REPORTAGE. Rencontre avec la famille Kaba, sans toit, à la rue avec 3 enfants en bas âge, faute de logement d'urgence

Cet été à Toulouse (Haute-Garonne), de plus en plus de personnes qui, jusqu'à présent, étaient logées en hôtel dans le cadre de l'hébergement d'urgence sont remises à la rue. Ils seraient près de 326 personnes, dont 144 enfants, sans solution de logement. Rencontre avec la famille d'Abdoulaye Kaba, sa femme et ses 3 garçons âgés de 8 ans, 2 ans et 8 mois.

C'est une famille que rien ne distingue des autres dans ce parc public de Toulouse (Haute-Garonne). Et pourtant. La famille Kaba vient de passer 3 semaines dans la rue.

Abdoulaye Kaba a dû quitter son pays (la République de Guinée), son épouse et son fils de 9 mois, en 2016. Tous deux le rejoignent en 2020. La famille s'agrandit, 2 garçons naissent par la suite à Toulouse.

La famille était logée à l'hôtel dans le cadre de l'hébergement d'urgence. Le 4 juillet dernier, Abdoulaye Kaba reçoit un courrier de la préfecture de la Haute-Garonne, ses 3 garçons (de 8 ans, 2 ans et 8 mois), sa femme et lui ont 7 jours pour quitter l'hébergement d'urgence, sans qu'une autre solution ne soit trouvée. Ils quittent donc l'hôtel le 11 juillet dernier. L'aîné des enfants demande "Papa, où on va ?"

"C'est très dur depuis la notification, comment on va faire pour les enfants ?"

Abdoulaye Kaba, père de famille et porte-parole du collectif des familles expulsées des hôtels

Ils vont être, tous les 5, sans solution d'hébergement pendant 3 semaines. 

"On attend une solution pour nous. Je veux contribuer comme tout le monde, travailler, payer nos impôts, nous investir aussi dans la ville comme citoyens. Que nos enfants étudient, je veux suivre mes enfants pour qu'ils aient une bonne éducation"

Abdoulaye Kaba, père de famille

Ils font partie des familles qui ont dormi, le 25 juillet, sous tente au pied de la basilique Saint-Sernin à Toulouse (avant de devoir, dès le lendemain, en partir). Accompagné d'associations, le collectif des familles expulsées des hôtels est créé. Abdoulaye Kaba en devient le porte-parole.

Une augmentation du nombre de personnes mises à la rue

Elle concerne essentiellement des personnes :

  • remises à la rue en fin d'hébergement d'urgence
  • en situation très précaire qui n'ont plus de solution possible d'hébergement possible chez la famille ou amis

Les associations constatent une augmentation alarmante du nombre de personnes concernées.

"Il n'y a plus de critères de vulnérabilité pour être mis à l'abri à l'hôtel. La priorité était donnée à des familles très vulnérables pour l'hébergement d'urgence dans les hôtels. On peut se retrouver avec des enfants en très bas âge ou des mamans qui sortent de la maternité sans hébergement

Geneviève Genève - co-coordinatrice du Collectif Inter Associations Toulouse

D'après le collectif inter associations Toulouse, 173 ménages ont reçu une lettre de fin de prise en charge à l'hôtel. Près de 326 personnes (dont 144 enfants) ont  été remises à la rue sans solution alternative à Toulouse. D'après le collectif, quotidiennement, ce sont désormais près de 220 demandes d’hébergement non pourvues par le "115" (numéro d’urgence qui vient en aide aux personnes sans abri et en grande difficulté sociale), une hausse de 10% par rapport à la semaine précédente.

Ces chiffres ne prennent pas en compte les personnes qui vivent dans des squats ni bidonvilles.

"La logique, en ce moment, est de vider sans solution par la suite. Le droit : on ne doit pas être à la rue"

Roland, membre du DAL 31

 Voici ce que dit la loi :

Article L345-2-2 du Code de l'action sociale et des familles

Modifié par LOI n°2018-1021 du 23 novembre 2018 - art. 125 (V)

  • Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence.
  • Cet hébergement d'urgence doit lui permettre, dans des conditions d'accueil conformes à la dignité de la personne humaine et garantissant la sécurité des biens et des personnes, de bénéficier de prestations assurant le gîte, le couvert et l'hygiène, une première évaluation médicale, psychique et sociale, réalisée au sein de la structure d'hébergement ou, par convention, par des professionnels ou des organismes extérieurs et d'être orientée vers tout professionnel ou toute structure susceptibles de lui apporter l'aide justifiée par son état, notamment un centre d'hébergement et de réinsertion sociale, un hébergement de stabilisation, une pension de famille, un logement-foyer, un établissement pour personnes âgées dépendantes, un lit halte soins santé ou un service hospitalier.

"L'hébergement d'urgence saturé" selon la préfecture

Au regard d'une pression sans précédent, de par l'intensité des flux migratoires, le secteur de l'hébergement (d'urgence) est aujourd'hui saturé. Les nuitées se prolongent sur des durées sans commune mesure avec un hébergement qui doit absolument demeurer temporaire... Ces "nuitées hôtelières" sont destinées à accueillir de façon transitoire une grande diversité de profils de personnes sans domicile : famille avec ou sans enfant, femmes victimes de violence, personnes isolées, pouvant souffrir de vulnérabilités diverses... La fin des prises en charge des personnes accueillies en chambre d'hôtel, dans le cadre d'une mise à l'abri temporaire en urgence s'impose au regard des durées très importantes, et sans aucune perspective.

Préfecture de Haute-Garonne

communiqué de presse du 26/07/2023

Pour les associations, "l'hôtel n'est pas une solution durable d'hébergement, le problème est qu'il n'y a pas de solution pérenne de prise en charge envisagée" explique Geneviève Geneve du collectif inter associations Toulouse.

Elle redoute qu'à la fin de l'été, le nombre de personnes et familles à la rue n'augmente encore davantage avec les expulsions locatives, l'évacuation de squats et bidonvilles.

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