Toulouse : première mondiale au CHU, l'extraction d'une tumeur cancéreuse allie radiologie et chirurgie robot assistée

Le CHU de Toulouse en Haute-Garonne annonce avoir réalisé la première ablation robot assistée d’une tumeur cancéreuse, sur un rein greffé et avec contrôle endovasculaire de l’artère. Cette nouvelle technique vise à réduire le risque de dialyse après l’intervention. Une première mondiale.

Intervention à distance grâce à un robot, à l'hôpital de Rangueil - archives.
Intervention à distance grâce à un robot, à l'hôpital de Rangueil - archives. © CHU TOULOUSE / AFP

C’est au CHU de Toulouse que quatre médecins ont imaginé cette nouvelle technique : une néphrectomie partielle robot assistée, avec contrôle endovasculaire de l’artère rénale. Ce processus consiste à provoquer la mort temporaire des tissus de l’artère qui vascularisent la zone tumorale à extraire, et de leur redonner vie une fois l’exérèse terminée. Il est rendu possible par le placement de ballons occlusifs dans les artères entourant la tumeur cancéreuse. Une intervention unique au monde.

Les chirurgiens urologues, Dr Nicolas Doumerc et Dr Florian Laclergerie, et les radiologues interventionnels, Dr Marie-Charlotte Delchier-Bellec et Dr Séverine Lagarde, de l'hôpital de Rangueuil, associent leurs compétences pour permettre aux patients, atteints de tumeur rénale et n’ayant qu'un rein fonctionnel, de limiter les risques de perte définitive de l’organe ou de dialyse post-opératoire.

Cette nouvelle approche a fait l’objet d’une publication dans la revue scientifique l’American Journal of Transplantation. Depuis, cinq patients ont pu bénéficier de cette innovation.

Une première intervention en 2018 sur un cas rare

La première intervention a été effectuée en 2018. « On était face à un patient qui avait un cancer sur un rein transplanté, un rein greffé. Ce qui est assez rare. Mais qui pose quelques problèmes de prise en charge », expose le Dr Nicolas Doumerc. La technique habituelle est d’interrompre la circulation du sang dans l’artère rénale (en posant un clamp), le temps de retirer la tumeur. Une fois terminé, l’artère peut être déclampée et le rein se revascularise progressivement. Mais cette opération est risquée et peut entraîner une dialyse post-opératoire, lorsque le patient n’a qu’un rein fonctionnel.

Néphrectomie partielle robot-assistée réalisée au CHU de Toulouse par les docteurs Nicolas Doumerc et Florian Laclergerie.
Néphrectomie partielle robot-assistée réalisée au CHU de Toulouse par les docteurs Nicolas Doumerc et Florian Laclergerie. © CHU Toulouse

« Dans les cas de patients greffés, des patients qui ont donc déjà été opérés, l’abord du rein est très délicat, très à risque de complications. Moins on va disséquer les vaisseaux de l’organe, mieux c’est pour le patient car on diminue le risque de lui enlever son rein unique », rapporte le Dr Nicolas Doumerc, chirurgien urologue à l’origine de la nouvelle technique.

Placement de « petits ballons » dans les vaisseaux

La technique du contrôle endovasculaire par ballons occlusifs consiste à positionner des « petits ballons » dans les vaisseaux rénaux autour de la tumeur qui, une fois gonflés, bloquent la vascularisation de la zone tumorale. Une fois la tumeur extraite, les ballons sont dégonflés : le sang peut recirculer normalement. La zone non-vascularisée est donc limitée et permet un meilleur fonctionnement post-opératoire du rein.

« Le succès de l’intervention ouvre le champ des possibles pour les patients porteurs d’une tumeur cancéreuse sur rein unique. Depuis, cinq patients ont pu bénéficier de ce nouveau procédé », affirme le Dr Nicolas Doumerc.

Une opération qui mêle radiologie interventionnelle et chirurgie robotique

Cette nouvelle technique opératoire se déroule en deux temps. D’abord, ce sont les radiologues qui placent les « ballons » dans l’artère et les vaisseaux rénaux sans les gonfler, sous une simple anesthésie locale. Puis, le patient est transporté dans une salle de chirurgie. Sous anesthésie générale, les ballons sont gonflées : la zone tumorale n’est plus irriguée temporairement.

Les chirurgiens urologues viennent disséquer, à l’aide d’un robot, la tumeur à extraire. « On a gagné en sécurité sur le risque de perdre le rein, et on a limité la zone qui n’était plus vascularisée, et on l’a limité à la zone tumorale. Tout le reste du rein a continué à fonctionner. Une fois la chirurgie réalisée, on a dégonflé le petit ballon et on a remis en circulation la totalité du rein », explique le Dr Doumerc.

L’intervention dure une heure et demie, à peine. Les radiologues utilisent cette technique dans d’autres interventions : c’est un geste simple pour eux. Pour nous, chirurgiens, couper une tumeur par voie robotique, on sait très bien faire. Donc, c’est l’association des deux compétences qui fait que ce n’est pas compliqué.

Dr Nicolas Doumerc, chirurgien urologue à l'hôpital de Rangueil

Une première mondiale porteuse d'espoir

Selon un communiqué du CHU de Toulouse, cette « collaboration entre imagerie interventionnelle et chirurgie robotique augure de belles perspectives de développement comme la réalisation de ces interventions combinées dans des salles hybrides ». Le développement de ces salles hydriques permettrait de faire intervenir plusieurs spécialités médicales sur une même intervention. « Arriver à panacher des compétences dans des domaines différents pour un même patient, c’est l’avenir », s’exclame le Dr Doumerc.
Selon lui, la nouvelle technique de contrôle endovasculaire serait utile « à toutes chirurgies à fort risque de saignement ».

Malheureusement, pour l’instant, démocratiser ces procédés posent des problèmes organisationnels. On ne peut pas le proposer à un très grand nombre de patients.

Pour l'heure, la technique de néphrectomie partielle robot assistée avec contrôle endovasculaire de l’artère rénale, imaginée pour des patients n'ayant qu'un rein greffé, a été étendue à des malades non-greffés. Trois patients qui ne possèdent qu'un seul rein fonctionnel ont donc pu en bénéficier, avec succès.

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