L'équipe d'un chercheur du CNRS de Toulouse découvre que "l'homme moderne", 'Homo sapiens est arrivé en Europe bien plus tôt que rapporté

Une découverte de l'équipe d'archéologues et paléoanthropologues menée par Ludovic Slimak, chercheur CNRS à l'Université de Toulouse, repousse l'arrivée d'Homo sapiens en Europe occidentale à il y a environ 54 000 ans (on pensait qu'elle datait de -40 000 ans).

L'homme moderne, Homo sapiens, s'est aventuré sur le territoire européen de Néandertal bien plus tôt que rapporté jusqu'ici. En témoignent des fossiles et outils de la grotte Mandrin, sur le Rhône, en France, selon une étude de Science parue mercredi 9 février 2022.       

Jusqu'ici, les découvertes archéologiques indiquaient une disparition de Néandertal du continent européen il y a environ 40 000 ans, peu après l'arrivée de son "cousin" Homo sapiens (à environ -45 000 ans). Sans qu'aucun indice ne trahisse une cohabitation entre ces deux espèces humaines.  

Premier site d'Europe avec des traces d'Homo sapiens

La grotte de Mandrin devient le premier site répertoriant Homo sapiens en Europe. Les chercheurs découvrent qu'il occupait cette grotte en alternance avec Néandertal alors que l'on pensait qu'il l'avait remplacé pour de bon. 

L'équipe du chercheur toulousain Ludovic Slimak a analysé une couche énigmatique baptisée "E" comprenant 1 500 pointes de très petite taille. "Quelque chose qu'on ne connaît pas du tout chez Néandertal", dit le chercheur, spécialiste des sociétés néandertaliennes, à l'AFP. Il attribue cette production à une culture baptisée Néronien et part en 2016 avec son équipe au musée Peabody d'Harvard aux Etats-Unis, pour y confronter sa découverte avec une collection de fossiles taillés du site de Ksar Akil, au Liban, l'un des hauts lieux de l'expansion d'Homo sapiens à l'est de la Méditerranée.

Neuf dents de lait sont trouvées et confirment la présence d'Homo sapiens. Elles appartiennent à six individus. Grâce à la micro-tomographie (un scanner à très haute résolution), on découvre qu'une de ces dents est la seule dent humaine moderne trouvée à cet endroit. L'étude des fragments de parois, "tombés directement dans les couches, montrent qu'Homo sapiens est revenu une fois par an dans la cavité, sur 40 ans", dit Ludovic Slimak à l'AFP.   

    

Cohabitation entre Néandertal et Sapiens 

Homo sapiens est venu dans cette grotte un an seulement après le passage de Néandertal dans cet abri. Quand Homo sapiens le quitte définitivement, Néandertal y revient, bien plus tard (environ un millier d'années).

A un moment donné les deux populations ont soit co-existé dans la grotte, soit sur le même territoire.

Ludovic Slimak

AFP         

Au final "l'apparition des humains modernes et la disparition de Néandertal est beaucoup plus complexe" qu'imaginée jusqu'ici, remarque le professeur Chris Stringer à l'AFP, co-signataire de l'étude et spécialiste de l'évolution humaine au muséum d'Histoire naturelle à Londres. La compréhension de leur chevauchement est indispensable pour expliquer "pourquoi nous sommes devenus la seule espèce humaine restante", ajoute-t-il, dans un communiqué.              

Ce chevauchement, évident dans la Drôme, place désormais le Rhône comme un "grand couloir de migration" permettant à Homo sapiens "de rejoindre l'espace méditerranéen et l'espace continental européen", selon Ludovic Slimak, qui promet d'autres découvertes.