Sous pression de l'extrême-droite, le maire de Toulouse "réoriente" une lecture pour enfants animée par des drag-queens

Publié le Mis à jour le
Écrit par Sylvain Duchampt .

L'extrême-droite dénonce une lecture pour enfants dans une médiathèque de Toulouse (Haute-Garonne) par deux drag-queens. L'événement prônant le respect d'autrui provoque une vague de haine. Jean-Luc Moudenc modifie l'atelier "dans un souci d'apaisement".

Le dossier était sur le bureau de Jean-Luc Moudenc qui s'y penchait attentivement. La mairie de Toulouse ne prenait pas l'affaire à la légère et a décidé de trancher.

L'ancien membre de Les Républicains, "dans un souci d'apaisement", annonce, mardi 24 janvier, avoir "réorienté" l'atelier de lecture à la Médiathèque Cabanis destiné aux 3-6 ans, le samedi 18 février, animé par deux artistes drag-queens afin de "n'accueillir qu'un public majeur".

Pétition par des anciens de Génération identitaire

La pression sur ce sujet devenait de plus en plus pesante. Dans le viseur, dès le début du mois de décembre, de la Manif pour Tous sur les réseaux sociaux, l'organisation de cet atelier ne cesse de provoquer une réaction de plus en plus vive au sein de l'extrême-droite.

La publication d'une pétition "contre les lectures drag à l'intention des jeunes enfantslancée par Furie Française, groupuscule né des cendres toulousaines de Génération identitaire, a accéléré la mobilisation. La pétition, désormais supprimée, comptait, lundi 23 janvier 2023, près de 5000 signatures, entraînant dans son sillage une vague de réactions indignées et d'insultes particulièrement violentes sur les réseaux sociaux : "ignominie", "pédophiles gauchistes", "erreurs de la nature", "dépravation". 

Le "mais en même temps" de la mairie de Toulouse

"Ce choix de programmation - qui n'a donné lieu à aucun visa ou aval de la part des élus - peut déstabiliser une partie du public. Ce n’est évidemment pas la volonté de la Collectivité" explique la mairie de Toulouse qui compte parmi ses adjoints, Jean-Baptiste De Scorraille, figure toulousaine de la Manif pour tous en 2014 et représentant de la frange la plus conservatrice de la majorité municipale.

Mais en même temps, la municipalité tient à préciser : "qu'elle condamne fermement toute forme d'extrémisme, de menace ou d'expression discriminatoire envers Shanna Banana et Brandy Snap, qui interviennent dans l'atelier en cause. Jean-Luc Moudenc, Maire de Toulouse et Président de Toulouse Métropole, demandera par ailleurs à Gérald Darmanin, ministre de l'Intérieur, la dissolution du mouvement "Furie Française", à l'origine des menaces et du trouble à l'ordre public."

Contactée, Shanna Banana, l'une des deux drag-queens participant à cet événement organisé en partenariat avec l'Espace Diversités Laïcité n'a pas répondu à notre sollicitation. 

Des histoires sur le respect d'autrui et des différences

Dans la Dépêche du Midi, l'artiste transformiste, explique que ces lectures permettent "d'aborder des histoires qui prônent la bienveillance, le respect d'autrui et des différences" à travers différents thèmes comme la monoparentalité ou l'autisme. L'objectif n'est pas "de faire la promotion de son orientation sexuelle ou de sa manière de vivre."

La situation toulousaine n'est pas isolée. Comme le rapporte nos confrères de France 3 Bretagne, une lecture de contes à des enfants par une compagnie de théâtre, menée par un collectif de drag queens, provoque actuellement de vives réactions du côté du mouvement catholique et de l'opposition municipale de droite de Lamballe-Armor.

Multiplication des mobilisations anti-drag à travers toute la France

En décembre dernier, à Bordeaux, un spectacle pour enfants avec une drag-queen avait déjà été pris pour cible par l’extrême droite et l’animateur Cyril Hanouna. La municipalité bordelaise avait tenu à apporter son soutien à l’événement. 

Dimitri Boutleux, adjoint au maire de Bordeaux chargé de la culture, avait déclaré au quotidien Le Monde : "La culture, l’émancipation citoyenne permettent de garder notre démocratie en bonne santé, et je ne supporte pas ces attaques qui ne sont certainement pas fondées, mais ont juste l’ambition de faire du buzz."

Tous les jours, recevez l’actualité de votre région par newsletter.
France Télévisions utilise votre adresse e-mail pour vous envoyer la newsletter de votre région. Vous pouvez vous désabonner à tout moment via le lien en bas de ces newsletters. Notre politique de confidentialité