La presse écrite de la région de Toulouse souffre du coronavirus

Chute des ventes, publicité en forte baisse, journalistes en télétravail ou au chômage partiel, la crise actuelle a un impact direct sur la presse écrite. Déjà mal-en-point, elle n’avait pas besoin de ce nouveau coup supplémentaire.
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Photo d'illustration © IP3 PRESS/MAXPPP
Le coronavirus a touché de plein fouet la presse régionale de Toulouse. Le principal journal local a vu sa pagination réduite mais les éditions départementales demeurent. Le quotidien enregistre, pour les deux premières semaines de confinement, une baisse de ses ventes au numéro d’environ 15%.

A La Dépêche, le chômage partiel touche un tiers de l’effectif, tous personnels confondus. Cela représente au total une cinquantaine de personnes. Un syndicaliste évoque le flou concernant l’avenir: "Le point d’interrogation pour nous, c’est la reprise. Est-ce que les mesures de chômage partiel vont durer ? Les journalistes pigistes seront-ils conservés ? Comment allons-nous fonctionner ?"
 
Le groupe sort d’une période difficile. "Chez nous, cela fait des années que l’on réduit les effectifs. L’année 2019 a été correcte sur le plan financier, du fait de coupes drastiques en termes de charges, notamment des baisses de la masse salariale. On est descendu tellement bas à La Dépêche, que nous ne serons pas ceux qui subiront les plus gros départs, sinon on arrête tout!"

Autre problème, le passage de La Poste en service minimum. La livraison de journaux réduite à trois jours par semaine, fait sortir de ses gonds Jean-Michel Baylet. Le patron du groupe La Dépêche, se dit prêt à engager des recours en justice. 
 

L'incertitude du secteur

Le groupe de presse, Publihebdos possède une antenne en Occitanie. Son directeur régional Pascal Pallas, est également rédacteur en chef du site d’information Actu Toulouse et du magazine Côté Toulouse.

Il décrit la situation: "J’ai donné la consigne de ne pas aller sur le terrain pour respecter le confinement. Notre rédaction est composée de huit journalistes. Aucun n’est au chômage partiel, tous sont en télétravail. Les réunions quotidiennes se déroulent par visioconférence puis avec des échanges grâce à une messagerie interne."

A la question des conséquences de la crise, il répond : "C’est impossible de se projeter, car on ne connait pas la durée du confinement. S’il s’arrête le 4 mai, le temps que le marché publicitaire se relance, ce sera sans doute beaucoup plus long. Il est évident qu’il y aura un impact. Il nous manquera deux mois de chiffre d’affaires. Le premier travail consistera à trouver des solutions, pour boucler l’année dans de bonnes conditions, préserver notre activité et notre personnel."

Boudu pris dans les eaux du Coronavirus

Si La Voix du Midi et le gratuit Côté Toulouse continuent d’être publiés, ce n’est pas le cas de Boudu, absent des kiosques ce mois-ci. Le mensuel décalé, consacré à l’actualité Toulousaine et Occitane, ne dépend pas d’un groupe de presse.

Son équipe réduite (4 personnes total) doit se résoudre à interrompre la parution. Le confinement, les gardes d’enfants et le retrait de la publicité, dictent une pause obligatoire. "Les annonceurs, dont nous dépendons à 70%, nous ont demandé de différer leurs campagnes de communication programmées dans le numéro d’avril." nous explique Jean Couderc, Directeur de la rédaction de Boudu.
 
"La fréquentation des marchands de journaux est faible. La presse écrite est déjà en difficulté en temps normal, alors là, ça revenait à sortir un magazine qui allait nous coûter plus d’argent qu’il nous en rapporterait. C’est plus prudent de préparer le numéro de mai. Son contenu est pour l’instant à l’étude. On va essayer de réfléchir au post-confinement. Je pense que ce numéro, pour une fois, risque de ne pas susciter le sourire du lecteur. "

Comment se remettre de la crise ?

Le magazine Toulousain, était déjà mis en péril par la situation économique,  avant l’arrivée du coronavirus. Jean Couderc se montre réaliste: "Cela n’augure rien de bon pour nous. Les entreprises vont fermer le robinet de la communication, au mieux différer leurs campagnes de pub. Il faut faire preuve de décence. Ce qui compte avant tout aujourd’hui c’est qu’il y ait le moins de victimes humaines possible. Quant à Boudu, sa survie n’est pas en jeu, dans les deux mois qui viennent."
 
Boudu sauvé des eaux… à court terme. Certains titres de presse sont menacés, certains journalistes indépendants aussi. C’est le cas de ce Toulousain passé par La Dépêche du Midi, de 2010 à 2018. Aujourd’hui il propose ses articles à des agences de communication parisiennes qui le mettent en relation avec des publications comme Capital, le Point, Challenges.

Sa situation professionnelle devient préoccupante. "Je finalise les dernières commandes. Je m’inquiète pour les semaines et le mois à venir. En terme de charge de travail cela risque de devenir léger. Je me demande si je ne vais pas tenter une reconversion, carrément changer de branche. Les publications avec lesquelles je travaillais, risquent de ne pas se remettre de la crise."
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