Pyrénées : l'Etat a-t-il eu tort de publier la localisation de Sorita et de ses deux oursons ?

Les 4 et 5 octobre, deux ourses ont été réintroduites en Béarn, par hélicoptère dans des lieux tenus secrets. Les éleveurs des Pyrénées, s'étaient fortement mobilisés contre leurs venues. Les anti-ours se sont relayés jour et nuit pour empêcher sans sucés leur arrivée. Depuis, plusieurs attaques sont imputées à l'une des deux ourses. / © MTES
Les 4 et 5 octobre, deux ourses ont été réintroduites en Béarn, par hélicoptère dans des lieux tenus secrets. Les éleveurs des Pyrénées, s'étaient fortement mobilisés contre leurs venues. Les anti-ours se sont relayés jour et nuit pour empêcher sans sucés leur arrivée. Depuis, plusieurs attaques sont imputées à l'une des deux ourses. / © MTES

Des associations de protection de l'ours des Pyrénées se réjouissent évidemment de l'annonce de la naissance de deux oursons, petits de l'une des ourses réintroduites à l'automne mais reprochent à la préfecture des Hautes-Pyrénées d'avoir livré trop d'infos sur leur localisation. 

Par Fabrice Valery

Quand une bonne nouvelle en cache une mauvaise. Plusieurs associations reprochent à la préfecture des Hautes-Pyrénées une trop grande précision en publiant un communiqué annonçant que l'ourse Sorita, réintroduite dans les Pyrénées à l'automne dernier, était suitée de deux oursons. 

Une localisation trop précise

Les associations reprochent à l'Etat d'avoir en fait donné la localisation de la femelle et de ses deux petits, l'endroit précis où les animaux ont été aperçus et observés à la jumelle.

Pour l'association Ferus, qui estime que "la fête est gâchée", la préfecture pourrait même être poursuivie à ce sujet : 

Nous rappelons que selon l’article 121-7 du code pénal, l’Etat pourrait être reconnu complice d’un acte de braconnage en ayant fourni aux potentiels braconniers des indications leur facilitant la tâche (communiqué Ferus)

L'association demande que la localisation de la mère et de ses petits ne soit plus communiquée.

"Cela risque de coûter la vie aux oursons"

La volonté d'informer le public va, selon les associations à l'encontre de l'intérêt de protection de l'espèce. Car il n'y a pas que les éventuels braconniers qui peuvent perturber la vie de la femelle et de ses petits. Pour Gérard Caussimont, du Fonds d'intervention Eco-Pastoral, interrogé par France 3, la vie des oursons pourrait même être en danger : 

A cet âge-là ces oursons sont très fragiles. Ils sont tout petits, il ne peuvent pas faire de long déplacements. Et donc si l'ourse est dérangée par des photographes, des curieux ou des personnes mal intentionnées, elle va vouloir bouger et cela risque de coûter la vie aux oursons.

Pyrénées : l'Etat a-t-il eu tort de publier la localisation de Sorita et de ses deux oursons ?

Nécessité d'information du public

Dans son communiqué du 29 avril, la préfecture des Hautes-Pyrénées, qui annonçait donc que les agents de l'Etat avaient pu observer l'ourse et ses deux petits à la jumelle, précisait l'endroit de cette observation : 

Depuis sa sortie de tanière, l’ourse Sorita se déplace lentement (du fait de la présence des oursons). Sa dernière localisation à la date du 29/04/2019 se situait sur la commune de Sazos, dans le secteur du Pic d’Ardiden (communiqué préfecture Hautes-Pyrénées)

En localisation ainsi précisément l'ourse (introduite dans les Pyrénées-Atlantiques mais qui progresse désormais dans le département voisin des Hautes-Pyréneés), l'Etat a-t-il livré des informations importantes à d'éventuels braconniers et opposants à la réintroduction des ours dans les Pyrénées ?

Une publication quotidienne des mouvements des ours du massif

Pour l'Etat, il s'agit en fait d'une mission d'information au public. Alors que la saison de randonnée et de balades en montagne débute à peine, la préfecture indique vouloir tenir les usagers de la montagne au courant des secteurs dans lesquels ils peuvent, éventuellement, croiser un ours.

Le site internet de la direction régionale Occitanie du ministère développement durable publie à cet effet désormais les "fiches événements" quotidiennes qui recensent les traces repérées "afin de garantir la bonne information des usagers". Et cela pour tous les ours du massif pyrénéen. 

Les éleveurs ne se satisfont pas de ce dispositif, qui selon eux ne sert à rien : "Si elle doit attaquer, elle attaquera, que l'on soit là ou pas" estime Jean-Louis Lassalle, éleveur de brebis dans les Hautes-Pyrénées. 

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