Il y a 76 ans, la libération de Toulouse sous l'oeil de rares photographes

Il y a 76 ans, au coeur de l'été, Toulouse était libérée. Après deux ans d'occupation allemande, les 19 et 20 aôut 1944 marquent la fin d'une période sombre et tragique. Plusieurs photographes, dont Germaine Chaumel et Jean Dieuzaide, arpentaient le terrain lors de ces journées historiques.
Une barricade rue du Faubourg-Bonnefoy, au niveau de l'intersection avec la rue Béteille. 20 août 1944.
Une barricade rue du Faubourg-Bonnefoy, au niveau de l'intersection avec la rue Béteille. 20 août 1944. © Photos R.Gril/Ville de Toulouse/Archives municipales
Rares étaient les photographes courant les rues lors de ces journées si particulières. Les 19 et 20 août 1944, Toulouse est libérée, après 2 ans d'occupation allemande. Mise en déroute après le débarquement de Normandie, le 6 juin, puis celui de Provence, le 15 août, l'armée d'Hitler est aux abois et tente de fuir la ville rose.
Les 19 et 20 août 1944, l'ambiance dans les rues toulousaines est électrique. Des combats sporadiques éclatent encore dans différents points de la ville. Les soldats du Reich affrontent dans un dernier baroud d'honneur les Forces Françaises de l'Intérieur (FFI) dirigés par Serge Ravanel qui a appelé les maquis de la région à venir les rejoindre.

Jean Dieuzaide sur le terrain

Jean Dieuzaide est alors un tout jeune photographe, encore inconnu, intégré dans des chantiers de jeunesse au titre du S.T.O (Service de Travail Obligatoire). Il arpente dès le 19 août les rues toulousaines, pas encore vidées totalement de l'occupant, et capte avec son appareil l'histoire en marche. Ici, des immeubles ravagés par l'explosion d'un central téléphonique par l'armée allemande. Plus loin, un drapeau français hissé en haut du bâtiment de la Poste. Puis une voiture calcinée, masquant en arrière-plan la fuite d'un convoi.
 

Un lien permettant de visualiser les photographies inédites de Jean Dieuzaide prises le 19 août 1944 (Archives municipales de Toulouse/Fonds Jean Dieuzaide).

Des photos sauvées grâce à un pantalon de golf troué... 

Mais les photographies les plus marquantes sont sans doute celles de la population qui s'attaque aux symboles de l'occupation nazie : Place Wilson, une femme foulant au pied l'aigle allemand qui ornait la façade du foyer du soldat...Quelques mètres plus loin, des hommes qui semblent vouloir plier en deux une plaque ornée d'une croix gammée. Le futur fondateur de la Galerie du Chateau d'Eau de Toulouse tourne aussi son objectif vers la foule massée au pied du siège de la Gestapo, dans l'ancienne rue Maignac.

Les résistants étaient très méfiants de voir ce photographe en action, ils ne savaient pas pour qui il travaillait. L'ambiance était plutôt tendue. Jean Dieuzaide a même été arrêté, on lui a pris ses bobines pour les détruire. La seule qu'il a pu sauver était tombée dans une poche trouée de son pantalon de golf. C'est la seule qu'il a pu conserver et qui sert de témoignage aujourd'hui.

Pierre Gastou, responsable de l'iconothèque et du fonds Jean Dieuzaide aux archives municipales de Toulouse

Germaine Chaumel, l'autre photographe de la libération de Toulouse

Autre photographe témoin de ces journées encore chaotiques, Germaine Chaumel. La Toulousaine est depuis la fin des années 30 correspondante pour la presse nationale et internationale. Elle a couvert le quotidien des habitants pendant l'occupation. Le 20 août 1944, au lendemain d'une journée où des combats encore acharnés ont secoué la ville, elle sort dans la rue et réalise une série de photographies, dont celle montrant un guérilléro espagnol faisant la circulation.
Un guérilléro espagnol dans les rues de Toulouse
Un guérilléro espagnol dans les rues de Toulouse © Photo Germaine Chaumel/Fonds Martinez-Chaumel en dépôt aux Archives Municipales de Toulouse


 

Les guérilléros espagnols qui étaient jusque là dans des camps se retrouvent du côté de la légalité républicaine, et font la circulation...C'est une preuve que les autorités de la Résistance ont réussi à les intégrer au sein des FFI. Cette présence de guérilléros espagnols va contribuer à colporter cette rumeur  de "Toulouse la Rouge" jusqu'à Paris, ce qui expliquera la méfiance du Général de Gaulle lors de sa venue le 16 septembre suivant.

Elérika Leroy, co-commissaire de l'exposition Germaine Chaumel au Musée de la Résistance de Toulosue


Visibles jusqu'au 31 décembre au Musée de la Résistance et de la Déportation de Toulouse dans une exposition consacrée à la vie des Toulousains sous l'Occupation, ces photographies inédites de Germaine Chaumel montrent aussi les premières heures de "l'épuration". La reporter surprend depuis sa fenêtre dans le quartier Croix-Baragnon un groupe de FFI et de gendarmes escortant une femme au milieu d'un groupe de "collabos".

 

Des barricades au coeur du Faubourg-Bonnefoy


Du côté du Faubourg-Bonnefoy, c'est un duo familial qui immortalise ces journées historiques. Roger Gril et son père René, dont le magasin de photographie se situait au coeur du quartier sont aux premières loges pour immortaliser les barricades qui fleurissent sur le pavé. 
 


 



Moins d'un mois plus tard, le 16 septembre 1944, les Gril ressortiront leurs appareils pour une autre journée historique. Le 16 septembre, lors d'un voyage le menant de Marseille à Bordeaux, le Général de Gaulle fait étape à Toulouse, sa visite déclenchant une immense liesse populaire aux abords du Capitole.
La place du Capitole lors de la venue du Général de Gaulle à Toulouse, le 16 septembre 1944/
La place du Capitole lors de la venue du Général de Gaulle à Toulouse, le 16 septembre 1944/ © R.Gril/Ville de Toulouse/Archives municipales

 
Vitrine du photographe R.Gril, rue du Faubourg-Bonnefoy à Toulouse, le 16 septembre 1944
Vitrine du photographe R.Gril, rue du Faubourg-Bonnefoy à Toulouse, le 16 septembre 1944 © R.Gril/Ville de Toulouse/Archives municipales

 
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
photographie culture art seconde guerre mondiale histoire