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Le youtubeur Clément Charron, une voix pour les malades mentaux

Comédien, Clément Charron se glisse dans la peau d'un témoin malade dans chacune de ses vidéos. / © Justine Saint-Sevin / France 3
Comédien, Clément Charron se glisse dans la peau d'un témoin malade dans chacune de ses vidéos. / © Justine Saint-Sevin / France 3

Depuis mars 2016, le youtubeur et infirmier toulousain Clément Charron incarne dans ses vidéos le témoignage de victimes de maladies mentales ou d’événements traumatisants. L’objectif est simple : encourager le dialogue et faire tomber les préjugés autour de la psychiatrie.

Par Justine Saint-Sevin

Un souffle rauque. Ces mots posés du bout des lèvres. "Aujourd'hui Oscar était là. Presque un jour sur deux, c’est comme ça. Il est là. Il prend le contrôle". Ces mots portés par la voix de Clément Charron sont parfois accompagnés de bruitages et de quelques effets visuels. Ils marquent, choquent, interpellent, libèrent, c’est selon. Ces mots ne sont pas les siens. Le youtubeur de 24 ans n’est qu'un porte-parole. Son but : démystifier les maladies mentales et faire tomber le tabou qui les entoure.
 


Des mots contre les maux

 
C’est entre les quatre murs d’une ancienne ferme aux pierres apparentes, nichée dans le coeur du Gers, que le natif de la région "sculpte la merde du monde" comme il nous le confie sur un ton volontairement provocateur. "La merde ce ne sont évidemment pas les gens qui témoignent, poursuit-il plus sérieux. Mais ce qu’ils endurent, ce qu’ils vivent et ce que la société fait qu’ils endurent. Un rejet." 
 
Déranger, choquer parfois pour faire réfléchir. Voilà l’essence de sa démarche et de sa chaîne youtube estampillée "World of Clarence" où il tente de faire tomber les barrières et renverser les préjugés sur un "milieu mal connu, voire tabou". Mais pas seulement. Plus globalement, l'infirmier et acteur veut "offrir un exutoire" à des personnes de tous âges et de tous profils porteurs d’une souffrance. Par exemple, à celles victimes de harcèlement scolaire.
 

Pour se faire, déjà deux ans que l’ex-étudiant de la ville rose, s’est lancé sur Youtube. Le déclencheur ? Un stage dans le milieu psychiatrique. "J’ai ouvert cette chaîne pour parler de mes stages. Puis, un autre youtubeur, Epileptic Man, qui traitait de sa maladie sur sa chaîne m’a proposé une collaboration. Au final je lui ai dit - Ok, ce qui m’intéresse c’est ton vécu par rapport à la maladie, ce que tu as envie d’en dire, ce que tu as peut-être gardé et que tu n’as pas osé dire.-" 
 
L'aventure est lancée. Pour cet acteur passionné la mise en scène du témoignage s’impose naturellement. Hors cadre, les cartons bourrés de souvenirs qui traînent dans un coin de sa chambre, la centaine de cartes Dragon Ball et les quelques posters qui habillent les murs révélateurs d'un pan de la personnalité de Clément, sont invisibles au spectateur. Le bouton d’enregistrement enclenché seul reste Clarence, le pseudo de son personnage public, et le ou la malade qu'il interprète. 
 

Sa première avec Epileptic Man fait mouche. Les témoignages spontanés affluent. Dans sa chambre, smartphone posté sur la fenêtre à l’aide de ces objets munis d’une ventouse que vous utilisez dans vos voitures pour installer le vôtre sur le pare-brise, Clément multiplie les tournages. Au cours desquels, le visage éclairé par un projecteur il tente de provoquer ce qu'il appelle "un choc émotionnel réflexif " et "d’embarquer le spectateur dans la tête de la personne qui témoigne."
 
S’il se grime souvent avec un maquillage discret ou une paire de lunette vissée sur le nez pour se mettre dans la peau de celui ou celle qui lui confie ses maux, jamais Clément ne modifie le texte qu'on lui transmet. "L’ensemble des vidéos de la playlist -Vous (témoignages)- sont à chaque fois réalisées à leur demande et sous leur supervision," insiste-t-il.
 

Une démarche au cœur des débats

 
Le youtubeur est conscient que ces témoignages interprétés aux mots près sont parfois "porteurs d’une certaine violence" et "peuvent bloquer". Insultes, menaces, comme tout créateur de contenu il s’expose tant aux louages qu’aux critiques. "Je crois qu’on peut faire de la souffrance quelque chose de beau malgré tout. C’est là où ça bloque chez certains. Ils ne sont pas d’accord avec l’idée de l’esthétiser".
 

La psychiatrie est quelque chose qui a toujours été tue. Et recevoir cette violence souvent inconnue déstabilise certaines personnes", Clément Charron.

 
Depuis le mercredi 27 juin, le youtubeur dispose d’un atout de taille dans son escarcelle à brandir devant ses détracteurs : le premier prix du concours national de l'OCIRP. Ce dernier valorise les actions innovantes au profit d’une meilleur intégration des personnes handicapées dans la société. 
 

Pourtant, là encore sa démarche n'a pas fait l'unanimité. "Il y avait des gens totalement contre, d’autres emballés. Le président du jury Axel Kahn (médecin généticien, directeur de recherche de l’INSERM et membre du comité national d’éthique) estimait que c’était pour ça qu’il fallait primer mon projet," se remémore Clément un pointe de fierté dans la voix.
 
S’il souhaite aller toujours plus loin et envisage de s’attaquer à "des témoignages sur des sujets sérieux mais sur un ton plus humoristique", l’infirmier toulousain s’enthousiasme d'avoir pu sillonner l’hexagone pour parler de son travail et de la psychiatrie à l'occasion de conférences et de salons. Pour lui, le contrat est déjà rempli.  
 

Des psychiatres, psychologues, des associations, des IFSI, des universitaires me sollicitent pour utiliser le contenu de la chaîne. La parole se délie. Surtout, j’ai la chance d’avoir une communauté soudée qui discute, apporte son soutien aux témoins. Les liens sont créés. A partir de là, c’est gagné", conclue-t-il dans un sourire. 


Droit dans ses bottes, conscient qu'il divise, mais revigoré par cette récente reconnaissance nationale et les remerciements des témoins, l'avenir de Clément est tout tracé : entre l’art, youtube, le soin et la psychiatrie. 

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