Un Toulousain écope de 100 euros d'amende pour avoir donné 70 centimes à une mendiante en gare Matabiau

Gare Matabiau à Toulouse / © F. Charmeux / MaxPPP
Gare Matabiau à Toulouse / © F. Charmeux / MaxPPP

INFO FRANCE 3 - Un Toulousain a été verbalisé jeudi par la police ferroviaire pour « sollicitation de toute nature » alors qu’il venait de donner quelques pièces à une mendiante. Après la parution de cet article, la SNCF a décidé d'annuler l'amende. 

Par Fabrice Valery

Jérémy* n’en revient toujours pas. Mercredi 20 novembre, alors qu’il traversait le hall de la gare SNCF Matabiau à Toulouse, il a écopé d'une contravention de 100 euros pour une infraction pour le moins étonnante : avoir donné quelques pièces à un mendiant.

Un habitué de la gare

Il était un peu plus de 17 heures lorsque Jérémy traverse, comme chaque jour, la gare sortant de la station de métro pour rejoindre son domicile après une journée de travail. Il s'arrête à un distributeur de billets. C'est là qu'une femme l'aborde, lui réclamant l'aumône. 

"Je lui ai dit que je n'avais pas d'argent à lui donner, explique Jérémy. J'étais d'ailleurs en train de retirer de l'argent. Elle a insisté, avec quelques mots de français, me demandant de lui acheter à manger. Comm j n'avais pas le temps je me suis donc décidé à voir s'il me restait quelques pièces dans mon portefeuille". 

C'est au moment où il allait donner cette petite monnaie (70 centimes d'euros au total) que surgit une équipe de la police ferroviaire. 

"Sollicitation de toute nature"

L'un des policiers s'adresse alors directement à Jérémy, lui indiquant que la mendicité dans les lieux publics est interdite. 

Je lui ai répondu que la femme ne m'avait pas directement demandé de l'argent. Il m'a répondu que si je lui donnai les pièces que j'avais encore dans la main, j'étais passible d'une contravention. C'était tellement stupéfiant que j'ai cru que ce n'était pas sérieux et que j'ai lâché mes 70 centimes dans la main de la femme (Jérémy)

Mais la plaisanterie n'en est pas une. Le policier sort alors son carnet à souche et verbalise le jeune homme. La contravention, que nous avons pu consulter, porte la mention : 

Sollicitation de toute nature

C'est un peu comme si le donateur était à l'origine de la demande. Après le départ des policiers, Jérémy découvre que le forfait amende de 50 euros annoncé par le policier a été doublé. 

"Parole contre parole"

Sollicitée par nos soins, la SNCF a confirmé la véracité de la verbalisation et l'amende de 100 euros. Cependant, le responsable communication de la SNCF à Toulouse n'était pas en mesure d'expliquer la raison et le fondement juridique de la contravention : 

Sollicitation de toute nature, cela veut dire que vous n'avez pas le droit, dans un lieu public comme une gare, de solliciter les personnes présentes, même pour un sondage par exemple, sans autorisation. De plus, la mendicité est interdite dans les lieux publics. Si cette contravention a été dressée c'est qu'il y avait une bonne raison de le faire. De toute façon entre la personne verbalisée et le policier, ce sera parole contre parole. (communication SNCF)

Il va contester la contravention

Jérémy, lui, a son explication : "Je pense qu'il s'agit d'un abus d'autorité. Je n'avais pas encore donné les pièces quand la brigade ferroviaire est intervenue. Le policier m'a demandé de ne pas le faire et j'ai refusé de lui obéir. Il s'est vengé en me verbalisant"

Le jeune homme ne compte pas en rester là. Il va user des voies de recours, à commencer par la possibilité de contester l'infraction en adressant un courrier à la SNCF. 

Il est hors de question que je paye 100 euros d'amende pour avoir donné 70 centimes à une mendiante. C'est inadmissible. 

Il s'avoue choqué par cette verbalisation, lui qui fréquente le hall de la gare Matabiau tous les jours et utilise régulièrement le train pour ses déplacements.

MISE A JOUR : 
A la suite de la parution sur notre site de cette information exclusive, largement reprise par la presse locale et nationale et fortement partagée sur les réseaux sociaux, la direction régionale de la SNCF de Toulouse a indiqué que l'amende allait être annulée et reconnaît "une maladresse" de la part de l'équipe de la police ferroviaire. Jérémy sera donc contacté par la SNCF pour lui présenter ses excuses. 

*le prénom a été changé à sa demande.

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