Toulouse : Elles cuisinent des repas aux plus démunis pendant le ramadan dans le quartier des Izards

Le snack du quartier des Izards à Toulouse a ouvert ses portes à un groupe de femmes bénévoles. Elles y cuisinent une cinquantaine de repas par jour, pour les distribuer aux plus démunis pendant la période du ramadan.

C'est dans ce snack du quartier des Izards que les cinq femmes à gauche sur cette photo (de haut en bas et de gauche à droite : Yamina, Kaoutar, Fatima, Hayet et Leila) préparent des repas pour les plus démunis pendant la période du ramadan. A droite, Mohamed, propriétaire du fast food, suivi d'Hatem et Ameni; s'occupent de la logistique et de la distribution.
C'est dans ce snack du quartier des Izards que les cinq femmes à gauche sur cette photo (de haut en bas et de gauche à droite : Yamina, Kaoutar, Fatima, Hayet et Leila) préparent des repas pour les plus démunis pendant la période du ramadan. A droite, Mohamed, propriétaire du fast food, suivi d'Hatem et Ameni; s'occupent de la logistique et de la distribution. © FTV
Stores à moitié fermés, table carrée blanche devant la porte fenêtre. A première vue le snack le Pepper's semble fermé. Le soleil tape fort sur le quartier des Izards ce mardi 5 mai en début d'après-midi. La chaleur est aussi intense à l'intérieur du fast food. Les rires des femmes en cuisine se mêlent aux odeurs d'épices orientales. Presque chaque mètre carré sur les 60 que compte le restaurant est utilisé. A gauche, les chaises roses pâles du Pepper's sont empilées. Elles ne servent plus. Le snack a arrêté de vendre ses sandwichs depuis le début du confinement.

Je ne pourrais pas vendre à emporter de toute façon, raconte le propriétaire des lieux, Mohamed, le confinement impose de fermer l'établissement à 20h30 et en ce moment, c'est le ramadan. Nous mangeons après 21h.

A droite, sur une table longue et rectangulaire, des provisions. Boites de thon, paquets verts de feuilles de bricks, lentilles, bouteilles d'huile de tournesol et autres concentrés de tomates. Au fond, une table est restée en place. Un ordinateur y est posé. Hatem Ben Ismaïl gère la logistique. Il reçoit des appels toutes les 5 minutes. A l'autre bout du fil, des personnes qui n'ont pas de quoi manger demandent s'il reste des repas pour le soir. Le chargé de mission auprès de l'animation socioculturelle de Toulouse inscrit leurs noms sur un tableau excel. Il prend toutes les demandes, jusqu'à 16h. Après, c'est trop tard. La personne qui a téléphoné à 16h10 devra attendre le lendemain pour recevoir un repas complet gratuitement. 
   
Toute la journée Hatem, Ameni, Mohamed et Yamina répondent aux appels de personnes précaires qui souhaitent venir récupérer dans le snack des Izards un ou plusieurs repas offerts par les bénévoles.

Origine de cette initiative


A l'origine, Yamina Aissa-Abadi de l'association Izards attitude souhaitait organiser deux repas publics sur une place du quartier. Avec le coronavirus, c'est devenu impossible. Mohamed Mhandi, lui, propriétaire du snack des Izards, pensait préparer des repas pour les plus démunis avec sa voisine Ameni Chouchane. Il a d'abord contacté Hatem Ben Ismaïl de l'association JCET (Journées Culturelles et Economiques de la Tunisie à Toulouse). Ce dernier les a mis en relation avec les femmes d'Izards attitude, volontaires pour cuisiner. Tous se sont organisés quelques jours avant le début du ramadan. Tous les jours, les bénévoles en cuisine et à la distribution changent tant ils sont nombreux. Ecoutez ci-dessous les explications du propriétaire du Pepper's, sa voisine Ameni et Hatem Ben Ismaïl : 
 
France Télévisions Midi-Pyrénées · Témoignage des organisateurs de la distribution de repas aux izards
 

Les repas sont pour les personnes qui le nécessitent, peu importe leur religion ou leur couleur de peau, tient à préciser Yamina.

En cuisine


Ce jour-là quatre mères de famille, toutes habitantes des Izards, et membre de l'association Izards attitude, se relaient en cuisine. Kaoutar est fière, c'est elle qui a pensé à cuisiner "des sortes de chocolatines fourrées aux fruits de mer", décrit-elle. A la base de chaque panier repas, une chorba (soupe). L'évènement se fait d'ailleurs appelé "la chorba des Izards". A tour de rôle et à la chaîne, les unes plient pendant que les autres enfournent. Il y en a toujours une en train de se laver les mains dans la salle de bain à l'extérieur de la cuisine, ou dehors pour prendre l'air. La seule qui sort très peu ce jour-là, c'est Fatima. Et à 17h, après avoir confectionné des mets toute la journée, la fatigue et la chaleur se font sentir d'un coup. Elle sort et s'installe sur une chaise devant le fast food. Sa tension commence alors à redescendre. A l'intérieur les allers-retours entre la cuisine et l'entrée sont incessants. Les grandes casseroles en aluminium qu'apportent les cuisinières sont ouvertes par d'autres, qui s'occupent de tout répartir en portions. Regardez la préparation des repas de cette journée : 
 
De 11h à 16h, elles s'activent en cuisine. A partir de 17h, la distribution des repas commence.

Et quand on leur demande pourquoi elles passent leur journée de jeûne à cuisiner pour les autres, leur surprise est unanime. "C'est normal!" s'exclament chacune d'entre elles. 
 
Par ordre d'apparition : la fondatrice de l'association Izards attitude Yamina Aissa-Abdi puis les bénévoles cuisinières Leila, Hayet, Kaoutar et Fatima expliquent leur geste.

Comment et pour qui ça fonctionne ? 


Les repas sont servis aux personnes dans le besoin. Pour cela, elles doivent appeler le 0620586776 avant 16h pour obtenir pour le soir-même, un ou plusieurs repas (s'il s'agit d'une famille). Toutes les demandes sont validées et inscrites sur un tableau. Ceux qui ont reservé doivent ensuite se rendre au snack le Pepper's, 42 chemin des Izards entre 17h et 19h30 en indiquant le prénom et /ou le nom qu'elles ont donné en téléphonant plus tôt dans la journée.
 "On a assez pour les chibanis?" demande Yamina à Hatem après la fin des réservations. Ce soir-là 15 repas seront distribués à ces travailleurs originaires du Maghreb venus en France pendant les Trente Glorieuses (entre 1945 et 1975). Une centaine de ces personnes âgés isolées réside dans le foyer Adoma, dans des chambres de 9 mètres carrés, d'après Halima, médiatrice sociale qui vient récupérer les dîners.
 

Ils sont tous seuls en France. Quand j'arrive ils sont plus de vingt à attendre les repas du ramadan devant la résidence. C'est très compliqué pour moi, psychologiquement et humainement, de devoir choisir à qui je donne, confie-t-elle.

La file d'attente commence à se former dès 17 heures. Certains sont venus plus tôt, ils attendront. Une grande partie sont des jeunes, étudiants. C'est le cas de Khalil, 24 ans, en licence de psychologie à l'université Jean-Jaurès. Originaire de Tunisie, il travaillait sans contrat en tant que serveur pour financer ses études. Depuis le confinement, il ne touche plus de revenu. Une bourse exceptionnelle lui a été accordée par le Crous. "300 euros pas mois. C'est super bien. Mais ça ne paie même pas mon loyer. Alors je viens ici tous les jours pour manger", détaille le locataire d'un appartement du quartier de Compans Caffarelli, à 5 kilomètre des Izards. 
 
Khalil reçoit le repas que lui tend Ameni.
Khalil reçoit le repas que lui tend Ameni. © FTV

D'autres sont des personnes sans domicile. Rachid, lui, dort dans sa voiture depuis deux ans. Il récupère à manger pour son ex femme, son fils et lui tous les jours depuis le début du ramadan. Ecoutez-le : 
 
Rachid explique sa situation.

Dons, repas


Tous les jours le snack reçoit des dons de matières premières ou de repas. Ce jour-là une personne apporte une quarantaine de bricks. Une autre fournit des pâtisseries orientales. Une boulangerie située dans le quartier de la Reynerie donne, elle, une vingtaine de baguettes par jour. Tous les dons sont les bienvenus. 

Regardez ce qui a été servi ce mardi 5 mai en plus de la chorba, des roulés au fruit de mer, du pain et des trois dates (la coutume veut qu'elles soient toujours consommées en nombre impair) : 
 

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Si l'aumône est l'un des cinq piliers de l'islam, Yamina précise : "quand tu fais du bien, tu dois oublier que tu le fais pour toi. C'est d'abord pour l'autre. C'est l'autre qui compte. Sinon, ça ne marche pas." Une bonne action, désintéressée donc.
 
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