Portrait : Kevin, 30 ans, SDF, mort de la solitude dans les rues de Toulouse

Kevin, un sans domicile fixe de 30 ans s'est suicidé le 13 novembre dernier à Toulouse. Un drame de la solitude et l'histoire d'un jeune homme qui avait fait le choix de vivre en marge de la société. Rien ne le destinait à cette vie. Sa disparation pose aussi la question du suicide dans la rue.

Kevin, jeune SDF de 30 ans, a été retrouvé mort la semaine dernière.
Kevin, jeune SDF de 30 ans, a été retrouvé mort la semaine dernière. © Capture d'écran
Il n'avait que 30 ans. Kevin est mort un vendredi 13. La semaine dernière. Seul. Kevin s'est suicidé. Depuis plus de deux ans, celui que l'on connaissait sous le nom de Kéké vivait dans la rue. Un jeune sans domicile fixe, comme il y en a de plus en plus en France. Pourtant, Kevin avait tout pour être heureux. Une famille soudée et stable, une formation de cuisinier après l'obtention d'un CAP, un travail, un appartement, des revenus. Mais il y a plus de deux ans, tout a basculé.

Contact coupé avec sa famille 

Car le jeune homme était un grand sentimental, influençable. Il tombait vite amoureux et s'attachait passionnément à ses compagnes. C'est l'une d'entre elles qui un jour l'a convaincu de tout lâcher pour... la rue. "Il marchait à l'affectif. Il ne supportait pas d'être seul " raconte Marc Perez, le responsable de l'Association "La maraude des anges", créée il y a un an. L'association s'appuie sur près de 80 bénévoles et s'avère très active sur Toulouse et ses environs. Le responsable associatif s'était lié d'amitié avec le jeune SDF et le connaissait bien. Pendant un an, Marc l'a suivi dans la rue, a essayé de l'aider autant que possible. " Il a fait de mauvaises rencontres " soupire-t-il. 
 
Son père Jean-Paul vit dans le Var. En 2018, il reçoit un appel de son fils :"il m'appelle pour me demander de venir vider son appartement à Montpellier". Kevin prend alors la direction de Toulouse. La dernière fois que Jean-Paul voit son fils, c'est en janvier 2019, juste après les fêtes. "Depuis, je n'avais plus de nouvelles de lui, le contact était coupé " explique ce papa. En partant, Kevin avait dit à ses proches de ne pas "s'inquiéter" et qu'il les  "recontacterai quand il irait mieux, quand il se sera reconstruit". 

Drame de la sollitude 

C'est donc par amour que Kevin choisit de vivre dans la rue et de faire la manche. Souvent dans le centre ville de Toulouse, souvent accompagné de son amoureuse du moment. La semaine dernière, sa compagne le quitte. Une situation insupportable pour lui. Il finit par se suicider. "Il avait quelques problèmes avec la boisson et a accumulé les mauvaises passes, mais jamais je n'aurai pensé qu'il en arriverait un jour à ça " explique le père du jeune SDF, des sanglots dans la voix. 
 
"Cette mort, c'est le drame de la solitude" renchérit Marc Perez. Et de rappeler qu'il y a de plus en plus de jeunes SDF qui se suicident, notamment dans la catégorie 25-35 ans. Combien sont-ils à passer à l'acte ? Impossible de le savoir, faute de données fiables. La France compterait 300 000 Sans domicile en France. Selon une étude publiée par le Collectif des Morts de la rue publié en 2019, le taux de suicides chez les personnes se situerait à 5 %, contre 0,0001 % dans le reste de la population française.

Le suicide des jeunes SDF, phénomène peu connu

Un phénomène qui s'est accru avec le confinement selon le créateur de l'association la "maraude des anges". "Il ne faut pas oublier que la crise sanitaire est aussi une crise économique. Il y a moins de gens dans la rue et ils donnent moins aux personnes qui font la manche". Comme si les plus exclus l'étaient encore plus aujourd'hui. Le lien social se dissout, les jeunes sont en perte de repères et certains ne voient plus aucun avenir à leur existence. 

Le milieu associatif fait tout pour sortir ces jeunes de la galère. "On essayait de le convaincre de prendre un appartement. On avait fait une demande pour un logement social, c'était bien parti ", regrette Marc Perez. "A chaque fois il nous répondait : j'ai envie de m'en sortir, mais ma copine ne veut pas....". Parfois il est impossible d'aider, même les plus précaires.
 
La disparition de Kevin a provoqué une vive émotion. L'association "La maraude des anges" tient à ce que Kevin ait des funérailles dignes de ce nom. Faute de budget suffisant, Kéké pourrait être enterré dans une fosse commune. Les parents du jeune homme étant eux-mêmes sans ressources, elle a mis en place une cagnotte pour payer les frais d'obsèques. A ce jour (mercredi 18 novembre), 1231 euros ont été collectés, il en faut 3500. L'enterrement de Kevin aura lieu la semaine prochaine dans la plus stricte intimité. 
 
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
sdf société