Le sarcophage plombé découvert à Notre-Dame de Paris sera ouvert à Toulouse

Les fouilles préventives réalisées depuis l'incendie de Notre-Dame de Paris ont permis de découvrir un sarcophage plombé qui pourrait dater du Moyen-Age. Des médecins légistes et des scientifiques ouvriront ce sarcophage dans les prochains jours à Toulouse. D'autres belles trouvailles ont eu lieu.

"A quelque chose, malheur est bon", dit le proverbe. L'incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris survenu en avril 2019 aura permis de faire des découvertes très intéressantes lors des fouilles préventives réalisées par l'INRAP (Institut national de recherches archéologiques). Les fouilles devaient durer 3 semaines, elles ont occupé les archéologues du 2 février au 8 avril.

Un sarcophage du XIVe siècle ?

Le 2 février 2022, d'importantes fouilles ont été réalisées par l’Inrap sous la direction de Christophe Besnier. Avant de réaliser l'échafaudage pour la reconstruction de la flèche de Notre-Dame de Paris, les archéologues ont fait des découvertes très intéressantes.

Tout d'abord un calorifère installé par Viollet-le-Duc au XIXe avec des canalisations en briques pour chauffer la cathédrale. En dégageant les remblais, ils ont découvert un vestige enfoui 20m sous terre, juste en dessous : un sarcophage anthropomorphe (qui épouse la forme du corps du défunt) en plomb. « Il était au milieu des remblais, déclare Christophe Besnier le responsable des fouilles. On a pu juste dégager la tête et les pieds du sarcophage dans un premier temps. Quand nous l'avons enfin sorti, les éléments ont montré qu’il était scellé par des remblais du milieu XIVe. Donc la datation du sarcophage pourrait être antérieure à priori". Mais il faut être prudent : les sarcophages plombés sont plutôt rares au Moyen-Age. Plusieurs éléments laissent à penser que celui-ci a été déplacé.

Jusqu'alors, les sarcophages découverts à Notre-Dame étaient de l'époque moderne. Mais les archéologues sont allés plus loin. Le sarcophage avait des trous, des fissures qui ont permis de glisser une caméra endoscopique pour voir à l'intérieur. "On voit clairement des touffes de cheveux et même probablement des restes de peau au niveau du crâne, du textile. Et surtout, ce qui atteste de son état de conservation : un tapis de végétaux au niveau de la tête qui semble indiquer que le reste pourrait être bien conservé". Christophe Besnier n'en saura pas davantage pour l'instant.

Qui repose dans le sarcophage ? Il pourrait s'agir d’une personnalité de haut rang, un ecclésiastique ou un laïque. Au Moyen-Age, Notre-Dame, comme toutes les cathédrales, était une nécropole. Le sarcophage était situé près du chœur, l'endroit privilégié pour inhumer des dignitaires.

L'institut médico-légal de Toulouse choisi pour l'ouvrir

Les ossements du défunt mais aussi tout ce qui se trouve dans le sarcophage, seront analysés : tissus, ossements, végétaux. Le sarcophage devrait arriver à Toulouse après les vacances de Pâques. Le Centre d’Anthropologie Génomique de Toulouse est implanté dans le CHU de Toulouse. Il regroupe plusieurs spécialistes qui travaillent ensemble : INRAP, CNRS, CHU. Mais pourquoi le choix de Toulouse alors que le sarcophage est à Paris ? "Nous avons déjà une expérience de l’étude des momies. Par exemple nous avons travaillé sur le sarcophage plombé de Louise De Quengo, une noble bretonne morte en 1656.  Ce sera intéressant de confronter ce travail avec ce qu’on a déjà fait avec des momies comme cette Bretonne", assure le Professeur Norbert Telmon. 

L'analyse du sarcophage et de ce qui se trouve à l'intérieur devrait durer au moins trois jours. L'institut médico-légal a aussi travaillé sur le dynastie des comtes de Toulouse et sur plusieurs sarcophages ouverts à la basilique Saint-Sernin mais il s'agissait seulement d'ossements. Là, le travail portera sur plus d'éléments. "Nous ferons à minima un scanner et des radios pour déterminer l'âge et le sexe. Suivant l'état de la dépouille, nous ferons une analyse génomique pour déterminer les causes de la mort. On pourra aussi voir éventuellement ce qu'il a mangé, de quelle région il venait..." 

 

Mystère pour l'instant car le corps n'est pas encore à disposition de l'institut médico-légal toulousain. 

Par ailleurs, les archéologues ont aussi mis à jour des dizaines de fragments de structures, des belles statues polychromes rares enfouies à quelques centimètres du sol. Ils ont également découvert des éléments d'un superbe jubé, une sorte de galerie séparant le chœur de la nef (et donc le clergé des croyants) de certaines églises anciennes. Une découverte exceptionnelle que cet ancien jubé de Notre-Dame. Beaucoup de ces séparations ont été démolies au XVIIIe. L'un des rares à être encore intact se trouve à la cathédrale Saint-Cécile d'Albi. 

Une fois tous les objets déplacés et évacués, la surface fouillée sera comblée pour lancer la construction du nouvel échafaudage. Que les passionnés d'histoire se rassurent : ce ne sera pas une coulée de béton qui va recouvrir cet endroit, mais du sable et de l'argile. En cas de nouvelles fouilles, tout sera toujours accessible. Notre-Dame pourrait bien encore livrer des secrets et des merveilles. 

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