A Toulouse, le spectre des licenciements continue à planer sur les salariés d'Airbus

"Zéro départs contraints chez Airbus" : la ligne du gouvernement français et celle des syndicats de l'avionneur européen, notamment Force Ouvrière, est claire. Mais selon les informations de France 3 Occitanie, le spectre des licenciements est loin d'être écarté.

Le 8 juillet, plus de 7000 salariés d'Airbus ont manifesté près des pistes de l'aéroport de Toulouse-Blagnac pour dire "non" au plan de licenciement de leur direction.
Le 8 juillet, plus de 7000 salariés d'Airbus ont manifesté près des pistes de l'aéroport de Toulouse-Blagnac pour dire "non" au plan de licenciement de leur direction. © MaxPPP
"Il n’y aura aucun licenciement !" Depuis le début de l’annonce du plan social au sein d’Airbus et la suppression de 3500 postes rien qu’à Toulouse, les représentants de Force Ouvrière répètent cette phrase à l’envie, comme un mantra.  

Le syndicat majoritaire de l’entreprise actionne tous les leviers possibles afin d’éviter le moindre départ contraint. Depuis le 15 juillet et jusqu’au 30 octobre, une phase de volontariat anticipé a été ouverte pour les redéploiements internes et externes. La période se prolongera jusqu’au 31 décembre. "Cela commence à bouger de ce côté" certifie Jean-François Knepper,délégué syndical central FO Airbus.
Jean-François Knepper, délégué syndical central de Force Ouvrière Airbus.
Jean-François Knepper, délégué syndical central de Force Ouvrière Airbus. © MaxPPP

Une centaine de candidats au départ volontaire

"Une centaine" d’employés de l’avionneur auraient déjà signifié leur souhait de partir. "C’est peu mais c’est un début, veut croire le syndicaliste. Tout va compter au final. Il faut laisser le temps aux salariés de mûrir leur réflexion afin de prendre leur décision".

L’indemnité de départ "qui ne pourra pas être inférieure à 5 mois de salaires" pour ceux voulant créer leur propre entreprise et les deux mois de traitement comme prime incitative sont pourtant loin d’emballer les employés de l’avionneur. "Il reste des dispositions à rajouter sur l’accord majoritaire assure François Knepper. Nous sommes dans un contexte de négociation. Des dispositifs législatifs ne sont pas encore totalement bordés. Nous n’avons pas fini le travail mais c’est un bon début." Le représentant syndical compte aussi sur le dispositif de départ en "pré-retraite" (départ volontaire à la retraite "aidée" et cessation d’activité anticipée – DCAA). "Cela peut être une solution. 1700 salariés pourraient partir dans des conditions acceptables." Une façon de conserver également les plus jeunes embauchés dont le niveau de formation et la compétence sont essentiels pour répondre aux évolutions futures du champion industriel européen.

Le chômage partiel, LA solution ?

Une nouvelle option est désormais sur la table : la mise en place au sein d’Airbus de l’Activité Partielle de Longue Durée (APLD). La négociation avec la direction d’Airbus a débuté le jeudi 30 juillet. Pour Force ouvrière, la généralisation de l’APLD à tous les secteurs de l’entreprise est la solution : "Nous mettons la pression dès le début sur ce point car nous voulons faire entendre raison à nos dirigeants. Cette activité partielle de longue durée peut à elle seule faire passer ce plan social sans qu’il y ait de licenciements. L’APLD va nous permettre de passer le temps de cette crise" le délégué central du syndicat en est persuadé.

Le sentiment est pourtant loin d’être partagé par tous les salariés du groupe. Sous le sceau de la confidence, beaucoup sont convaincus qu’Airbus n’échappera pas aux départs contraints. Une opinion d’autant plus forte que, malgré les démentis de syndicalistes, quelques chefs de service ont commencé à établir des listes de départs.

Les salariés licenciés en fonction de leur "score" 

Selon nos informations, des critères ont été définis afin d’identifier les salariés dont le licenciement n’aura pas pu être évité. Ils sont au nombre de quatre : l’ancienneté (de 0 à 10 ans, de 10 à 20, de 20 à 30 et au-delà de 30), les qualités professionnelles (compétences techniques, professionnalisme, comportement), la situation familiale (enfants à charges, parent isolé ou handicap) et les éventuelles difficultés de réinsertion (moins de 40 ans, de 40 à 50 ans, plus de 50 ans). A chacun de ces éléments est attribué un nombre de points, variant de 1 à 5. Les salariés calculent leur "score" en fonction de leur situation. Plus un salarié a de points, plus il a de chance de conserver son poste. Moins il cumule de points, plus il a de chance de "faire partie de la charrette". Des critères loin d’être totalement objectifs. Celui concernant le "comportement" peut laisser craindre une sélection "à la tête du client".

François Knepper, lui, ne doute pas. Selon lui, cette méthode est "une obligation légale" imposée à la direction d’Airbus mais il avoue "ressentir" cette défiance et cette inquiétude de ses collègues : "Les dirigeants font ce qu’il faut pour mettre la pression."

La responsabilité de la direction d'Airbus

Pour le représentant syndical, la direction d’Airbus tente d’obtenir un maximum de "financements et de dégrèvement de charges sociales" mais elle doit faire "preuve de responsabilité" comme son syndicat l’a démontré depuis le début de cette crise. "Nous avons prouvé que nous étions un syndicat raisonnable. Grâce à nos propositions, Airbus est reparti sur de bons rails. L’entreprise ne pioche plus dans sa trésorerie. Dans ces conditions, licencier serait une erreur. La moyenne d’âge chez Airbus se situe aux alentours de 30 ans (40 ans en réalité selon nos informations). Les faire partir ce serait vendre nos bijoux de famille."

Airbus joue son image à l’international mais aussi son avenir. En plein milieu des vacances d’été, l’incertitude règne sur la question des licenciements. Rien n'est réglé. Mais comme le dit François Knepper "c’est à la fin du bal que l’on paie le musicien."
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