Toulouse : Michel Sarran annonce la fermeture de son restaurant à cause du couvre-feu

Le restaurateur Michel Sarran annonce qu'il ferme son restaurant à partir du 26 octobre et "jusqu'à nouvel ordre". En cause, la crise sanitaire et les restrictions de circulation à Toulouse.

Le chef Michel Sarran fait le choix difficile de fermer temporairement son restaurant à partir du 26 octobre.
Le chef Michel Sarran fait le choix difficile de fermer temporairement son restaurant à partir du 26 octobre. © Xavier de Fenoyl/Maxppp
Michel Sarran ferme son restaurant classé deux étoiles au Michelin lundi 26 octobre. Il l'a annoncé ce mercredi via le site web de son restaurant situé boulevard Armand-Duportal à Toulouse. Le restaurateur a accepté d'expliquer les raisons d'une décision qu'il ne prend pas "de gaieté de coeur".

Est-ce le couvre-feu qui motive votre décision de fermer votre restaurant ?


Oui, ça m'impose de fermer le soir. Les clients doivent être partis à 20h45. Ce n'est pas possible. On a essayé de sonder les clients sur le fait qu'ils puissent arriver à 19h avec une formule unique, mais ça ne marche pas. Economiquement, être ouvert nous fait perdre de l'argent.

J'ai eu du mal à prendre cette décision. C'est dur. On va fermer jusqu'à nouvel ordre car tout va dépendre des mesures qui seront prises. Mais je crains qu'elles ne se durcissent.

Comment ça se passe pour les employés, les clients ?


Je suis à Paris. Je réunis les employés du restaurant demain pour leur expliquer. C'est compliqué pour eux, pour moi, pour le secteur... Et on a du mal à comprendre parce que le président de la République affirme que le chômage partiel est pris en charge à 100% or ce n'est pas vrai. Les salariés perdent de l'argent, moi aussi.

Pour ce qui est des clients, ils nous soutiennent. Il y a quelques personnes qui ne comprennent pas mais il faut qu'ils demandent des explications au président. Je ne prends pas cette décision de gaieté de coeur. C'est beaucoup d'argent, j'ai investi énormément à tous niveaux. C'est ma vie !... ça fait 25 ans que j'ai ouvert ce restaurant.

Vous pensez que ce couvre-feu est une mauvaise décision ?

L'épidémie est là. Il faut prendre des mesures. Mais je ne suis pas d'accord avec la stigmatisation dont on fait l'objet. Je me sens bien moins en sécurité quand je prends un bus que dans mon restaurant où nous appliquons les mesures de distanciation et toutes les règles sanitaires.

Dire aux Français : "Partez en vacances !". J'ai du mal à comprendre. On paie les excès des vacances de cet été. Là, c'est tout un secteur qui avait un genou à terre et qui est sacrifié. Moi j'ai la chance d'avoir un peu de sérénité après 25 ans. Mais pour certains, c'est la mort avant d'avoir commencé. Je parle de prêts... les jeunes surtout partent avec un double handicap. C'est très compliqué.

Faut-il revenir en arrière selon vous ?

Face à cette crise sanitaire, il faut faire quelque chose, d'accord. Soit il faut confiner tout le monde, mais fermer juste les restaurants et les bars le soir à partir de 21h, ça me laisse perplexe. S'ils maintiennent ces dispositions, il va falloir nous aider. Et vite.

Je parle de la prise en charge des congés payés sur le chômage partiel, du chômage partiel lui-même qui n'est indemnisé qu'à 84% et ne prend pas en compte les heures supplémentaires. On aimerait aussi qu'ils mettent la pression sur les assurances qui ne montrent aucune solidarité. On est obligé de les assigner au tribunal pour percevoir l'argent des garanties qu'on a souscrit.

On fait le choix de maintenir l'économie sauf dans notre secteur, c'est une chose. On nous oblige à fermer. Alors, au moins qu'on ne perde pas d'argent, au moins qu'on soit à zéro perte.


 
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