Une vie passée à combattre l'oubli des crimes nazis : la destinée des époux Klarsfeld à l'honneur à Toulouse

Les époux Klarsfeld seront à Toulouse, les 21 et 22 octobre 2021, pour inaugurer leur exposition ""Beate et Serge Klarsfeld, les combats de la mémoire", créée par le Mémorial de la Shoah et présentée pour la première fois en Haute-Garonne au Musée départemental de la Résistance et de la déportation.

C'est le combat de toute une vie. Celle de Beate et Serge Klarsfeld, femme et mari, qui ont uni leurs forces pour traquer les anciens responsables nazis dans le monde entier, combattre l'antisémitisme, entretenir la mémoire des victimes de l'Holocauste. 

Serge Klarsfeld a huit ans quand les SS viennent arrêter la famille, juive d'origine roumaine et réfugiée à Nice. Le père, Arno, parvient à cacher sa femme et ses deux enfants dans une armoire à double fond. Interpellé puis transféré au camp de Drançy, il est déporté dans le camp de la mort d'Auschwitz-Birkenau, où il meurt à l'été 1944. Une disparition qui va bien sûr hanter Serge Klarsfeld.

Une gifle, un acte fondateur

C'est en 1968 que le combat du couple contre l'oubli commence. En Allemagne, Kurt Georg Kiesinger, membre de l'Union chrétienne démocrate (CDU), est élu chancelier. Durant la seconde guerre mondiale, il a été directeur adjoint au sein de la propagande radiophonique du Reich vers l'étranger. 
Le 2 avril, en plein Parlement à Bonn, Beate Klarsfeld interrompt son discours pour crier «Kiesinger nazi, démissionne». Elle le giflera en public quelques mois plus tard, ce qui lui vaudra quelques mois de prison.

La poignante plaidoirie de Serge Klarsfeld au procès Barbie

Inlassablement, le couple va traquer les dignitaires nazis dans le monde entier. Kurt Lischka. Ernst Heinrichson. Herbert Hagen. Tous trois organisateurs de rafles de Juifs en France, et qui seront condamnés en 1980, à des peines allant de six à douze ans de détention. 
Puis il y aura Aloïs Brunner, René Bousquet, Jean Leguay. Klaus Barbie. Un combat sans fin.

Au procès de Klaus Barbie, à Lyon, en 1986, Serge Klarsfeld, avocat de parties civiles, fera, de par sa plaidoirie tout en retenue, entrer les noms et les visages d'enfants juifs raflés en France et assassinés par les nazis, devant une assistance pétrifiée.

Parallèlement, la vie de Serge et Beate Klarsfeld consiste à dénoncer sans cesse l'antisémitisme et à défendre Israël ainsi que les processus de paix avec les pays arabes.

En 2017, une exposition revient sur ce parcours exceptionnel, au Mémorial de la Shoah, à Paris, sous le titre "Les Combats de la mémoire (1968-1978)". Un lieu hautement symbolique pour ceux qui n'ont jamais cessé de porter la voix des victimes de la déportation.

C'est cette exposition qui va être présentée pour la première fois en Haute-Garonne, au Musée départemental de la Résistance et de la déportation à Toulouse. Et Beate et Serge Klarsfeld seront présents, jeudi 21 et vendredi 22 octobre 2021, pour son inauguration. 

"L'exposition", explique le Conseil départemental de Haute-Garonne, "réunit des panneaux retraçant les grandes étapes de la vie du couple Klarsfeld, des photographies d’archives ou encore des objets originaux (portraits personnels et familiaux, objets d’enquête, pièces de dossiers et de procès, lunettes et habits iconiques…)".

L'exposition mettra aussi en lumière les victimes des persécutions antisémites en Haute-Garonne, les mécanismes de répression qui organisèrent la Shoah, mais aussi ceux qui luttèrent contre le nazisme et la collaboration de Vichy.

Dans le département de la Haute-Garonne, 168 enfants juifs ont été déportés.

Les Klarsfeld présents aussi au camp de Noé

Jeudi 21 octobre, jour de l'inauguration, une conférence-débat sur le thème de "Beate et Serge Klarsfeld, l’engagement de toute une vie", se tiendra à 20 heures, au Pavillon République de l’Hôtel du Département, en présence de Serge et Beate Klarsfeld, de Maurice Lugassy, coordinateur régional du Mémorial de la Shoah et d’Olivier Lalieu, commissaire de l’exposition, historien, responsable de l’aménagement des lieux de mémoire et des projets externes du Mémorial de la Shoah. 

Le lendemain, vendredi 22 octobre à 10h30, toujours en présence des époux Klarsfeld, se déroulera la cérémonie d'inauguration du mémorial de Noé (Haute-Garonne), un camp-hôpital et surtout un camp-vitrine créé en 1941 pour apaiser les critiques des observateurs étrangers et qui accueillera, tour à tour, des réfugiés. espagnols, des Juifs victimes de la politique antisémite de Vichy. 
Il est libéré le 19 août 1944 par des maquisards. 

L'exposition consacrée aux combats de Beate et Serge Klarsfeld au Musée de la Résistance et de la déportation sera, quant à elle, visible jusqu'au 8 mai 2022. Une contribution au devoir de mémoire et à la pédagogie qui l'accompagne, "à l’heure où notre République est fragilisée par la montée des communautarismes, le repli identitaire, l'intolérance et la xénophobie", a précisé le président du Conseil départemental de Haute-Garonne, Georges Méric.

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
histoire culture seconde guerre mondiale justice société