TEMOIGNAGE. Tarbes : le petit "coup de gueule" d’un gilet jaune après l’agression d'un journaliste par Francis Lalanne

"Avec les Bigard et les Lalanne, on ne s’en sortira pas!". Yves Castera, gilet jaune tarbais est en colère. Il dénonce le comportement de Francis Lalanne qui a agressé physiquement un journaliste lors de l’Université citoyenne à Avignon, le week-end dernier.

Avignon - Yves Castéra - juin 2021.
Avignon - Yves Castéra - juin 2021. © Yves Castéra.

"Le mouvement des gilets jaunes, ce n’est pas Bigard ou Lalanne", s’agace Yves Castera avec un bel accent tarbais.

On ne s’en sortira pas avec ces gens-là, on n’en veut plus, ça sali notre image.

"A cause de ce type de comportement, on a du mal à trouver de la lumière médiatique", explique Yves Castera, alors qu’aujourd’hui le mouvement s’est structuré autour de la fédération d’associations de gilets jaunes FAGJ, qui regroupe des associations sur les 200 présentes en France.

"Le comportement de Lalanne a un retentissement négatif sur le mouvement"

Yves Castera est artisan et membre de l’association des gilets jaunes à Tarbes "Eveil citoyen". Il est de tous les combats depuis le début du mouvement qui a démarré il y a trois ans. Un mouvement qui aujourd’hui et il en est fier, "s’est structuré, capable de proposer des alternatives aux politiques économiques sociales et politiques actuelles".

Yves Castera était présent à l’Université citoyenne en Avignon, le week-end dernier, lors de l’altercation entre Francis Lalanne et un journaliste du Quotidien. Le chanteur est un soutien du mouvement des "gilets jaunes" et s’est présenté à plusieurs reprises à des élections sous la bannière écologiste.

Lors d’une interview, Françis Lalanne n’aurait pas supporté une question du journaliste concernant les propos que Jean-Marie Bigard avait tenu, qualifiant notamment Agnès Buzyn, l’ancienne ministre de la Santé de "connasse". Le chanteur aurait alors donné un "coup de poing violent au visage" et "un autre coup sur la tête" avec un casque d’écoute au journaliste. Ce dernier a porté plainte et un signalement a été adressé au procureur par l’avocate de la société Bangumi qui produit Quotidien. Maître Lorraine Gay demande "qu’une enquête soit très rapidement menée sur ces accusations".

Francis Lalanne à l'Université citoyenne à Avignon où il a agressé physiquement un journaliste.
Francis Lalanne à l'Université citoyenne à Avignon où il a agressé physiquement un journaliste. © Yves Castera

Yves Castera, mandaté par la fédération d’Associations de Gilets jaunes ( FAGJ) tenait avec d’autres gilets jaunes de l’association tarbaise "Eveil Citoyen", un stand à l’Université citoyenne d’Avignon. Il a assisté à l’altercation et a même expliqué au chanteur de 62 ans tout le mal qu’il pensait de son comportement. "Quand le caméraman a suivi Lalanne après l’incident je me suis agacé, le vrai sujet ce n’était pas que Lalanne, il n’y avait pas que lui à filmer, la lumière est déviée et c'est bien dommage. Je lui ai dit que son attitude avait un retentissement négatif sur le mouvement des gilets jaunes et qu’avec ce type de comportement le message que nous avons à faire passer ne passe plus".

Yves Castera dénonce aussi l'omniprésence "d’une bulle médiatique parisienne" qui fait que "les territoires ne sont pas toujours représentés".

Un mouvement structuré, force de proposition ?

A l’Université citoyenne en Avignon, les gilets jaunes ont manifesté leur détermination à exister sur la scène politique, économique et sociale. Tout le week-end, ils ont débattu à travers des ateliers et conférences autour de l’exercice démocratique et de l’écologie.

Au-delà de ces manifestations, l’association "Eveil citoyen" de Tarbes comme d'autres associations de gilets jaunes en France restent active, explique Yves Castera avec énergie. "Nous avons des solutions pour améliorer la société. Nous sommes très impliqués dans les élections départementales. Nous avons envoyé des courriers à tous les candidats en leur proposant de signer une charte de participation de la population aux projets. Tous les samedis nous organisons des rassemblements tous déclarés en préfecture car depuis le début nous respectons et utilisons la voie légaliste".

"Nous travaillons avec les économistes atterés sur la sauvegarde de l’économie réelle au regard de l’économie financiarisée, sur les outils à mettre en place pour la relocalisation ou encore l’intérêt d’utiliser la monnaie locale", précise Yves Castera.

Lors de l’Université citoyenne à Avignon, les membres des associations ont rencontré et débattu avec le sous-préfet de Corse qui était intéressé, dit Yves Castera, par le projet du vote blanc mené par les gilets jaunes.

On voudrait que le vote blanc soit pris en compte ce qui est le cas mais qu’il puisse à partir d’un certain seuil remettre en cause le scrutin. C’est un projet qui provoquerait un retour aux urnes pour tous, tous les abstentionnistes, le c’est joué d’avance on ne veut plus l’entendre.

Yves Castera parle aussi des avancées, des réflexions et des travaux menés autour du Référendum d'initiative citoyenne (RIC), de la 6ème République, ou encore de la démocratie participative.

Avec la crise sanitaire, le mouvement des gilets jaunes a perdu en visibilité. "Mais le mouvement est loin d’être mort", précise Yves Castera, plus que jamais engagé pour défendre et proposer une alternative à la politique actuelle "par la voie humaniste, citoyenne et légaliste", dit-il avec détermination.

Les débats se poursuivent. La 6ème ADA, l’Assemblée des assemblées se tiendra à Paris les 25, 26 et 27 juin prochains.

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
gilets jaunes société vie associative polémique social économie