bonne qualité, on ne tire pas dans des zones assez dangereuses pour le gardien."

Le club souhaite d'ailleurs renforcer son attaque à l'intersaison, mais nous reviendrons sur ce point. 

Un blocage mental

Comme dans toutes les disciplines de haut niveau, le mental a une place primordiale dans les résultats d'une équipe. En championnat, le TFC semble être entré dans une spirale négative, où la victoire paraît inaccessible. 

Sur les 17 rencontres de Ligue 1, Toulouse a perdu 7 points dans le temps additionnel. Des victoires qui se changent en nuls, ou des nuls en défaite. Entre la 91 et la 99e minute, les secondes semblent interminables pour les hommes de Carles Martinez Novell, et la fébrilité prend trop souvent le dessus. À chaque fois contre des adversaires directs dans la lutte pour le maintien. Lorient, Le Havre, Brest et Clermont ont ainsi joué un mauvais tour aux Toulousains une fois passé la 90e minute de jeu.

 

L'entraîneur espagnol ne peut que constater cette fragilité mentale sur le terrain : "On doit plus y croire. Je ne sais pas si c'est de la concentration, peut-être que c'est mental. Nous sommes dans ce moment où nous n'arrivons pas à gagner, et peut-être que nous avons besoin de cette victoire pour nous débloquer la tête."

La dernière victoire des Violets remonte au 1er octobre dernier, 3-0 contre Metz. 

Un effectif à renforcer

C'est le gros chantier auquel vont s'atteler les dirigeants du TFC dans les prochains jours, le mercato. À l'été dernier, 16 joueurs ont quitté le navire toulousain, dont des cadres comme Branco Van Den Boomen, ou Maxime Dupé, et des espoirs, comme Farès Chaïbi.

Si Damien Comolli a renouvelé son soutien à son entraîneur actuel, le vestiaire va lui devoir s'étoffer à l'hiver. À commencer par l'attaque. Car Thijs Dallinga va se retrouver bien seul en pointe dans les prochaines semaines, avec le départ pour la Coupe d'Afrique des Nations (CAN, du 13 janvier au 11 février) de son compère d'attaque Frank Magri.

Damien Comolli était le premier surpris : "Il n'était pas du tout programmé pour partir à la CAN, donc on se retrouve qu'avec un attaquant." Le président du TFC de poursuivre : "Oui il y aura des ajustements. On a identifié des joueurs. Mais je ne peux rien garantir, le marché est extrêmement compliqué."

S'ajoute à cela la nécessité de pallier aux blessures, comme celle de Zakaria Aboukhlal, touché au genou en septembre, et vraisemblablement indisponible jusqu'à la fin de la saison. Il faudra donc trouver un ailier. 

En revanche, malgré les départs de Logan Costa et Moussa Diarra pour la CAN, aucune recrue ne serait envisagée en défense.

Quatre compétitions pour un maintien

L'énergie, outre le mental, est une ressource dont ne semble pas déborder le TFC cette année. Engagés dans quatre compétitions (Ligue 1, Europa Ligue, Coupe de France, et dans une moindre mesure le Trophée des Champions), les Violets n'ont pourtant pas la profondeur de banc de la seule autre équipe française dans la même situation (Paris Saint-Germain). 

Après la dernière défaite contre Monaco, Carles Martinez Novell analysait : "On fait une bonne 1ère mi-temps. En 2e on manquait d'énergie. Il faut qu'on soit plus tueurs pour finir nos actions." 

L'énergie n'étant pas une ressource inépuisable, le Téf va devoir faire des choix, entre tout donner pour le maintien en Ligue 1, et donc lever le pied en coupe d'Europe, où il fait jusque-là de très bonnes performances, ou bien jouer le coup à fond contre Benfica en février.

 

Après la trêve, les Toulousains n'auront même pas le temps de tergiverser. Dès le 3 janvier, ils auront l'occasion de remporter une 3e coupe en autant d'années, à l'occasion du Trophée des Champions contre le PSG.

Et 4 jours plus tard, les Violets feront aussi leur entrée en Coupe de France contre Chambéry. Tenants du titre, ils auront à cœur de faire bonne impression tout au long de la compétition. Là aussi, il faudra pourtant faire un choix, avec le championnat en tête.

Un extra-sportif à régler

Enfin, cinquième et dernier point : l'avenir du club. Pas certain que la vente du TFC soit dans la tête des joueurs à la 92e minute d'un match de championnat, pourtant, l'instabilité de l'institution joue sans doute un rôle dans le contexte général du club.

Olivier Jaubert, directeur général du TFC depuis 3 ans, a d'ailleurs annoncé son départ ce vendredi 22 décembre. Dans un communiqué, le club précise : "Damien Comolli, Président, et Olivier Jaubert, Directeur Général, ont pris la décision commune d'engager une évolution nécessaire au sein de l'organisation du Toulouse Football Club après trois saisons et demie." Un départ, qui vient s'ajouter aux rumeurs de reventes.

Le fonds d'investissement américain Redbird Capital Partners avait racheté le club de la ville rose il y a 3 ans (11 millions d'euros pour 85% des parts). D'après une information de Bloomberg en novembre dernier, l'actionnaire majoritaire réfléchirait à revendre le TFC.

La problématique de la concurrence européenne avec le Milan AC (également sous pavillon Redbird), mais aussi les bons résultats du club ces deux dernières saisons, ou la renégociation des droits TV de Ligue 1, pourraient inciter le groupe américain à revendre. 

Si rien n'a été confirmé par la direction du club, c'est une instabilité administrative qui vient s'ajouter à un contexte sportif difficile. Pour l'avenir en Ligue 1 du TFC, les prochaines semaines seront capitales.