La réussite de ThirtyOne, start-up de Toulouse, n'était qu'un mirage : la société présentait un passif d'un million d'euros

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La réussite de ThirtyOne n'était-elle qu'un mirage ? Après la liquidation judiciaire de la médiatique société toulousaine prononcée en octobre 2021, quelques mois après une opération de crowdfunding, certains investisseurs craignent de ne pas récupérer leur argent et s'interrogent sur le gérant.

"Je suis désolé, mais je n'ai pas l'autorisation de m'exprimer publiquement." Christophe Baeza, nous demande notre contact qu'il transmettra à son avocat (qui ne nous a pas rappelé au moment de la publication de cet article). Elle est déjà loin l'époque où le fondateur de la start-up ThirtyOne, ne refusait aucune sollicitation, bénéficiant d'une large couverture médiatique aussi bien sur le plan local, que national : "la Quotidienne" sur France 5, le 19/45 de M6, le journal de France 3, Europe 1, France Inter, l'Express et Le Point.

Le client devient banquier

L'histoire était belle : celle d'un ancien assureur qui fonde sa société en 2013 pariant sur le succès du vélo électrique. Après avoir remporté le marché des Vélib électriques à Vannes, la start-up toulousaine s'était fait une place parmi les grands. Elle participe au Best Of France de New York, qui réunit la crème de la crème du made in France. Est qualifiée de "Haute Couture" du vélo électrique français par le magazine américain "Brain".

Au cours de l'année 2021, Christophe Baeza refait parler de lui grâce à une nouvelle initiative. A la suite d'un refus de prêt bancaire, l'entrepreneur décide de réaliser une campagne de crowdfunding. "C’est de la folie", explique en avril 2021 à France 3 Occitanie, le fondateur de l'entreprise. il y a un réel engouement. En deux mois, on a levé 200 000 euros de fonds alors que les sommes ne dépassaient pas les 100 000 euros par an, on n’a jamais vu ça !".

Le projet est simple. Christophe Baeza propose à sa clientèle de devenir banquier par le biais d'une campagne de financement participatif. Les clients de l’entreprise deviennent les banquiers de la société. Un investissement dans l'air du temps, à dimension écologique et citoyenne, avec un taux d'intérêt alléchant de 8 %.

L'argent investi récupérable ?

"Séduit" par le projet, "rassuré" par la couverture médiatique, Thomas* (prénom d'emprunt) décide d'investir au début du mois de juin 2021, 3.000 euros que des proches lui ont confiés. "J'avais confiance" avoue-t-il. Le premier remboursement que devait lui verser l'entreprise devait être effectué au mois d'août.

Mais le 25 juin 2021, ThirthyOne est placé en redressement judiciaire. Le tribunal de commerce de Toulouse prononce finalement sa liquidation judiciaire le 12 octobre 2021.

C'est le coup de bambou pour Thomas qui comprend qu'il ne reverra probablement plus son argent : "Je m'interroge donc sur la gestion de cet argent qui a été perdu en moins de 3 mois. Je me demande si je suis le seul cas isolé, ayant investi début juin, j'ai perdu la totalité de mon investissement, sans que l'on me prévienne."

Dominique* (prénom d'emprunt) a elle aussi mis de l'argent dans cette affaire. Elle avait décidé de placer 1000 euros la première année, après avoir découvert cette start-up dans un concours régional d'innovation. "Cela s'était très bien passé et je recevais mes virements de ThirtyOne sans problème." Au point qu'elle décide de remettre 2000 euros de sa poche, l'année suivante. "J'ai appris que la société avait été placée en liquidation judiciaire. Je n'ai pas d'inquiétudes majeures. L'affaire est en cours de traitement." Mais Dominique s'interroge : "Pourquoi ThirtyOne a-t-elle fondu les plombs alors qu'elle marchait si bien ?

Un passif d'un millions d'euros

Et pourtant, comme le rapporte Actu Toulouse, qui a pu consulter le jugement de liquidation rendu par le tribunal administratif, "ThirtyOne présentait un passif d’environ un million d’euros à travers cette opération de financement qu’il avait, dans les faits, initiée en 2019. (...) ThirtyOne avait réussi à lever 100 000 euros en 2019, 140 000 euros en 2020, 600 000 euros au cours du premier semestre 2021 et 120 000 euros depuis le placement en redressement judiciaire le 17 juin 2021."

Toujours selon le site d'information, "la société, pourtant alertée sur le caractère irrégulier et pénalement répréhensible de cette opération de financement, a poursuivi sa collecte de fonds en toute connaissance de cause. Il semble manifeste que lesdites opérations de recours à l'emprunt présentent un réel risque de caractérisation d'une infraction au monopole bancaire".

Ces difficultés financières n'étaient pas nouvelles pour l'entreprise.

Interdit de gérer en 2019

Alors basée à Villeneuve-de-Rivière, ThirtyOne, à l'issue de l'exercice 2016, connaissait une perte de 71 058 euros. Deux ans plus tard, Christophe Baeza se voyait interdire de gérer une entreprise ! La présidence de la société sera confiée six mois plus tard à une proche résidant en Gironde.

Depuis l'entrepreneur lançait des demandes de fonds à sa clientèle, mettant en avant ses prestigieux clients, comme Toulouse Métropole, la région Occitanie, le département de Haute-Garonne ou Airbus, ainsi que les soutiens reçus lors d'un concours organisé par le journal La Tribune.

Malgré la liquidation, le site internet de ThirtyOne est toujours actif. Christophe Baeza fait, lui, dans le conseil en entrepreneuriat. Son dernier atelier s'intitule :"Rédigez un business plan convaincant, c'est plus qu'une simple présentation de votre stratégie. Retrouvez quelques astuces pour en faire un outil de persuasion."