Témoignages. "Des agressions au couteau et de plus en plus avec des armes à feu" : les prostitués subissent des vols, des viols et des menaces, plus violents

Publié le Mis à jour le Écrit par Aude Cheron

Sandra et Paméla ont accepté de nous livrer leur témoignage. Travailleuses du sexe, elles confirment que la violence monte d'un cran à leur égard ces dernières années. Vols, viols, agressions au couteau ou menaces avec armes à feu.

Le 26 mai dernier, près de la gare Matabiau à Toulouse, une prostituée est agressée. Âgée de 57 ans, elle reçoit plusieurs coups de couteau à la gorge. Prise en charge, elle est depuis sortie de l'hôpital et ses jours ne sont plus en danger, mais cet acte de violence a mis en lumière un phénomène qu'observe l'association Grisélidis qui accompagne et soutien les travailleurs et travailleuses du sexe tout au long de l'année. Les agressions sont de plus en plus nombreuses et de plus en plus violentes. 

La peur au quotidien

Chaque année, l'association Grisélidis reçoit dans ses locaux 300 personnes. Paméla et Sandra en font partie. De manière anonyme, elles ont accepté de nous livrer leur témoignage. 

Sandra est transsexuelle. Elle vit de la prostitution depuis 22 ans et son constat est sans appel. "Tout a changé aujourd'hui. Avant, j'avais des clients qui m'offraient des fleurs, m'offraient du parfum pour mon anniversaire. Certains me passaient juste un coup de téléphone pour me souhaiter bon anniversaire. Ça fait plaisir. Aujourd'hui c'est fini ! Les clients tirent les prix vers le bas, il y a des insultes tous les jours", raconte Sandra.

Elle reste marquée par un événement récent. Une nuit où elle a craint pour sa vie. 

J'étais stationnée à l'endroit où je bosse. Et puis j'ai vu 9 hommes sortir d'une voiture et courir vers moi. Alors j'ai commencé à courir moi aussi, à crier. Heureusement quelqu'un, que je connaissais, passait par là et j'ai pu monter dans sa voiture. Ils étaient tous derrière moi. Gratuitement comme ça. Pourquoi ? Je ne sais pas. Peut-être parce que je suis transsexuelle ?

Sandra

Sandra ne compte plus les insultes, les tentatives de vols : "Régulièrement, il y en a qui cherchent à récupérer leur argent. Et là, tu te retrouves avec un couteau sous les yeux. Moi, je rends l'argent dans ces cas-là. Ma vie, elle vaut plus que quelques euros quand même ! "

Effets pervers des arrêtés anti-prostitution

À ses côtés, Pamela confirme. Après 28 de prostitution et d'expérience de la rue, elle a radicalement changé sa manière de travailler. 

Dans la rue, il se passe toujours quelque chose. Des insultes, des menaces, des bouteilles de bière jetées à la tête. Les gens se lâchent sur nous !

Paméla

"Maintenant, je privilégie internet. Et puis je préfère aller chez le client. C'est plus sûr.  Chez eux, ils se tiennent à carreau. L'hôtel, j'accepte aussi parce qu'il y a des caméras de surveillance. Les rares fois où je travaille dans la rue, je choisis un endroit éclairé, avec du passage. Ça m'oblige à me rapprocher du monde ", admet Paméla.

Se rapprocher du monde, c'est prendre le risque d'une amende. Depuis 10 ans, la ville de Toulouse a pris des arrêtés anti-prostitution, dans le secteur de la gare Matabiau, Sept Deniers, Ponts Jumeaux ou le boulevard des Minimes. Pour la codirectrice de l'association Griosélidis, ces arrêtés ont rendu encore plus fragile les travailleurs du sexe. " On les éloigne des centres-villes, les clients se font rares et ceux qui restent ce sont des personnes alcoolisées, des groupes qui n'hésitent pas à insulter, voler, violer", estime Julie Sarrazin.

Les arrêtés anti-prostitution dénoncés

L'association organise une table ronde pour engager une réflexion sur les arrêtés anti-prostitution à Toulouse te leurs effets.

"On est obligées de s'éloigner. On se retrouve parfois dans des zones industrielles. Là, il n'y a pas de bars, d'habitants qu'on pourrait alerter en cas de problème. Et la police ne vient jamais lorsqu'on l’appelle. Ça m'est arrivé. On m'a dit, rentrez chez vous vous ne serez pas agressée !", enrage Sandra.

Pour Julie Sarrazin, les travailleurs et travailleuses du sexe sont particulièrement précaires. Ils sont même devenus une cible du fait de la stigmatisation de la prostitution. "Il y a une forme de "putophobie". Ce sont des personnes sur lesquelles on se défoule sans crainte. On tient un cahier des agressions. Pas une semaine sans un signalement. Des menaces, des agressions au couteau et de plus en plus avec des armes à feu aussi. La plupart du temps, il n'y a même pas de dépôt de plainte. Sur les centaines de récits d'agressions, on doit accompagner une dizaine de personnes à porter plainte. Une affaire arrive en justice, et encore...", se désole Julie Sarrazin.

"Ça sert à rien ! En 22 ans, j'ai porté plainte 200 fois, pas une n'a connu de suite ! Pas une suite !", répond Sandra.

Pamela, elle, a été accompagnée par l'association après une agression sexuelle. "Moi, j'ai porté plainte. Il y a eu un procès. J'ai eu de la chance. Ils ont été condamnés", se souvient-elle avec le sentiment d'avoir été prise en considération et reconnue comme une victime. Un sentiment plutôt rare dans le parcours de ces deux travailleuses du sexe. 

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