“On ne vole la maison de personne” : à Toulouse, les résidents de l’OBS, lieu de vie pour personne trans et LGBTQ+, sur le point d’être expulsés

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La maison de l’observatoire (“l’OBS”), devenue un squat destiné aux personnes de la communauté LGBTQ+, offre à ceux qui en ont besoin accueil et accompagnement. Et contribue à rompre leur solitude. Au 31 mars, pourtant, les neuf personnes qui y résident actuellement devront avoir quitté les lieux.

Officiellement, la maison appartient à l’État. Pourtant, depuis 21 ans, elle est occupée. Aujourd'hui, par des membres de la communauté LGBTQ+ dans le besoin. Pour la plupart jeunes, ces personnes font face à des situations parfois critiques : rupture familiale, détresse sociale, discriminations…

Neuf personnes occupent encore les lieux. La plupart sont transgenres et “racisés”, précisent-ils. Pour eux, avant d’être un squat, il s’agit d’un foyer - le seul dans lequel ils peuvent vivre sans craindre pour leur propre vie. Désormais, ils se battent pour rester. Ils démarchent des associations et tentent d’obtenir un rendez-vous avec la préfecture. La pétition qu’ils ont lancée a déjà obtenu près de 2 800 signatures. Mais l’heure tourne…

Survie

Sidney* a 35 ans. Avant de poser ses valises dans la maison de l’observatoire, il vivait à Castres (Tarn) aux côtés de Maya*, dans un autre “lieu de vie queer” [le terme fait ici référence à la communauté LGBTQ+ dans son ensemble, ndlr]. Mais ils se confrontent aux difficultés financières et à la détresse psychologique.

Lui part alors vivre dans un appartement à Toulouse. Et se découvre séropositif, une fois sur place… Une nouvelle difficile à digérer. “Alors, je suis venu m’installer ici”, raconte-t-il. “L’OBS a été le seul endroit où j’ai pu être accepté, me sentir entouré. C’est un soutien et au-delà, un collectif. Beaucoup de membres de la communauté ont des difficultés avec leur famille. Mais cette famille-là, on l’a choisie.

Le squat a permis à Maya* de tisser de nouveaux liens. Mais aussi de reprendre ses études : “si on le perd, ça va me détruire en partie”, craint-elle. Lorsqu’elle débarque, deux ans plus tôt, à l’OBS, elle contribue avec le collectif à bousculer les règles d’hébergement, laissant notamment les chambres vacantes aux migrants de la communauté, qui fuient leur pays en raison de leur identité de genre ou de leur sexualité.

De l’hébergement d’urgence pour queer, ça n’existe pas”, explique-t-elle. “Certaines personnes ici cachent leur transidentité au monde et ne la vivent qu’à l’OBS. C’est plus qu’une expression de genre, c’est une expression au sens large. Il faut être en accord avec qui nous sommes. Certains ont été contraints de le cacher… et se sont retrouvés six pieds sous terre.

“On sera neuf personnes à la rue et séparés”

Hormis l’habitation où résident Sidney* et Maya*, l’OBS comprend notamment deux espaces d’hébergement d’urgence. Autogérée, la structure n’a pas de statut juridique. Mais elle ne dispose d’“aucun autre équivalent institutionnel à Toulouse”, précisent plusieurs associations, cosignataires d’une tribune publiée dans Têtu.

C’est un des seuls lieux destinés aux personnes trans”, explique Jade Nguyen-Van-Yen, membre de la direction collégiale de l’association féministe Clar’T. “Les membres de la communauté peuvent y organiser des événements, comme la Journée du souvenir trans [organisée le 20 mars en mémoire aux transgenres assassinés, ndlr]. C’est un lieu ressource hyper important.

On a aucun plan B, et personne ne semble comprendre l’urgence… C’est hyper stressant. On essaie de sauver la maison, et en même temps, on se prépare à partir. C’est paradoxal de vivre à ce point dans le flou”, confie Maya*. “On ne sera pas simplement neuf personnes à la rue. On sera neuf personnes à la rue, et séparées…

“J’ai peur qu’on se retrouve éclatés”

Pour les habitants du squat, cette séparation est inconcevable. Tous se sont construits dans ce groupe, une mini-société qui fonctionne malgré ses failles. “C’est un lieu un peu magique”, souligne Sidney*. “Où va se retrouver toute la communauté ? J’ai peur qu’on se retrouve éclatés, qu’on ne puisse plus se retrouver en étant qui l’on veut.

Pour Sidney* et Maya*, la procédure d’expulsion est incompréhensible. Depuis plus de vingt ans, le lieu est en effet vacant. Et n’appartient pas à un bailleur privé : “on ne vole la maison de personne”, souligne Maya*. “L’état doit garantir notre sécurité mais ne nous propose aucune solution de relogement.

Nous appelons l'État, propriétaire du lieu, à nous laisser collectivement la jouissance d'un lieu dont il n'a aucune utilité, ni aucun projet à venir”, réclament les militants sur le site de la pétition. “Répondant d'une mission d’intérêt public, il nous semble logique de pouvoir continuer à bénéficier de cet espace.

La préfecture attend la fin légale de la trêve hivernale pour remettre la main sur la demeure. Celle-ci sera vendue. Une journée portes-ouvertes aura lieu le 27 février prochain pour tenter, une dernière fois, de faire bouger les lignes. Avant que la maison de l’observatoire ne ferme ses portes de façon définitive.

* les prénoms ont été modifiés