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Deux attaques d'ours dans les Pyrénées réveillent les tensions autour de la présence de l'animal sur le massif

Lours Goiat photographié en Espagne l'an dernier / © Conselh Generau d'Aran
Lours Goiat photographié en Espagne l'an dernier / © Conselh Generau d'Aran

Claverina la semaine dernière et Goiat ce week-end. Les 2 ours se seraient attaqués à des brebis. La première prédation a eu lieu à Larrau (64), la dernière s'est produite dans la vallée du Louron (65). Réaction immédiate des anti-ours : ils manifestent ce lundi devant la préfecture de Pau. 

Par Corinne Lebrave

Les ours des Pyrénées sortent leur hibernation mais leur réveil ravive l'inquiétude des éleveurs et la colère des anti-ours.


Les éleveurs mobilisés à Pau

Une semaine après la première attaque d'un troupeau de brebis dans les Pyrénées-Atlantiques, les opposants appellent à une mobilisation devant la préfecture de Pau ce lundi à 13h30. A leur tête Olivier Maurin, président de la fédération transpyrénéenne des éleveurs de montagne.
Ils soupçonnent Claverina, une des ourses réintroduites dans le massif à l'automne dernier.

Une autre attaque dans la vallée du Louron

Selon nos confrères de France Bleu Occitanie, en fin de semaine c’est un autre ours, Goiat, qui aurait attaqué une brebis et un porc noir de Bigorre à Ris dans la vallée du Louron (65). L'ONCFS reste prudent tant que l'expertise est en cours, mais pour l'éleveur, François Sanchis, c'est bien le mâle réintroduit en 2016, qui est responsable de la prédation. Il aurait aperçu l'animal dans le secteur mardi dernier. 
Cette attaque intervient quelques jours après celle sur les hauteurs de Larrau, dans les Pyrénées-Atlantiques, attribuée à Claverina, une ourse réintroduite en octobre 2018 dans le massif. Un lâcher qui avait soulevé à l'époque la colère des éleveurs du secteur.
 

Le débat sur la présence de l’ours relancé ?

La responsabilité de l'ourse est également en attente de confirmation. Mais pour les éleveurs, cette première prédation est déjà celle de trop. 
Interrogé sur cette attaque, le ministre de l'Agriculture, en visite à Pau vendredi dernier a déclaré que : "la position du gouvernement est très claire : nous sommes pour la biodiversité mais pas au détriment des éleveurs. Entre le prédateur et l’éleveur, je choisirai toujours l’éleveur", a notamment insisté Didier Guillaume dans La République des Pyrénées.


Les défenseurs de l’ours réagissent  


Une position qui n'est pas du goût des défenseurs de l'ours. Ce matin dans un communiqué l'association FERUS s'inquiète des propos du ministre et rappelle qu'il vaut mieux vivre avec l'ours plutôt que contre lui.
L'association regrette notamment : "que ces déclarations, mettant l'accent sur les mesures exceptionnelles que sont les tirs d'effarouchement, omettent la mise en place des indispensables moyens de protection qui sont justement absents en Haute-Soule. Ces derniers forment le socle des mesures prévues dans la feuille de route "ours et pastoralisme", destinées à promouvoir une cohabitation apaisée entre l'élevage et les grands prédateurs". (Voir communiqué complet dans l'encadré).

6 mai 2019
Communiqué de l'association FERUS
 
Vivre avec l'ours plutôt que contre l'ours
 
 FERUS s'inquiète des dernières communications médiatiques des services de l'Etat par rapport à l'ours dans les Pyrénées et s'interroge sur leurs motivations. Il est urgent que l'ours ne soit plus un yo-yo politico-médiatique. FERUS demande un rappel des ministres et des services de l’État sur le fait que l'ours des Pyrénées est une espèce en grand danger, une espèce prioritaire qu'on sauvera, même si ça demande des efforts et du temps.
Suite à la mort d'une brebis à Larrau, en Haute-Soule, attribuée à l'ourse Claverina par la DDTM, le ministre de l'agriculture a déclaré médiatiquement que "la réintroduction d'ours dans la chaîne des Pyrénées, c'est une réalité, ne peut pas aller à l'encontre du pastoralisme "... "Entre le prédateur et l'éleveur, il faut toujours soutenir l'éleveur, c'est absolument indispensable"... "Le Président de la République s'est déjà expliqué à plusieurs reprises sur le fait qu'il fallait faire tomber un peu la pression et regarder l'évolution de la prédation, il était même allé plus loin en évoquant la possibilité de regarder plus précisément les ours déviants, il y a possibilité de faire des tirs d'effarouchement."
Ces paroles malheureuses et précipitées suggèrent qu'il faudrait choisir entre l'homme et l'ours, que la cohabitation serait impossible, et que toute brebis prédatée serait la conséquence de comportements déviants de la part du plantigrade. Elles sont un très mauvais signal alors qu'un sommet international sur la biodiversité est en cours à Paris. Ce dernier devrait traiter notamment de l'effondrement de la biodiversité due à l'homme, dont l'ours, une des trois espèces de mammifères en danger critique d'extinction en France, est partie intégrante.
FERUS regrette que ces déclarations, mettant l'accent sur les mesures exceptionnelles que sont les tirs d'effarouchement, omettent la mise en place des indispensables moyens de protection qui sont justement absents en Haute-Soule. Ces derniers forment le socle des mesures prévues dans la feuille de route "ours et pastoralisme", destinées à promouvoir une cohabitation apaisée entre l'élevage et les grands prédateurs.
Ces paroles ignorent également les éleveurs qui utilisent les moyens de protection avec succès, des Pyrénées Orientales au Béarn en passant par les Pyrénées centrales, et le travail inlassable depuis 20 ans de la Pastorale Pyrénéenne oeuvrant à l'équipement en chiens de garde. Elles risquent de décourager les groupements pastoraux qui font des efforts de protection, au profit de la frange la plus radicalisée de l'élevage qui les refusent.
FERUS s'interroge sur la communication démesurée autour de cette prédation attribuée à l'ourse Claverina, alors que l'Institut de l'Elevage reconnaît 3% à 5% de pertes annuelles pour l'élevage de type pastoral, hors prédation de l'ours ou du loup, soit entre 400 et 700 bêtes sur les 14 000 présentes sur la commune de Larrau.
FERUS rappelle que la perturbation intentionnelle d'une espèce protégée telle que l'ours ne peut être effectuée qu'à titre dérogatoire, pour prévenir des dommages importants, si elle ne menaçe pas sa conservation, et à condition qu'il n'existe pas une autre solution satisfaisante (article 16 de la Directive Habitats). Ce qui n'est pas le cas en l'absence de protection.
FERUS rappelle également que la France se singularise parmi les états européens par ses très mauvais résultats vis à vis des dégâts dus aux grands prédateurs, ceci par carence de moyens de protection et des méthodes associées. Ces derniers sont donc une priorité pour cohabiter avec la biodiversité européenne. Encore faut-il qu'il y ait une réelle volonté de l'Etat pour leur application, plutôt que de rester figé sur des schémas datés du siècle dernier.
 

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