Toulouse : l’équipementier aéronautique Latécoère compte supprimer 475 postes en France, soit un tiers des effectifs

Latécoère compte supprimer 475 postes en France, soit près d'un tiers de ses effectifs français, pour s'adapter à la crise provoquée par l'épidémie de Covid-19 et son impact sur le secteur de l'aéronautique, a annoncé vendredi l'équipementier aéronautique. Le siège social est basé à Toulouse.

Latécoère compte supprimer 475 postes en France, soit près d'un tiers de ses effectifs français, pour s'adapter à la crise provoquée par l'épidémie de Covid-19.
Latécoère compte supprimer 475 postes en France, soit près d'un tiers de ses effectifs français, pour s'adapter à la crise provoquée par l'épidémie de Covid-19. © D.ROSSANO/MaxPPP
Les salariés viennent d’apprendre la nouvelle, ce vendredi 25 septembre. L’équipementier aéronautique Latécoère annonce un vaste plan de suppressions de postes qui concerne les deux filières de l’entreprise : les câblages et les structures de type porte. Un peu plus tôt dans la matinée, le groupe avait demandé la suspension de la cotation de son titre en bourse, dans l’attente de la communication de ce plan.

Dans un communiqué de presse, le groupe parle d’un "projet stratégique de transformation et d’organisation de l’entreprise en France (…) qui doit permettre d’assurer l’avenir de Latécoère dans un contexte de crise profonde." Le projet, approuvé lors du conseil d’administration, prévoit la suppression de 475 postes sur les 1504 que compte le groupe en France au 31 juillet 2020.

Un tiers des postes supprimés en France

 Cette annonce est justifiée par la crise sanitaire qui touche particulièrement le secteur de l’aéronautique. "La baisse de cadence de 40 % de nos principaux clients a entraîné une baisse équivalente de 40 % de l'activité du Groupe. Cette situation devrait se poursuivre l'année prochaine, le retour aux niveaux pré-Covid-19 n’étant pas prévu avant 2025."

Nous savons que nous prenons aujourd’hui des décisions fortes. Elles sont nécessaires.

Philip Swash, Directeur Général de Latécoère

Latécoère avait déjà supprimé de nombreux emplois hors de France et justifie cette décision par le souhait de "préserver l’empreinte industrielle du groupe en France." Philip Swash affirme que "ce plan de transformation, c’est pour que Latécoère vive."

Les négociations devraient débuter dès la fin du mois de septembre 2020 pour se poursuivre jusqu’au début de l’année 2021.

60 millions de prêts garantis par l’Etat pendant le confinement

Pourtant, le 22 avril 2020, l’équipementier aéronautique obtient 60 millions d’euros de prêts garantis par l’Etat auprès d’un consortium de banques. Une bouffée d’oxygène pour le groupe Latécoère, qui expliquait alors que "ces prêts renforcent la liquidité immédiate du groupe et lui permettront de redémarrer efficacement sa production, une fois les mesures de confinement levées." Ces aides n’auront visiblement pas suffit, puisque Latécoère vient d’annoncer la suppression d’un tiers des emplois du groupe en France.

Quel impact pour Toulouse et la région ?

Même si on ne connait pas encore la répartition des suppressions de poste entre les neufs sites français du groupe, le site historique de Toulouse devrait être particulièrement impacté, le siège social de Latécoère étant basé dans la ville rose. Dans le projet présenté aux partenaires sociaux est également prévue la cessation de l'activité du site de production spécialisé dans les câblages situé à Labège, c'est-à-dire l'atelier. Une centaine de personnes y travaillent. "On découvre l'information au même titre que vous, déplore Laurent Chérubin, maire de Labège, qui va prendre contact avec la direction de Latécoère pour connaître les contours exacts de ces annonces. Ce n'est bien évidemment pas une bonne nouvelle et on va regarder l’impact à l’échelle de notre territoire et surtout accompagner les salariés qui pourraient être impactés." Nadia Pellefigue, vice-présidente de la région Occitanie en charge du développement économique, se dit inquiète suite à l'annonce de 475 suppressions de postes. "L'Occitanie ne va pas y échapper. Des discussions vont s'engager et la région aura une vigilance forte pour que toutes les solutions soient mises en œuvre afin de maintenir l’emploi." Un travail a déjà effectué avec la direction du groupe et les services de l'Etat.

Le travail que nous avons engagé a permis de sauver 150 postes et d’éviter la fermeture d’un site sur le territoire occitan après un bras de fer. Latécoère a pris des engagements sur le fait d’appuyer le site et d’augmenter sa charge.

Nadia Pellefigue, vice présidente de la région Occitanie en charge du développement économique

Entre Latécoère et Toulouse, l’histoire dure depuis plus d’un siècle. Dès 1917, Pierre-Georges Latécoère, l’un des pionniers de l’Aéropostale, fait décoller des biplans puis des hydravions. Aujourd’hui, le groupe a conservé son siège social dans la ville rose. Ce groupe international, partenaire de "rang 1" des plus grands avionneurs mondiaux comme Airbus, Boeing ou encore Bombardier, emploie près de 5200 personnes dans 13 pays différents et produit des tronçons de fuselage, des portes et des câblages pour l’aviation.

"Un PSE de cette envergure là, c'est criminel"

"On a reçu cette annonce comme un choc, ça fait froid dans le dos" explique Florent Coste, secrétaire du syndicat CGT Latécoère. Sa première interrogation est sans équivoque. "Comment on va survivre à un truc pareil ?" Selon lui, parmi les 475 suppressions de postes annoncées par la direction de l’entreprise, 345 devraient avoir lieu à Toulouse et dans la métropole, berceau de l’équipementier aéronautique, "soit presque un salarié sur deux employé ici" se désole le syndicaliste. Il en est certain, des métiers vont disparaitre. 

Latécoère a un pied dans la tombe. Un Plan de Sauvegarde de l'Emploi (PSE) de cet envergure là, c’est criminel.

Florent Coste, secrétaire du syndicat CGT Latécoère

La crise de la Covid-19 ne serait pas, selon Florent Coste, la raison principale de ce plan de suppressions de postes. "Les difficultés de Latécoère depuis 20 ans sont dues aux pressions tarifaires invraisemblables imposées par leurs clients. Il poursuit. C’est Airbus qui est responsable de la situation, c’est pas le Covid."

Pertes de 94 millions au premier semestre 2020

Il y a une dizaine de jours, le groupe Latécoère a publié ses chiffres pour le premier semestre 2020. Les pertes s’élèvent à 94 millions d’euros pour cette période, contre 5,9 millions au premier semestre 2019. En cause, la crise de la Covid-19 qui "a conduit un certain nombre de nos principaux clients à réduire la production d’avions" expliquait Philip Swash, Directeur Général du Groupe.

L’annonce de ce plan de suppressions d'emplois intervient dans un contexte de crise pour toute la filière aéronautique, particulièrement implantée en Occitanie. Airbus annonce début juillet  3500 suppressions de postes à Toulouse dans un plan social global prévoyant 15 000 suppressions de poste.

Le sous-traitant Derichebourg indique début mai que les salariés doivent signer un APC (Accord de Performance Collective) qui prévoit la perte d’indemnités. 160 salariés seront licenciés. Dans le Lot, le sous-traitant Figeac Aéro a annoncé la suppression d’un tiers des 900 salariés. En face, le gouvernement décrète l’état d’urgence pour sauver l’industrie aéronautique et annonce un plan de soutien de 15 milliards d’euros pour sauver 100 000 emplois.

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