La Toulouse School of Economics obtient le statut de Grand Etablissement

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La composante de l'université Toulouse Capitole va pouvoir devenir une entité autonome, aussi bien du point de vue éducatif qu'administratif et financier. Un nouveau rebondissement qui pourrait perturber le projet TIRIS de Grande Université de Recherche toulousaine.

À l'université Toulouse Capitole (UT1), l'annonce vient de tomber comme un couperet: son département d'économie, la Toulouse School of Economics (TSE), pourrait devenir un "Grand Établissement". "C'est inédit", souligne une source proche du dossier. Tout le monde ici semble pris de court. "Une composante qui sort du giron de son université... Je n'ai pas d'exemple en tête". 

En France, devenir un "Grand Établissement" est particulièrement envié et convoité. Seuls 31 établissements publics parmi les plus prestigieux dans les domaines de la recherche et de l’enseignement supérieur jouissent de ce qualificatif. Accordé par le ministère de l'Enseignement supérieur, ce statut juridique permettrait à TSE d'avoir une totale autonomie pédagogique et scientifique, administrative et financière... et sortirait de facto de la tutelle de l'UT1.

TSE, un ovni académique

Présidée par le Prix Nobel d'économie Jean Tirole, l'école toulousaine d'économie - mi faculté, mi grande école - s'est toujours imposée comme un objet de curiosité dans le paysage de l'enseignement supérieur français. Première université du pays, au 22ème rang mondial des départements d'économie, TSE se frotte à la concurrence des plus grandes institutions mondiales tant en terme d'enseignement que de publications scientifiques. Le tout, sans les ressources pharamineuses qui se chiffrent en milliards de dollar dont disposent les Harvard, Berkeley et Princeton, figures de proue du domaine.  

Être dans les meilleurs du monde, c'est un combat de tous les instants

Christian Gollier, directeur général de TSE

Un "combat" pour améliorer leur attractivité, et concurrencer les autres grandes écoles qui n'hésitent pas à débaucher les meilleurs étudiants et enseignants dans leur pays comme à l'étranger. Pour son financement, le futur Grand Établissement compte s'appuyer sur la fondation Jean-Jacques Laffont à laquelle elle est rattachée, et son capital de 100 millions d'euros. "On avait des chaînes aux pieds dès qu'on allait sur le marché international. En France, on a un système universitaire paupérisé et des gouvernances qui ne favorisent pas l'excellence", explique ce chantre de la performance académique. 

Mauvais timing pour le projet TIRIS?

Ce désir d'émancipation s'expliquerait par une lassitude des verrous bureaucratiques administratifs et financiers... et dont le timing pose question au sein de la communauté universitaire toulousaine. Car la décision du ministère de l'Enseignement supérieur intervient seulement quelques semaines après de longs désaccords autour du projet TIRIS. 

Présenté lors de l'appel à projet du nouveau "Programme d'investissement d'avenir (PIA4), le projet TIRIS (Toulouse Initiative for Research Impact on Society) vise à l’émergence d’une Grande Université de Recherche de renommée internationale. Ce fonds élaboré par le ministère de l’Enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation pour « soutenir l’excellence sous toutes ses formes » - doté de 800 millions d’euros – veut accompagner financièrement les projets de transformation des établissements.

Ici, TIRIS prévoit un rapprochement de toutes les universités toulousaines, ce qui représente plus de 8.000 chercheurs et enseignants-chercheurs, 4.500 doctorants et plus de 100.000 étudiants. Christian Gollier, jugeant le projet "trop peu ambitieux", avait formulé une autre proposition, balayée d'un revers de la main par l'UT1, son université de tutelle. 

Pas de fronde, mais une évolution

Dans un communiqué, le président de l'UT1, Hugues Kenfack, a immédiatement fait part de son inquiétude après ce nouveau rebondissement. "Une telle scission au sein de l'université compromettrait non seulement le projet PIA4, [...] ainsi que notre organisation existante".

Mais pas question de parler de fronde pour les économistes. "On veut seulement pousser à l'excellence, ce n'est pas pour aller à l'encontre de qui que ce soit" déclare le directeur général de TSE. "Je ne pense pas que la création d'un Grand Établissement ait un impact négatif sur TIRIS, au contraire. C'est un argument supplémentaire" pour remporter l'appel à projet, estime-t-il. Car malgré le manque d'ambition reproché, TIRIS reste un projet "qui va dans la bonne direction" , et TSE assure vouloir y prendre part.

Pour l'instant, le calendrier sur la sortie de TSE du giron de l'Université Toulouse Capitole n'a pas encore été fixé.