On connait enfin la vérité sur le débat qui oppose les amateurs de "pain au chocolat" ou de "chocolatine"

Le débat est sans fin, et les histoires autour des origines de cette viennoiserie sont multiples. Le débat continue d'alimenter de nombreux contenus sur Internet, et une douce rivalité entre le Sud-Ouest et le reste du pays. Voici quelques éléments d'explications pour vous faire votre propre opinion.

C’est un débat qui n’en finit jamais, et si la saveur de la viennoiserie met (presque) tout le monde d’accord, son nom divise. Pain ou chocolat ou chocolatine ?

Les termes divergent, tout comme les prétendues origines de la viennoiserie. "Ce qu’on appelle pain au chocolat, c’est une invention qui date de la fin du XIXe siècle, explique Mathieu Avanzi, linguiste et professeur à l’université de Neuchâtel (Suisse), dans une vidéo pour le média Brut. Les premiers petits pains au chocolat sont des miches dans lesquelles on a inséré des barres de chocolat, c’est vraiment le goûter des enfants qui sont nés dans les années 70 ou 80. Puis finalement on a arrêté de créé la miche avant de mettre la barre de chocolat à l’intérieur, et on a créé une miche qu’on a cuite avec une barre de chocolat, et c’est comme ça qu’est né le pain au chocolat dans une pâte à croissant."

Voir cette publication sur Instagram

Une publication partagée par Brut (@brutofficiel)

Mais d'autres voient l'origine de cette spécialité ailleurs. Jim Chevallier, dans son livre August Zang and the French Croissant : How Viennoiserie Came to France affirme que c’est un certain Auguste Zang qui a rapporté de Vienne, au milieu du XIXe, la mode des viennoiseries. De la capitale autrichienne, il aurait ramené la baguette, un croissant, et sa version au chocolat, le Schokoladencroissant. Selon un article de GEO, "avec l’accent autrichien, le "d" se prononce "t". Résultat : les Parisiens se mettent à utiliser le mot qu’ils entendent, soit "chocolatine."

Des expressions multiples

Aujourd’hui selon une carte créée par Mathieu Avanzi, l’écrasante majorité de la France utilise le mot "pain au chocolat". Quelques variantes existent aussi dans le nord de la France, où les expressions "couque au chocolat" ou "petit pain au chocolat" sont encore employées. Dans l’Est, on parle de "petit pain" ou "petit pain au chocolat."

Dans le Sud-ouest en revanche, les habitudes sont toutes autres, et c’est une autre variante, principale concurrente de l’expression la plus courante, qui prend le dessus. "En Gascogne, le mot a changé, développe Mathieu Avanzi. Un boulanger a dû appeler ça chocolatine, qui a dérivé le mot "chocolat" avec le suffixe –ine qui permet de désigner quelque chose de petit, de goûteux ou de sucré, comme de la gélatine ou de l’abricotine, et a créé cette variante. Les écoles de boulangers ensuite, on fait leur travail. Les gens qui vivaient dans le sud-ouest allaient dans une école de boulangers où on appelait ça chocolatine, puis repartaient ouvrir leur boulangerie et vendaient l’objet sous la forme de chocolatine." Historiquement, l’expression est bien plus récente que celle de "pain au chocolat", souligne le linguiste. "C’est un mot qui ne remonte pas plus tard qu’aux années 1960", affirme-t-il. 

"C’est vrai que du temps de ma grand-mère, le pain au chocolat, c’était du pain avec des carrés de chocolat dedans", se souvient Sébastien Marchetti, boulanger. Lui raconte que, selon ses connaissances, le terme "chocolatine" viendrait de l'initiative de boulangers qui auraient mis deux barres de chocolat dans leur pain au lieu d'une, pour concurrencer les industriels.

Derrière le débat, une douce rivalité 

Aujourd’hui, cet artisan installé à Vestric-et-Candiac dans le Gard (et qui dit "pain au chocolat") s’amuse de ce débat interminable. "C’est une fausse guéguerre, sourit-il. Chaque année ça revient." Dans sa boulangerie, chocolatine ou pain au chocolat, les demandes "sont diversifiées" et évoluent selon "les mouvements de clients et de touristes." À Toulouse, dans la boulangerie Pêché Mignon, les étiquettes affichent évidemment "chocolatine". Et les clients sont prudents."Certaines personnes commencent par dire "pain au chocolat" et se reprennent. On sent qu’il y a un attachement à ce mot ici", décrit une des vendeuses.

Sur les réseaux sociaux, les deux expressions alimentent de nombreux contenus. Sur Facebook, li existe même des groupes partisans pour l'une ou l'autre des expressions ! Il y a même un site internet dédié à la question, qui propose un sondage et compte déjà plus de 133 000 votants ! Avec 59,98% pour pain au chocolat, contre 40,01% en faveur de chocolatine à la date du 9 août 2023.

En 2016 au moment de rebaptiser les nouvelles régions, des internautes avaient proposé d’appeler la future Occitanie "Chocolatinie." En 2017, le Stade Toulousain avait aussi ravivé le débat entre les supporters lors d’une rencontre avec le Stade Français Paris. En 2018, des députés LR avaient même déposé un amendement "chocolatine", dans le cadre du projet de loi Agriculture et alimentation, afin de "valoriser l'usage courant d'appellation due à la notoriété publique du produit et de ses qualités reconnues au travers d'une appellation populaire". En vain.

Alors, pain au chocolat ou chocolatine ? "C’est la même chose !", témoigne Sébastien Marchetti. "L’essentiel, c’est que ce soit artisanal."