"On se sent exclus, dénigrés et humiliés" : un collectif d'infirmiers libéraux exprime sa colère

Depuis plusieurs semaines, un collectif d'infirmiers libéraux s'est créé au niveau national, puis progressivement dans les régions. En Occitanie, le collectif a décidé de commencer des actions ce lundi 6 février pour porter leurs différentes revendications sociales et financières.

Sur le groupe Facebook  Infirmiers libéraux en colère Occitanie, créé en janvier 2023, ils sont plus de 1700. Le collectif est né sur les réseaux sociaux, il y a quelques semaines. Tout a commencé dans les Bouches-du-Rhône avant de s'étendre à chaque région. 

Avec ce mouvement asyndical qui commence à se structurer, les infirmiers libéraux veulent exprimer colère et revendication dans ce contexte économique compliqué. Une pétition a été mise en ligne depuis quelques semaines, elle a déjà recueilli près de 25 000 signatures.

" Exclus, dénigrés et humiliés "

Julien Belou est infirmier libéral et administrateur du groupe Occitanie du collectif Infirmiers libéraux en colère, il ne mâche pas ses mots pour parler de leurs conditions de travail. Las, il explique : " On en a ras-le-bol, en fait on se sent exclus, dénigrés et humiliés. Il y avait du monde pour nous applaudir dans la rue lorsqu'on continuait à venir chez nos patients pendant la crise sanitaire, aujourd'hui, on nous oublie". 

"Si nous ne sommes plus là, qui va s'occuper des patients qui nécessitent des soins lourds, les diabétiques et les autres ?"

Julien Belou

Infirmer libéral

Le mal-être de cette profession est profond et ne date pas d'hier. La rémunération de ces personnels soignants n'a pas été revalorisée depuis plus d'une dizaine d'années. Ils n'ont pas pu bénéficier de la prime Covid ni du Ségur de la santé. C'était une colère silencieuse qui les rongeait jusque-là, mais la réforme des retraites et le contexte économique compliqué ont fait déborder le vase. 

Plusieurs revendications sociales et financières 

Les infirmiers libéraux dénoncent une rémunération qui n'est plus en adéquation avec le contexte actuel d'inflation. "On ne demande pas la lune, on demande juste une revalorisation pour compenser le pouvoir d'achat. Julien Belou explique : aujourd'hui on doit respecter des tarifs, par exemple 6€30 pour la pose d'un simple pansement. Mais on ne prend pas du tout en compte notre regard clinique sur la cicatrisation et sur le suivi". 

La pétition qui circule en ligne pointe aussi la faiblesse des indemnités de transport aujourd'hui fixée à 2 50 et qui ne couvre pas leurs longs déplacements et l'augmentation du prix de l'essence. 

Dans cette profession, la nouvelle réforme des retraites avec le recul de son âge légal à 64 ans, ne passe pas non plus. "J'ai calculé pour ma part, je vais devoir partir à 67 ans, je ne me vois pas travailler jusqu'à cet âge, j'ai déjà des problèmes d'épaules et de dos", atteste l'infirmer libéral. 

"Je me demande si ça ne va pas plutôt être moi le patient face aux personnes à qui j'apporte des soins quotidiennement, quand j'aurais 67 ans"

Julien Belou

Infirmier libéral

Le collectif souhaite une prise en compte de la pénibilité de leur travail : caractère répétitif des tâches, mais aussi physique avec le port de patient ainsi que les horaires de nuit qu'ils effectuent.

De nombreuses actions à venir 

Pour y remédier, le collectif d'infirmiers libéraux a décidé de débuter des actions à partir de ce lundi 6 février 2023.  "Pendant une dizaine de jours, on va envoyer un courrier au président de la République avec chaque jour une revendication ", précise l'infirmier libéral. Un mail a également été envoyé à l'ensemble des députés. 

Si Julien Belou explique que le collectif va aller crescendo, "des actions dures pourront suivre si rien ne change à partir du mois de mars. Même si nous continuerons à prendre en charge nos patients actuels". Cela pourrait se traduire par des grèves, blocages d'autoroutes, manifestations, mais aussi par des refus de nouveaux patients.