Lutte contre le cancer : un traitement à l'étude pour une nouvelle ère de l'immunothérapie

L'entreprise innovante Hastim, basée à Toulouse (Haute-Garonne) a développé un traitement ultra-personnalisé pour stimuler le système immunitaire des patients atteints de cancer. Le traitement se base sur l'utilisation de l'hydroxyapatite pour capter les protéines des cellules cancéreuses et les rendre détectables par le système immunitaire.

Les résultats des études préliminaires semblent très encourageants. La société Hastim, basée à Toulouse (Haute-Garonne) espère avec son traitement ouvrir la voie à de nouvelles approches dans la lutte contre le cancer à travers l'immunothérapie. Cette thérapie ultra-personnalisée est basée sur l'utilisation de l'hydroxyapatite (HAP), un composant clé du tissu osseux, pour capter les protéines, dites "du choc thermique" (Heat Shock Proteins ou HSP en Anglais), provenant des cellules cancéreuses afin que le système immunitaire puisse les détecter et les éliminer. Fabriqué à partir des cellules tumorales du patient, il peut s'adapter à l'évolution de la maladie au fil du temps.

Un traitement personnalisé, sans effets secondaires

Nicole Rouquet, fondatrice et présidente d'Hastim, nous explique en détail le fonctionnement de ce traitement : "Ce que nous cherchons à faire c'est d’isoler les antigènes tumoraux du cancer du patient. Ces antigènes sont englobés dans des protéines dites HSP. Nous, nous allons donc fixer tout cet ensemble (les HSP et les antigènes tumoraux) sur l'hydroxyapatite, qui va être un vecteur minéral. Nous prélevons la tumeur, nous extrayons les protéines HSP qui portent le motif antigénique de la tumeur. Nous les concentrons, nous les purifions et nous les réinjectons sous la peau du patient. Et à ce moment-là, parce que nous avons rendu ces molécules lisibles, comme si elles venaient de l'extérieur, nous avons des chances de stimuler le système immunitaire et de lutter contre le cancer de la personne malade. Il s'agit d'une vaccination thérapeutique autologue. En général, les patients pensent qu'un vaccin est préventif et universel. Alors que dans notre cas, il faut être malade pour en bénéficier. C'est un vaccin propre à chaque patient."  

Cette solution, offrant une prise en charge personnalisée à chaque étape de la maladie, renforcerait l'effet de la chimiothérapie. Les résultats préliminaires des tests menés sur des souris montrent une régression tumorale significative, sans effets secondaires. "C'est très important, souligne Nicole Rouquet. Nous avons une efficacité sans effets secondaires et nous sommes adaptables à l'évolution de la pathologie. C'est-à-dire que lorsqu'un patient développe un cancer, il n'est pas impossible que deux trois ans après il y ait une rechute du cancer basée sur le développement d’un clone cellulaire B légèrement différent du clone A. À ce moment-là, nous sommes en mesure de préparer à nouveau un vaccin qui va s'adapter à la nouvelle pathologie."   

Ce principe de l'immunothérapie est déjà appliqué par Hastim pour la santé animale. Commercialisé sous la forme d'un kit nommé APAVAC, il est utilisé pour divers types de cancers chez les animaux. En 2019, une étude a été lancée sur 300 chiens atteints de lymphomes de haut grade. L'étude en double aveugle a montré que l'association d'APAVAC à une chimiothérapie conventionnelle était sûre et efficace pour prolonger la survie chez les chiens. Les résultats se sont révélés significativement meilleurs pour les animaux soignés à l'aide de ce traitement par rapport à un groupe qui ne recevait que la chimiothérapie. Cette étude marque un passage de la santé vétérinaire à la santé humaine.

Un partenariat entre Hastim et l'INSERM en juin 2022

Pour tester l’efficacité de ce traitement chez l’Homme, Hastim vient de conclure un partenariat avec l’INSERM en juin 2022. Hastim apporte son expérience sur l'hydroxyapatite (HAP). L'INSERM sur les protéines HPS. L’étude pré-clinique dirigée par le Dr Carmen Garrido vient de débuter.

Elle vise à mettre en valeur les points forts du traitement vétérinaire APAVAC et notamment, son innocuité, son caractère personnalisé (adapté au patient et à l’évolution de sa pathologie), sa rapidité de fabrication et son faible coût. Objectif principal : exploiter ce potentiel en vue des premières évaluations puis envisager son utilisation en santé humaine.

"Nous testons actuellement ce traitement chez le rongeur, dans le lymphome, mais aussi, dans le cancer du côlon et celui du sein triple négatif. Il s’agit là de cancers pour lesquels nous souhaitons absolument tenter une piste d’immunothérapie. Car parfois, la chimiothérapie n’est pas assez efficace. Les premiers résultats sont très encourageants, mais nous devons continuer. Il faut bien établir un mécanisme d'action, connaître les cellules immunitaires qui font en sorte que la tumeur régresse, savoir quelle est la dose à donner, réaliser une standardisation des vaccins et savoir également quel est le type de cancer qui est le plus à même de profiter de cette thérapie" déclare le Dr Carmen Garrido, directrice de recherche à l’INSERM, U1231 « Lipides, nutrition, cancer » de Dijon.

Objectif : mise sur le marché en 2030

La protéine HSP offre également d'autres atouts à cette technique : un diagnostic précoce et un suivi du patient. La protéine HSP est, en effet, synthétisée en nombre en présence de cellules tumorales. "Les protéines HSP se trouvent dans le sang et dans les urines, explique Carmen Garrido. Ce sont des signaux de danger. On peut les quantifier. On peut savoir grâce à cette approche si un patient a répondu ou pas à la thérapie."

"Nous cherchons à développer une articulation entre un traitement "universel(pour tous les types de cancer) et une détection "universelle"" précise Nicole Rouquet. Cette solution doit ainsi permettre d'offrir un traitement par immunothérapie mais également un suivi avec une simple prise de sang, par exemple.

Cette thérapie pourrait alors être associée à un protocole de chimiothérapie allégé pour démontrer une efficacité comparée à une chimiothérapie seule. Si les résultats se révèlent concluants, les chercheurs espèrent, l’ouverture vers d’autres indications cancéreuses chez l’Homme. Le traitement immunostimulant Hastim représente un espoir important pour les personnes atteintes de cancers et pour qui la chimiothérapie classique est contre-indiquée, ou sans efficacité.

Les études cliniques de phase précoce chez l'Homme pourraient débuter dans un ou deux ans si tout se passe bien. L'objectif final est d'obtenir une autorisation de mise sur le marché pour tous les patients qui en ont besoin d'ici 2030.