Guerre en Ukraine. Poutine ensanglanté : un portrait glaçant du despote par l’artiste russe Andreï Molodkin

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L’artiste russe, Andreï Molodkin installé dans les Hautes-Pyrénées, signe une œuvre choc : un portrait officiel de Vladimir Poutine qui se remplit du sang du peuple ukrainien. Cette image glaçante de 8 mètres de haut a été projetée à Londres, puis en Slovénie sur la façade d’un immeuble.

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Ce Poutine ensanglanté a été conçu au centre d’art expérimental de Maubourguet dans les Hautes-Pyrénées, "The Foundry". Une ancienne fonderie que l’artiste russe, Andreï Molodkin a rachetée en 2016 et transformée en lieu de création et de résidence.

Poutine se remplit du sang des Ukrainiens : une œuvre politique 

Depuis plus de 20 ans, Andreï Molodkin ne cesse d’alerter les populations sur la situation économique et politique dans nos États.  Avec ses sculptures sous perfusion qu’il remplit de sang et de pétrole, il dénonce les guerres et tout le sang versé par des innocents "pour servir les intérêts des puissants et assouvir leur soif de pouvoir".

Depuis le mois de mars, il héberge des amis Ukrainiens, qui ont fui la guerre. Des artistes et artisans qui ont mis leurs femmes et enfants en sécurité chez lui, et qui sont repartis se battre pour libérer leur pays de l’invasion russe.

Avant leur départ, ils ont accepté de donner leur sang pour cette œuvre d’art.

Cette œuvre, "c’est une idée simple", explique Andreï Molodkin :

C’est un criminel sanguinaire qui est à l’origine de cette guerre, responsable de la mort de ces gens, il fait couler le sang des innocents pour servir son intérêt personnel.

Du sang qui s’infiltre petit à petit dans la sculpture de plexiglass, envahit le portrait officiel de Poutine. Une caméra placée sous la sculpture enregistre ces étapes du remplissage. Cette image morbide de Poutine " Putin filled with ukrainien blood" est ensuite projetée sur les murs. En haut à droite de l’image, un petit compteur fait défiler le triste décompte du nombre d’Ukrainiens morts. Des vies d’hommes, de femmes et d’enfants fauchés par les bombes et les balles russes, victimes directe d’une guerre déclenchée par la folie d’un despote, Vladimir Poutine.

"Il n’y a pas forcément de conflit entre les personnes ukrainiennes et russes. Les conflits sont créés par les personnes puissantes d’autres pays. Les gens ne comprennent souvent rien à ce qu’il se passe et c’est à cause de cela que l’on finit par avoir des guerres civiles, les gens se battent sans savoir pourquoi. Personne n’a de réponse claire. Si on avait des réponses à ces questions peut-être que la guerre n’arriverait pas", raconte l'artiste russe.

La pression sur les artistes russes s’est accentuée ces derniers temps. La France les somme notamment de prendre leur distance avec Poutine. En Russie, les intellectuels et de nombreux artistes sont victimes depuis des décennies de censure et de surveillance.

Depuis le début du conflit la situation se corse, mais certains résistent.

On a deux conceptions de l’art opposées. D’un côté les artistes pensent pouvoir changer le monde et d’un autre, il y a ceux qui pensent que l’art n’est qu’un divertissement dans le système capitaliste. Cette différence est très nette aujourd’hui.

Andreï Molodkin

Poutine sous perfusion du sang de civils ukrainiens

Cristina Levchuk et ses deux fils sont actuellement hébergés au centre d’art expérimental à Maubourguet. Elle vivait avec sa famille dans la région de Tchernivtsi quand un missile russe est tombé tout près de leur habitation. Effrayés, ils décident de quitter le pays et se réfugient en France chez leur ami russe, Andreï Molodkin. Une fois leurs femmes et enfants mis en sécurité, certains ont fait le choix de retourner en Ukraine pour se battre.

Sur son téléphone, Cristina Levchuk nous montre des images d’un camp de défense où son mari apprend à manier les armes et à devenir soldat.

"C’est un camp d’entrainement, un endroit tenu secret, les hommes y restent deux semaines avant d’aller au front". La jeune femme est inquiète, mais pour l’instant elle peut échanger avec son mari et garder un lien concret avec son pays.

Andreï le rappelle, "tout le monde est inquiet et espère que ce conflit prendra fin rapidement mais personne ne sait ce qui va se passer".

L’œuvre sur Poutine transcrit fidèlement la situation en Ukraine car c’est le sang des innocents qui est versé. C’est un crime de guerre, un crime sanglant et c’est pour cela que toute la population le déteste.

Cristina Levchuk

Ici, loin du chaos, les enfants de Cristina, Krylo 6 ans et Ivan 9 ans, retrouvent une vie à peu près normale. Tous les matins ils suivent via internet les cours avec un professeur ukrainien et l’après-midi ils rejoignent les bancs de l’école primaire de Maubourguet, où tous les enfants les accueillent avec joie.

Pour Krylo, difficile de quitter les bras de sa mère, c’est dans la chaleur d’une main tendue par une petite fille qu’il trouvera la force de surmonter la séparation.


Un artiste engagé

Andreï Molodkin est né en 1966 à Bouï dans le nord de la Russie. Il est diplômé de l’ Académie d art Stroganov à Moscou en 1992. Dans ses dessins, sculptures ou installation ses matériaux de prédilection sont les stylos billes, le sang et le pétrole. Des matériaux qui évoquent son service militaire effectué dans l’armée soviétique.

En 1985, il a été affecté dans un bataillon chargé de transporter du pétrole en Sibérie. Il garde de cette période un profond traumatisme; la perte d’un ami qui sous la trop forte pression de l’armée s’est donné la mort en se tirant une balle dans le cœur. Son corps hissé sur la neige dessinera une longue ligne de sang, un choc pour Molodkin.  Un épisode qui restera à jamais gravé dans son esprit, acte fondateur de sa démarche artistique.

"Le pétrole et le sang pour moi c’est le langage du pouvoir. Quand on utilise le pétrole, on se rend pas compte combien de sang il fait couler. C’est comme la mécanique des fluides. Quand j’ai fait mon service militaire dans l’armée soviétique j’ai été obligé de participer aux opérations militaires durant lesquelles on vous disait de donner votre sang et votre vie pour l’Etat. Quand le communisme s’est effondré on a réalisé que l’Etat et les gens du pouvoir étaient des criminels. Le capitalisme s’est développé et on a compris que nous étions gouvernés par les mêmes criminels".

Je donne mon sang et ma vie pour l’art, pas pour un système ou un gouvernement criminel.

Andreï Molodkin

En 2022, lors des émeutes au Capitole, il avait projeté sur la façade de l’immeuble de Donald Trump à Washington, l'image de la Maison blanche se remplissant de sang humain. Du sang de donneurs volontaires. L’image avait fait le tour du monde via les réseaux sociaux.

Andreï Molodkin avait déjà réalisé un portrait éloquent de Poutine au stylo bille en 2012.

Londres, New York, Venise, les œuvres de Molodkin voyagent dans le monde entier. Certaines sculptures sont traversées des flux de sang humain ou de pétrole, symboles de la vie et de la mort.

Après avoir vécu en Russie et à Paris tout en travaillant à Londres ou Dubaï, il s’est installé à Maubourguet dans les Hautes-Pyrénées dans une ancienne fonderie. Un lieu transformé aujourd’hui en centre d’art expérimental, un lieu où les artistes cultivent l’esprit de résistance. Désormais, les directeurs des plus grandes galeries internationales font "leur marché" ici à Maubourguet.