Affaire Gilles d'Ettore : une association dénonce des travaux illégaux dans un camping, elle veut se porter partie civile contre le maire d'Agde

À Agde, le camping de la Tamarissière est depuis trois ans, l'objet de polémiques. Une association de défense de l'environnement multiplie les recours afin d’empêcher l’installation de nouveaux équipements dans ce domaine municipal quatre étoiles, situé au cœur d'une vaste pinède.

C'est un cadre naturel forestier unique en bord de Méditerranée. Le camping de la Tamarissière, entre Agde et le Cap d'Agde est un lieu de villégiature estivale très prisé.

Mais cette pinède face à la plage a bien trop changé pour beaucoup de riverains.

Là, ils ont tout bouclé, ils ont fermé avec une clôture et mis des portes. Avant, c'était un camping ouvert à la population agathoise l'hiver.

Jean-Claude Coubeau, président de l'association Agathé

700 emplacements en bord de mer

Depuis trois ans, c’est une entreprise privée qui gère et exploite le camping municipal à la place de la mairie. C’est ce que l’on appelle une délégation de service public.

Le terrain d'abord sobrement aménagé s'est vite transformé en camping moderne avec de nombreux mobile homes et de nouvelles activités aquatiques et sportives. Le traditionnel camping propose désormais des équipements d'hôtellerie de plein air.

Un projet qui dès le début a intrigué le militant écologiste, Jean-Claude Coubeau.

La façon de faire de la mairie est surprenante. On retrouve tout le projet du gérant privé dans les documents annexes de délégation de service public. Normalement, c'est l'inverse. La ville qui concède édite des règles et des obligations et l'entreprise qui gagne l'appel d'offre doit les respecter.

Jean-Claude Coubeau, président de l'association Agathé

Une interprétation que rejette catégoriquement François Cros de Cottage Parks : "Bien évidemment que mon document est similaire au cahier des charges puisque c'est la réponse au cahier des charges de l'appel d'offre ! Ce n'est pas du tout un document qui a servi à faire des magouilles."

François Cros poursuit expliquant avoir rencontré Jean-Claude Coubeau en 2021. Il affirme lui avoir alors remis une copie du dossier de réponse à l'appel d'offre. "Avec toute l'argumentation environnementale qui est représentative de notre projet", précise le président de Cottage Parks qui dit avoir "fait les choses choses avec confirmité".

Les travaux et la loi... de la mairie !

Jean-Claude Coubeau reste opposé au projet au nom de la défense du site naturel protégé.

En 2023, il organise avec son association environnementale, une manifestation pour dénoncer la bétonisation de la pinède et l'arrachage de nombreux arbres.

Ils saisissent le tribunal administratif, qui abonde dans leur sens. La justice ordonne la suspension des travaux. Mais le chantier continue, sur décision du maire, qui enfreint sciemment la loi.

Alors que Gilles d'Ettore est aujourd'hui poursuivi par la justice dans l'affaire de la voyante et que l'élu est en détention provisoire, mis en examen pour détournement de fonds, prise illégale d’intérêt et corruption, l’association Agathé veut se porter partie civile dans le dossier, et espère que ce précédent judiciaire avec le tribunal administratif de Montpellier lui sera adjoint.

Son président estime que "l'association est victime des arrangements du maire avec la loi. L'affaire de la voyante n'est que l'arbre qui cache la forêt", assure-t-il.

Ce qui m'étonne, c'est qu'il se soit fait pincer pour une histoire de voyante. C'est Al Capone qui se fait gauler pour des raisons fiscales et pas pour les crimes qu'il a commis.

Jean-Claude Coubeau

François Cros estime qu'il s'agit d'une erreur de la part de l'association Agathé. "On n'est pas le bras armé du maire. Le document que l'association Agathé a entre les mains, c'est la réponse à l'appel d'offre. C'est un document que j'ai donné de mes propres mains et de manière confidentielle à Monsieur Coubeau au mois d'octobre 2021 pour lui montrer ce que nous voulions réaliser."

Évidemment que notre document colle parfaitement à l'appel d'offre de la mairie puisque c'est la réponse ! On a répondu point par point, chapître par chapître, avec nos particularités, nos arguments. Quand vous répondez à un appel d'offre, le but, c'est que votre réponse colle au maximum à l'appel d'offre. Il n'y a rien de suprenant !

François Cros, président de Cottage Parks

L’avocat qui défend les intérêts de la Ville n’a pas souhaité s’exprimer ou répondre à nos questions. Il dit attendre la médiation prévue le 26 avril 2024 entre toutes les parties. François Cros confirme qu'il sera bien présent.

Écrit avec E. David.

[L'article a été mis à jour lundi 8 avril 2024 avec la réponse de François Cros, qui avait été sollicité par France 3 Occitanie dans la matinée du vendredi 5 avril et qui n'avait pas donné suite à notre demande d'interview à temps pour la parution de l'article.]